Pour l’essentiel, ce cocktail s’inscrit dans la continuité du pacte scellé avec La France insoumise lors des deux dernières législatives. Le PS ne corrige pas la trajectoire : il l’assume.
La grande fusion : trente ans d’obsession
L’idée n’est pas neuve. Elle traverse les congrès socialistes depuis les années 1990. À chaque génération, on la repeint aux couleurs du moment : simplification, lisibilité, justice fiscale, consentement à l’impôt. Elle faisait même parti du programme présidentiel de François Hollande en 2017. Petit retour en arrière. La CSG est créée en 1990 sous Michel Rocard. Taux modéré (1%), assiette large, objectif affiché : financer la Sécurité sociale. La CRDS arrive en 1996 pour éponger la dette sociale. Temporaire, promet-on. Limitée dans le temps, assure-t-on.
Trente ans plus tard, la CSG atteint 9,2 % sur les revenus d’activité. La CRDS n’a toujours pas disparu. Le provisoire s’est installé. Le modeste s’est consolidé. L’exception est devenue pilier.
La fusion proposée consisterait à fondre l’impôt sur le revenu, progressif et concentré sur une partie des foyers, avec ces contributions proportionnelles payées par presque tous. Résultat : un grand impôt universel, pleinement progressif, doté de davantage de tranches. Officiellement, il s’agit de justice. Concrètement, c’est un levier puissant pour augmenter la pression sur les classes moyennes et supérieures tout en élargissant l’assiette. Une mécanique élégante : on ne crée pas un nouvel impôt, on « harmonise ». Nicolas qui paie, lui, verra surtout la ligne globale en augmentation.
Dans un pays où les prélèvements obligatoires frôlent 45 % du PIB et où la dépense publique dépasse 55 %, la question des recettes semble pourtant moins brûlante que celle des dépenses. Mais au Parti socialiste, la réduction du périmètre de l’État reste un sujet théorique. Pendant que le Rassemblement national évoque des baisses ciblées de fiscalité indirecte et que Reconquête ou l’Union des droites pour la République mettent en avant la réduction de la dépense publique, le PS choisit de renforcer l’outil fiscal existant.
L’héritage, ce “truc qui tombe du ciel”
À cette fusion s’ajoute un impôt sur les grosses successions, présenté comme un outil de justice patrimoniale. Rendement annoncé : 400 milliards d’euros sur quinze ans. L’objectif est ambitieux. Le symbole, assumé.
La France figure déjà parmi les pays développés où la fiscalité sur les transmissions est la plus élevée. Mais l’héritage demeure suspect. N’est-ce pas, comme l’avait résumé avec une désinvolture révélatrice Yaël Braun-Pivet, Président macroniste de l’Assemblée nationale bercée au socialisme, « ce truc qui tombe du ciel » ? La formule dit tout : ce qui est transmis serait par nature injuste. Le patrimoine hérité devient un déséquilibre à corriger.
L’expérience récente de la taxe sur les hauts revenus rappelle pourtant la fragilité des projections : 2 milliards d’euros espérés, environ 400 millions réellement perçus. Les contribuables concernés ont démontré une capacité d’adaptation supérieure aux prévisions budgétaires.
Un élargissement idéologique assumé
Le programme ne se limite pas au champ fiscal. Il assume une inflexion plus large : remise en cause de la réforme des retraites, revalorisation du travail et instauration d'une semaine de quatre jours, légalisation du cannabis, accent mis sur une régulation accrue dans plusieurs secteurs stratégiques, investissements massifs dans les énergies renouvelables. Autant de marqueurs qui traduisent une orientation plus radicale et un rapprochement doctrinal avec la gauche la plus revendicative.
Mais le pivot demeure la fiscalité.
La constance socialiste
Le projet socialiste 2027 ne déroge pas à une règle immuable : face à un problème budgétaire, la solution passe d’abord par le prélèvement. Fusionner pour mieux redistribuer. Taxer pour corriger. Ajuster les tranches pour rééquilibrer. Il y a dans cette persévérance une fidélité remarquable. La CSG était modeste et temporaire. Elle est devenue massive et pérenne. La CRDS devait s’éteindre. Elle subsiste. L’impôt sur le revenu devait rester ciblé. Il s’apprête à devenir universel. La morale est limpide : en matière fiscale, rien ne disparaît jamais. Tout s’empile. Tout s’ancre. Tout prospère.
Reste à savoir si les Français, déjà champions d’Europe du prélèvement, souhaitent franchir une étape supplémentaire vers l’impôt total.
À force de considérer la richesse comme un phénomène atmosphérique qu’il suffirait de capter, on finit par oublier qu’elle se produit avant de se redistribuer. Et l’on découvre, parfois un peu tard, qu’un ciel trop longtemps chargé finit par ne plus rien laisser tomber.