
La France a dépensé 1 672 milliards d’euros d’argent public en 2024. Ce chiffre, publié dans une note de l’Insee datée du 5 février 2026 et portant sur la dépense publique par fonction, donne une photographie précise de ce que financent l’État, la Sécurité sociale et les collectivités. L’exercice est technique, mais ses enseignements sont très concrets : en 2024, la dépense publique a progressé plus vite que la richesse produite, et l’essentiel du budget se concentre sur quelques postes incompressibles, d’abord les retraites et la santé.
En 2024, la dépense publique pèse 57 % de la richesse nationale
Selon l’Insee, l’ensemble des administrations publiques (État, organismes divers d’administration centrale, régions, départements, communes, Sécurité sociale) a dépensé 1 672 milliards d’euros en 2024. Rapporté à la population, cela représente un ordre de grandeur d’environ 25 000 euros par habitant, enfants compris. Par rapport à 2023, la hausse atteint 64,4 milliards d’euros, soit environ +4 % sur un an.
Le point clé tient au décalage avec l’activité économique : l’augmentation de la dépense (+4 %) dépasse celle du produit intérieur brut (+3,3 %). Résultat, la part de la richesse nationale absorbée par la dépense publique se maintient à un niveau très élevé : 57 % du PIB. C’est ce ratio, plus encore que le total en euros, qui nourrit le débat politique, car il dit une chose simple : la marge de manœuvre financière du pays dépend d’un système où une grande partie des dépenses augmente mécaniquement, même lorsque la croissance ralentit.
Retraites et santé : plus de la moitié du total
La décomposition par fonction montre une concentration massive. Premier poste : la protection sociale au sens large, à 693 milliards d’euros en 2024, soit 41 % de la dépense publique totale. Ce bloc comprend notamment retraites, chômage, aides aux familles, handicap, minima sociaux et dispositifs liés à la perte d’autonomie.
Deuxième poste : la santé, à 261 milliards d’euros, soit 16 % du total. On y retrouve les dépenses hospitalières, la médecine de ville, les médicaments remboursés et une partie des dépenses médico-sociales.
À elles deux, protection sociale et santé atteignent 954 milliards d’euros, soit 57,1 % de l’ensemble des dépenses publiques. Ce point structurel explique pourquoi toute promesse de réduction “importante” des dépenses sans toucher à ces deux postes se heurte rapidement à la réalité comptable : les autres fonctions existent, mais pèsent beaucoup moins lourd.
Derrière ce duo, l’Insee relève notamment l’enseignement, à 149 milliards d’euros (9 %), le soutien aux “affaires économiques” à 166 milliards (10 %) et les services généraux des administrations publiques à 181 milliards (11 %), catégorie qui inclut notamment la charge de la dette. La défense représente 54 milliards d’euros en 2024, en hausse, mais loin derrière les postes sociaux.
Pourquoi la facture monte : l’effet de l’inflation sur les prestations indexées
L’Insee met en évidence un mécanisme central : l’indexation. En France, de nombreuses prestations sont revalorisées automatiquement en fonction de l’inflation passée. Lorsque les prix montent, les dépenses montent à leur tour, sans qu’une décision politique ponctuelle soit nécessaire, parce que le système est conçu ainsi.
En 2024, les retraites apparaissent comme le principal moteur de hausse de la protection sociale. Les dépenses de protection sociale augmentent de 35,1 milliards d’euros sur l’année, et l’Insee indique que les pensions de retraite expliquent à elles seules 23 milliards d’euros de hausse, soit l’essentiel du mouvement. Cette dynamique s’explique notamment par les revalorisations intervenues dans un contexte où l’inflation a été élevée auparavant, entraînant des ajustements automatiques au 1er janvier 2024 pour les pensions de base, et un effet en année pleine de la revalorisation des complémentaires intervenue fin 2023.
Dans le même mouvement, d’autres prestations suivent la même logique : allocations familiales, allocation adulte handicapé, indemnités journalières (calculées sur des salaires eux-mêmes réévalués), ou encore assurance chômage, dont le coût peut progresser malgré des réformes, dès lors que le nombre d’indemnisés et les salaires de référence évoluent.
