Dans la capitale alsacienne, pour faire vivre la campagne des municipales, un débat était organisé sur le campus universitaire du Cardo, ce mardi 3 mars, avec l’ensemble des têtes de liste. Une initiative portée par Science-Po Strasbourg, le Centre universitaire d’enseignement du journalisme (CUEJ) et les Dernières Nouvelles d’Alsace. Mais c’était sans compter la mobilisation de plusieurs dizaines d’étudiants d’extrême gauche qui bloquaient l'accès au campus alsacien dès le lundi matin 2 mars. Le collectif mis en place pour l’occasion réclamait l’annulation du débat. Il contestait la présence de l’eurodéputée Virginie Joron qui porte à Strasbourg les couleurs du RN. « Jamais la soi-disant nécessité de pluralisme ne saura justifier le fait d'offrir une tribune publique à des personnes qui prêchent la haine et la division » : voilà l’argumentation antifasciste publiée par le collectif sur ses réseaux. Sur les visuels, la tête dessinée de la candidate RN est barrée : « Pas de fachos au Cardo », peut-on lire. Dans ces conditions, Virginie Joron a annoncé renoncer à sa participation. « Par sens des responsabilités et tant que le climat actuel demeure tendu, avec regrets, j’ai pris la décision de ne pas m’exposer et aussi mon équipe à de telles tensions, a-t-elle posté sur ses réseaux. Dans une période où les crispations peuvent facilement s’exacerber, j’en appelle à l’apaisement, à la sérénité et au respect des principes démocratiques qui nous unissent. Les désaccords sont légitimes ; ils doivent rester dans le cadre républicain. »
Climat d'intimidation permanent
Contactée par BV, l’eurodéputée confirme maintenir son refus de participer à cette soirée, malgré le déplacement du débat, par la direction de l’université, en dehors du campus. « Le repli, c’est accepter de laisser les militants d’extrême gauche gouverner, c’est valider le déni de démocratie et notre soumission aux groupuscules d’extrême gauche. » Dans le contexte du meurtre de Quentin Deranque, la candidate RN estime qu'« il faut faire baisser la température ». L'ambiance terrorisante est partout. Au point que d'après les informations de Boulevard Voltaire, à Strasbourg, les réunions du RN lors de cette campagne municipale ne sont pas affichées publiquement par peur des menaces de l’extrême gauche. Les participants doivent écrire à une adresse électronique et le lieu de la réunion leur est délivré seulement la veille. « Les tractages sur les marché se font toujours à plusieurs et tout le monde est sur ses gardes », nous confirme Virginie Joron, qui dénonce « un climat d’intimidation avec des groupuscules qui s’organisent, qui dénigrent, qui manifestent ». On retrouve d’ailleurs, sur l’affiche des bloqueurs du campus de Strasbourg, les trois flèches, signe de ralliement du mouvement antifa de la Jeune Garde. Avec la bénédiction de La France insoumise et des écologistes, qui soutiennent le mouvement. Aucun des candidats n’a dénoncé cette atteinte au débat démocratique, ni même le président de l’université. Le débat va donc se dérouler sans la candidate RN.
« Ces gens saccagent la démocratie »
À Nantes, les mêmes simagrées conduisent aux mêmes conséquences. Les huit candidats à la mairie devaient débattre sur le campus de l’université, ce lundi 2 mars. La présidence de Nantes Université a annulé le débat, évoquant « des raisons de sécurité ». Les associations organisatrices parlent d’un « contexte récent de violences politiques et de menaces de tous bords, tant à l’échelle nationale que locale ». Comme le rapporte Le Figaro, c’est tout bonnement la présence du candidat RN qui a fait craindre des perturbations, au point qu’après avoir été suspendu, l’événement a été annulé. « Ma venue pourrait créer des troubles, dit-on, mais ces troubles viennent de l’extrême gauche », rapporte, à Boulevard Voltaire, Jean-Claude Hulot. L’homme qui porte les couleurs du RN dans la cité bretonne dénonce « la présence d’une extrême gauche et de nervis qui prônent la violence et font régner la terreur. L’université de Nantes obéit aux diktats de l’extrême gauche. Ces gens saccagent la démocratie comme ils bordélisent la rue », expliquait-il, dans une vidéo postée sur ses réseaux.
Boulevard Voltaire révélait, il y a une quinzaine de jours, le climat d’intimidation profondément malsain qui avait animé la campagne de Raphaël Arnault et de ses militants de la Jeune Garde, à Avignon, en 2024. Deux ans plus tard, et cela, après le meurtre de Quentin Deranque, on constate que l’extrême gauche dicte sa loi en toute impunité et bafoue la vie démocratique qu’elle prétend défendre au nom de l’antifascisme.
