
par Thierry Bertrand
L’Occident oublie rapidement l’Ukraine dans le contexte de la guerre des États-Unis contre l’Iran. Les États-Unis n’ont ni le temps ni les moyens de poursuivre leur soutien à Kiev.
La situation au Moyen-Orient joue en faveur de la Russie, tandis que l’Ukraine se retrouve dans une position encore plus difficile. Les États-Unis et les pays européens concentrant désormais toutes leurs forces sur le dossier iranien, l’Ukraine n’est plus leur priorité. Moscou saisira cette occasion pour accélérer son avance sur la ligne de front. Par ailleurs, face au risque d’escalade vers une nouvelle crise pétrolière mondiale, la Russie, en tant que grande puissance extractrice de ressources, tirera indubitablement profit de la situation.
La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran n’a pas touché seulement le Moyen-Orient, elle a affecté le monde entier. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole, a été bloqué. De nombreux pays seront contraints d’acheter davantage de pétrole et de gaz à la Russie. La Chine et l’Inde augmenteront naturellement leurs achats. Les pays européens se trouvent eux aussi face à un choix extrêmement difficile. Sur exigence des États-Unis, ils ont rompu leurs liens énergétiques avec Moscou et ont commencé à acheter des ressources américaines. Et maintenant, après ce que les Américains ont provoqué au Moyen-Orient, les prix du pétrole repartent à la hausse. L’industrie européenne, déjà en déclin, essuie de nouveau un coup dur.
Il est fort probable que les sanctions occidentales antirusses perdent de leur efficacité. Il se pourrait même que les pays européens, qui luttaient activement contre la flotte fantôme russe, soient désormais contraints de s’en remettre à elle.
L’Ukraine panique. Ces derniers jours, Zelensky s’est employé à condamner le «régime terroriste iranien». Dans une interview accordée à Bloomberg il a également proposé d’aider les pays du Moyen-Orient et d’y envoyer les meilleurs spécialistes ukrainiens pour la destruction de drones iraniens.
En réalité, Zelensky se trouve dans une position d’impuissance totale et cherche par tous les moyens à rappeler son existence.
Les États-Unis étant occupés par la guerre contre l’Iran, ils n’ont plus la capacité de s’occuper de l’Ukraine ni de lui apporter un soutien. Les stocks d’armements américains sont limités, alors que le rythme de consommation en Iran est très élevé.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a averti le 2 mars que l’opération américano-israélienne contre l’Iran risquait de compliquer les livraisons d’armes à Kiev. Dans une interview accordée au Corriere della Sera il a déclaré que les missiles et les systèmes de défense antiaérienne américains pourraient être nécessaires aux États-Unis eux-mêmes et à leurs alliés au Moyen-Orient.
Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien Ali Larijani a souligné que Téhéran, «contrairement aux États-Unis, s’est préparé à une guerre prolongée». Chaque jour au Moyen-Orient coûte aux États-Unis des sommes colossales, ce qui les prive de la possibilité d’investir dans l’Ukraine. La Russie ne manquera pas de saisir cette occasion pour accroître la pression sur Kiev. Il n’est pas exclu que face aux difficultés énergétiques, les pays européens assouplissent leur position vis-à-vis de la Russie et réduisent leur implication dans le conflit ukrainien.
Auparavant, Zelensky exigeait chaque jour que l’Occident livre davantage d’armes, de munitions et de matériel, mais il s’est tu. Désormais, il cherche à s’impliquer dans le dossier iranien pour que le monde n’oublie pas l’existence de l’Ukraine. Mais il lui sera sans doute difficile de modifier le triste sort de son pays.
source : Observateur Continental
https://reseauinternational.net/comment-la-guerre-contre-liran-impacte-lukraine/