Santé : un poste qui ne reflue plus
Deuxième accélérateur : la santé. En 2024, la dépense de santé augmente de 11,5 milliards d’euros pour atteindre 261 milliards. L’Insee souligne une tendance de fond : sur dix ans, la part de la santé dans la dépense publique a progressé plus vite que la plupart des autres fonctions. Plusieurs facteurs se combinent : revalorisations salariales à l’hôpital et coûts associés, hausse des tarifs de consultations, poids croissant des soins de ville, dépenses en établissements médico-sociaux, et montée des médicaments innovants, particulièrement coûteux.
À cela s’ajoute un élément démographique qui pèse mécaniquement : le vieillissement, qui accroît la fréquence des maladies chroniques, de la perte d’autonomie et des besoins de soins. Dans la comptabilité publique, ce phénomène se traduit par une dépense plus élevée, durable, et difficilement compressible à court terme.
L’Insee relève un fait marquant : le seul poste en baisse en 2024 est celui des “affaires économiques”, en recul de 11,5 milliards d’euros. Cette diminution s’explique par l’extinction progressive de mesures exceptionnelles prises en 2022 et 2023, notamment des dispositifs liés à la flambée des prix de l’énergie (boucliers tarifaires et aides associées).
Mais cet allègement ne se transforme pas, à lui seul, en baisse globale de la dépense : la hausse de la santé, à +11,5 milliards, absorbe quasiment à l’euro près l’économie réalisée sur les mesures énergétiques. L’enseignement est classique : arrêter une dépense exceptionnelle ne suffit pas à inverser une tendance, si les dépenses permanentes, elles, continuent de progresser.
La dette : 60 milliards d’intérêts, un poste de plus en plus lourd
Autre enseignement majeur : le coût des intérêts de la dette. En 2024, la charge d’intérêts atteint environ 60 milliards d’euros, en hausse de 7,2 milliards sur un an, soit une augmentation très rapide. Cette progression reflète l’effet des taux plus élevés et le volume d’endettement accumulé.
Dans un budget, cette dépense a une particularité : elle n’améliore ni l’offre de soins, ni l’école, ni la sécurité, ni les infrastructures. Elle correspond au prix du financement des déficits passés. Lorsque ce poste augmente, il réduit d’autant les marges de manœuvre, ce qui nourrit un cercle contraignant : plus l’État emprunte, plus la charge d’intérêts augmente, et plus il devient difficile de stabiliser les comptes sans arbitrages.
Qui dépense, vraiment : le poids de la Sécurité sociale et des collectivités
La note de l’Insee éclaire aussi un point souvent ignoré dans le débat public : l’augmentation de la dépense ne vient pas majoritairement des ministères. Sur les +64,4 milliards d’euros entre 2023 et 2024, l’Insee attribue environ 13 % de la hausse à l’administration centrale, 23 % aux collectivités locales, et 64 % aux administrations de sécurité sociale.
Autrement dit, la dynamique de dépense est portée d’abord par des mécanismes qui relèvent des caisses de retraite, de l’assurance maladie, et plus largement des droits sociaux et remboursements, auxquels s’ajoutent des décisions et investissements au niveau local. Cette répartition aide à comprendre pourquoi des plans d’économies concentrés sur le “fonctionnement de l’État” peuvent produire des effets limités à l’échelle globale : une grande partie de la dépense suit des règles automatiques ou dépend d’acteurs multiples.
Sans préjuger des solutions, les chiffres de l’Insee posent un cadre. Quand 57 % du PIB part en dépense publique, que plus de la moitié est concentrée sur retraites et santé, que la charge d’intérêts accélère, et que les hausses viennent surtout de la sphère sociale, la question du financement devient inévitable. Pour de nombreux contribuables, c’est là que s’installe une forme de fatigue fiscale : la perception de prélèvements élevés, combinée à l’impression que les marges de manœuvre se réduisent et que la dépense “obéit” plus à des automatismes qu’à un pilotage clair.
L’Insee ne tranche pas le débat, mais sa photographie 2024 met en évidence un point simple : la structure de la dépense française est d’abord sociale et sanitaire, et sa dynamique est alimentée par des taux d’intérêts dingues, par les erreurs des politiques, jamais poursuivis, depuis des décennies, par l’inflation passée, le vieillissement, et le coût de la dette. Le reste de la discussion, politique, commence à partir de ces chiffres.
[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.
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