OTAN contre URSS
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les tensions entre le bloc occidental et l’Union soviétique conduisent rapidement à la création de l’OTAN, le 4 avril 1949. Cette alliance militaire regroupe alors les États-Unis, le Canada et plusieurs pays d’Europe occidentale, dont la France, afin d’organiser une défense collective face à la menace des rouges. Durant les années 1950 et au début des années 1960, l’Alliance atlantique s’organise alors autour d’un commandement militaire dominé par les États-Unis. Ainsi, de nombreuses bases militaires américaines sont installées en Europe et sur le territoire français.
On retrouve ainsi plusieurs sites à Châteauroux, Metz, Marville, Chambley-Bussières, Toul-Rosières, Phalsbourg, Verdun, Sarrebourg, Étain, Bar-le-Duc ou encore Nancy. Cependant, lorsqu’il revient au pouvoir en 1958 et fonde la Ve République, Charles de Gaulle nourrit une autre ambition, pour la France : celle d’une nation pleinement souveraine dans ses choix stratégiques et diplomatiques, moins dépendante de la puissance américaine.
La lettre du 7 mars
Dès 1959, l’homme du 18 juin entreprend de retirer progressivement certaines forces françaises du commandement intégré de l’OTAN. Le processus aboutit officiellement le 7 mars 1966. Ce jour-là, le général de Gaulle adresse une lettre au président américain Lyndon B. Johnson pour lui annoncer que la France se retire du commandement militaire intégré de l’OTAN et demande le départ des forces étrangères stationnées sur son territoire.
Au total, 56 bases terrestres, 17 bases aériennes, 370 dépôts logistiques, environ 27.000 militaires et près de 37.000 personnels civils sont concernés par cette décision. Le quartier général des forces américaines en Europe, installé à Saint-Germain-en-Laye depuis 1954, ferme alors ses portes en 1967 et est transféré en Belgique. La France conserve, néanmoins, son appartenance politique à l’Alliance et demeure engagée dans la défense collective de l’Europe occidentale.
Une indépendance revendiquée
La décision du président de la République repose alors sur plusieurs motivations. D’abord, de Gaulle considère que la défense nationale doit rester entièrement sous contrôle français. Il refuse que la dissuasion nucléaire française, alors en plein développement avec la force de frappe, devenue opérationnelle en 1964, puisse être placée sous un commandement étranger.
Ensuite, le chef de l’État estime que l’intégration militaire dans l’OTAN limite la capacité de la France à mener une politique internationale indépendante. Dans un monde marqué par la guerre du Vietnam et par la confrontation entre les superpuissances, il veut éviter que la France ne soit entraînée dans des conflits décidés par d’autres puissances. De Gaulle rassure toutefois ses alliés en affirmant que sa décision ne fait que « modifier la forme de notre Alliance sans en altérer le fond ». Ainsi, la France continue de coopérer avec l’OTAN à travers divers accords militaires et stratégiques.
Le retour
Pendant près de quarante ans, tous les présidents de la République, de Georges Pompidou à Jacques Chirac, en passant par Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, maintiennent la décision du général de Gaulle et préservent cette ligne stratégique, même si certaines évolutions apparaissent. En effet, en 1995, sous la présidence de Jacques Chirac et le gouvernement d’Alain Juppé, une tentative de rapprochement avec le haut commandement est envisagée, mais elle n’aboutit pas, notamment après l’arrivée du gouvernement de Lionel Jospin en 1997.
La situation change avec l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République en 2007. En effet, le nouveau chef de l’État souhaite rapprocher la France de l’Alliance atlantique, un désir qu’il annonce officiellement devant le Congrès américain, le 7 novembre 2007. Il estime alors qu’une participation pleine et entière aux structures de l’OTAN permettrait à Paris de peser davantage dans les décisions militaires qui affectent le monde.
Après moults débats et de fortes divisions politiques, la décision est confirmée par un vote de confiance à l’Assemblée nationale, le 17 mars 2009, adopté par 329 voix contre 228. La majorité présidentielle, composée de l’UMP et de ses alliés centristes, soutient alors le projet face à l’opposition de la gauche socialiste.
Cette situation pourrait toutefois être remise en question à l’avenir si le Rassemblement national venait à remporter les prochaines élections présidentielles. En effet, le Rassemblement national défend depuis plusieurs années l’idée de revenir à la position gaullienne, en quittant le commandement militaire intégré de l’OTAN tout en restant membre de l’Alliance. Marine Le Pen, présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, a régulièrement exprimé cette volonté, tandis que Jordan Bardella a indiqué que cette décision ne pourrait être envisagée qu’en dehors de toute période de guerre.
