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Marguerite Stern ou les rives qui se rejoignent

Marguerite Stern ou les rives qui se rejoignent

Ancienne Femen, Marguerite Stern livre un ouvrage personnel sur sa spectaculaire transition politique. Critique de Françoise Monestier.
Polémia

Les Femen, icônes de gauche

Les Femen ? Cette bande de féministes dépoitraillées qui prenaient un malin plaisir à envahir les églises catholiques, comme en 2013 à Notre-Dame de Paris — histoire de profaner ce lieu sacré et de dire tout le mal qu’elles pensaient du farouche opposant au mariage gay qu’était Benoît XVI — ou à perturber l’hommage annuel rendu par le Front national à Jeanne d’Arc (le 1er mai 2015, elles étaient apparues au balcon de l’Hôtel Intercontinental, le slogan Heil Le Pen barrant leur poitrine nue) me faisait l’effet d’un groupe d’agitées du bocal largement financées par Soros et les sbires de l’État profond, toutes plus dangereuses et néfastes les unes que les autres.

Leur vulgarité, leurs provocations et leur collaboration avec le Système me révulsaient. Tout comme d’ailleurs leur défense d’un antiracisme pur et dur afin de justifier et de continuer la lutte contre « l’extrême-droite » ou la défense du transgenrisme qui mobilisaient ces créatures que le « star-système » érigea en icônes. Même phénomène aujourd’hui, d’ailleurs, s’agissant de militantes du bord opposé très courageuses certes mais qui sont tombées dans le piège d’un certain exhibitionnisme.

Une intime confession

Qui aurait donc pu imaginer qu’un jour, je lirais avec intérêt le livre de l’une d’entre elles, Marguerite Stern, qui vient de publier ses confessions sous le titre Les rives contraires ? Elle raconte son parcours, de la jungle de Calais à une prison tunisienne en passant par un squat communautaire près de Barbès, des commissariats ukrainiens, un passage en hôpital psychiatrique ou de multiples coucheries. Le témoignage d’une gamine de la France profonde qui s’est brûlé les ailes très tôt et avoue être entrée « dans Femen comme d’autres entrent au couvent » et qui a eu l’impression de revêtir une armure quand ses complices peignaient sa poitrine de slogans tous plus haineux les uns que les autres et qu’elle se prenait pour une peinture de Delacroix. Rien ne nous est épargné de ses déconvenues successives, de ses enthousiasmes passagers ou de ses dégoûts profonds.
« Je découvre aussi les quartiers sombres de Paris… De l’autre côté du boulevard de Barbès, c’est une poubelle. Ça ressemble à un village africain sous sale perfusion de pollution occidentale. Un mélange de boubous, cris en bambara, déchets obstruant les caniveaux, sachets de cacahuètes à deux balles vendus à la sauvette, carcasses et têtes d’agneaux en vitrine, rivières de pisse sur les trottoirs, hommes en rut, et un niveau de puanteur majoré les jours de chaleur », écrit-elle au début de son bouquin, ce qui, cependant, ne la convainc pas de l’existence d’un lien entre islam et immigration. Il lui faudra beaucoup de temps, des attentats et des morts au compteur pour franchir le pas.
Le 7 janvier 2015 – date de l’attentat de Charlie Hebdo –, Marguerite Stern comprend que « c’est la fin d’un monde », ou du moins de son monde, mais avoue avoir été « incapable de voir que c’est un bout de France qui s’éteint » et de « réaliser l’ampleur du désastre ». Au point même, quelques mois plus tard, de migrer vers la Jungle de Calais et d’y taper l’incruste pendant plusieurs mois et de revenir toutes les semaines à Paris afin… de laver son linge. La description de son séjour dans ce territoire multiethnique où elle vit dans un « squat Femen » et enseigne le français dans une école construite par des Soudanais est pathétique. Elle repart pour Paris flanquée d’un certain Ali qui, au bout de six mois, la plume comme une vulgaire volaille et la laisse sans fric. Elle continue cependant ses aventures dans différents squats et ses déconvenues avec des mecs peu recommandables.

La cassure avec la fable trans

Une vilaine cassure et une véritable mise à l’index se produisent quand, en 2022, Marguerite Stern et sa camarade Dora Moutot osent s’en prendre au sacro-saint Planning Familial qui avait édité une affiche montrant un « homme enceint ». Patatras, alors qu’elles refusent de cautionner la fable transsexuelle, elles subissent de plein fouet l’intolérance et la relégation de la part de leurs alliées de jadis. Celles-ci ne leur pardonneront jamais d’avoir ouvert les yeux sur la cause trans qu’elles refusent de défendre et pris leurs distances avec le féminisme radical. Stern alerte même Élisabeth Borne sur ces dérives et elle attend toujours la réponse de celle qui a été élue député en 2024 avec le concours conjoint de LFI et des… Républicains !
Dès lors vont s’accumuler sur la camarade Stern dénonciations, menaces de mort, intolérance et sectarisme. Son péché ? Avoir rejoint le camp du mal, finalement celui de Quentin que les Médias de grand chemin ont transformé, en l’espace d’une semaine, en suppôt de Hitler alors qu’ils caressent la Jeune Garde dans le sens du poil et que le Rassemblement national vire lamentablement l’attaché parlementaire d’une députée mariniste visiblement sensible aux échos fielleux de Mediapart.
Elle explique le mécanisme bien huilé de cette chasse à l’homme – en l’occurrence à la femme Marguerite Stern — qui a rompu avec ses errements de jeunesse. Son récit oscille entre la libération jubilatoire que lui procure l’aventure militante des Femen et l’aveu de ses erreurs passées quand elle reconnaît « avoir vécu dans l’erreur et l’illusion ses plus belles années… en dehors du monde, en dehors du réel ». Elle en profite pour tailler un costume au féminisme et à Simone de Beauvoir qu’elle accuse de tous les maux. Il était temps ! Ses collages contre les féminicides sont mal vus. Le maire de Nantes annule un colloque au cours duquel l’ancienne Femen devait prendre la parole. Marguerite Stern et Dora Moutot sont mises, elles, sur le bûcher de l’infamie pour avoir contesté la fable du wokisme.

Et la lumière fut

Petit à petit, cette écorchée vive ouvre les yeux et mesure combien elle a fait fausse route si longtemps, tiraillée entre les errements des féministes égarées dans le transgenrisme et les combats menés par les antiracistes déterminés à faire sauter les digues de la race blanche. Avec une certaine franchise, elle admet combien elle s’est trompée, adressant toutes ses excuses aux catholiques qu’elle avait pendant longtemps copieusement insultés et dont elle veut maintenant contribuer à faire vivre les rites. Reconnaissant que « le transgenrisme et l’immigrationnisme sont une idéologie du travestissement » et « prônent la violence et la dictature des minorités comme arme politique », l’ancienne Femen semble avoir définitivement franchi la frontière qui sépare le monde de gauche du monde de droite.
Elle confesse enfin que « l’argument civilisationnel » l’a convaincue, avant l’argument sécuritaire, de « la nécessité de la remigration ». Gageons simplement que cette conversion ou cette reconversion ne sera pas de courte durée.

Françoise Monestier
25/02/2026

Marguerite Stern, Les rives contraires, Histoire d’une transition politique, Éditions Magnus. 266 pages, 21 euros.

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