
La guerre d’Ukraine a vu s’opérer en 2022 un basculement des importations de pétrole et de gaz par l’Union européenne, qui s’est davantage tournée vers les pays du Golfe Persique, Arabie, EAU et Qatar, comme fournisseurs. Une russophobie suicidaire qui va lui coûter très cher, si Téhéran poursuit son pilonnage des infrastructures énergétiques des monarchies du Golfe.
Les guerres ne se déroulent jamais comme le prévoient les états-majors, c’est bien connu. Aux multiples hypothèses envisagées sur le papier, vient très vite s’ajouter le grain de sable inattendu qui remet tout en question.
Qui aurait imaginé au Pentagone, que la colossale coalition occidentale de 140 000 soldats, avec son écrasante supériorité technologique, s’enliserait en Afghanistan durant vingt ans, pour finir humiliée et chassée par 50 000 talibans en savates, armés simplement de kalachnikov ?
Qui aurait pensé au Kremlin, après la mainmise de Poutine sur la Crimée sans coup férir, que l’Otan se lancerait dans un soutien massif à l’Ukraine, pays mafieux et corrompu où l’Europe n’a aucun intérêt ? Poutine a-t-il été trompé ou même trahi par ses services de renseignement qui n’ont rien vu venir ? Lui seul le sait. Encore une « guerre éclair » qui entame sa cinquième année…
En Iran, il semblerait que le fait de couper la tête du serpent dès les premières heures de l’attaque israélo-américaine n’ait pas eu l’effet escompté : à savoir l’effondrement du régime des mollahs avec soulèvement du peuple pour en finir avec cette théocratie barbare. Le renseignement israélien a été remarquable pour frapper au bon moment et au bon endroit, mais c’est un serpent à plusieurs têtes qui résiste aux bombes et aux missiles.
Téhéran ne lâche rien et semble bien décidée à embraser le Moyen-Orient pour que le monde entier subisse les conséquences du conflit. Car au-delà des frappes sur Israël et sur les bases américaines, les Iraniens ciblent toute la logistique énergétique de la région.
Et l’Europe, qui a été assez stupide pour se couper de l’énergie bon marché venue de Russie, va subir une nouvelle crise énergétique que les mollahs tentent de provoquer.
Soyons clairs : je soutiens à 100% cette opération pour de multiples raisons évoquées précédemment. Mais si le conflit s’éternise, il va falloir se préparer à des conséquences économiques dont personne à ce jour ne peut mesurer l’ampleur (prix de l’énergie, inflation, récession dans certains pays, chômage etc.)
La résistance de l’Iran va dépendre de son stock de missiles et de drones, une donnée encore inconnue car un pays très montagneux recèle de nombreux abris bien protégés. Et même si Israël a dorénavant la maitrise du ciel, on peut supposer que l’Iran a encore des ressources cachées.
Quant au soulèvement du peuple sur lequel comptent Trump et Netanyahu, il dépendra du positionnement de l’armée. Mais la terrible répression de ces derniers mois a calmé bien des ardeurs. Plusieurs dizaines de milliers de morts tombés sous la mitraille des Gardiens de la révolution, cela fait réfléchir. On peut armer une opposition quand elle est encadrée et structurée. Mais est-ce le cas après la répression sanglante ?
Ce qui est certain, c’est que sans insurrection du peuple, il n’y aura pas de changement de régime et cette guerre n’aura servi à rien, à part retarder les programmes balistique et nucléaire des mollahs. C’est pourquoi un arrêt de l’opération à mi-chemin, comme en 2025, serait une erreur.
La crise énergétique qui se profile
Le monde consomme 100 millions de barils par jour. 20% du pétrole et 40% du gaz transitent par le détroit d’Ormuz. Bloquer ce passage, c’est déstabiliser l’économie mondiale en pénalisant à la fois les pays producteurs, qui n’ont souvent que ces ressources comme richesse principale et les consommateurs, dépourvus de matières premières et dont l’économie ne peut plus tourner. L’Europe est dans ce cas.
Ce que veulent les mollahs, conscients de leur faiblesse sur le plan militaire, c’est miser sur une crise énergétique mondiale afin de rendre l’intervention américaine impopulaire et ruineuse pour de nombreux pays, qui finiront par exiger la fin des hostilités.
Les Iraniens peuvent cibler les tankers qui sortent du Golfe Persique par le détroit d’Ormuz, tandis que les Houthis, les supplétifs de Téhéran, peuvent viser les navires qui empruntent la mer Rouge par le détroit de Bab-el-Mandeb face à Djibouti.
Les raffineries, les installations électriques et les usines de dessalement d’eau de mer sont des objectifs majeurs, dont la destruction aurait des effets dévastateurs.
Les tarifs d’assurance vont s’envoler pour les navires naviguant en mer Rouge. Des milliers de bateaux sont déjà immobilisés dans le Golfe Persique, où le trafic maritime a chuté de 90%. Et faute de transport, la production de barils diminue.
Les prix vont donc monter. Le choc sur l’économie et l’inflation dépendront de la durée du conflit que nul ne peut prévoir. Le seul pays qui sera bénéficiaire du choc pétrolier sera l’Amérique, prête à vendre son pétrole et son gaz de schiste trois ou quatre fois plus cher que ceux importés de Russie.
La guerre en Ukraine, qui n’est toujours pas notre guerre, n’a pas fini de nous ruiner, parce qu’un ramassis de crétins et de têtes brûlées veulent jouer les Rambo sans en avoir les moyens.
Jacques Guillemain