
Par Marc Desgorces-Roumilhac
Ce n’est pas tout-à-fait exact. J’avais une amie. C’était la vôtre aussi, même si vous ne le saviez pas, parce que vous ne la connaissiez pas. Elle défendait notre raison d’être, elle voulait que nous ayons le droit imprescriptible de demeurer ce que nous sommes, ce dont nous avons hérité, ce que nous voulons faire perdurer. Et ceci farouchement, sans fards, sans concessions, sans renoncements. Nationale, provinciale, identitaire. Entière et courageuse. Une belle personne, dans tous les sens du terme. La Française par excellence, précisément figure nationale parce que enracinée dans son fond albigeois, tarnais, occitan. L’accès à l’universalisme par le particularisme, de Molière à Pagnol, nihil novi sub sole certes, mais une illustration de plus de la culture française, donc européenne.
Marie-Christine Boutonnet vient de s’éteindre. La flamme ardente de son combat est quant à elle inextinguible. Son tempérament, d’aucuns diront son intempérance, resteront contagieux. Tant mieux, la liberté de pensée et de parole, l’insolence et l’insoumission, la résistance à la décadence, y gagneront.
Il n’est pas question ici de faire œuvre besogneuse de nécrologie, avec un récit biographique millimétré, linéaire, désincarné. Sachez seulement qu’elle fut formée intellectuellement et politiquement à l’Action française du tournant des années 1960-70 à Toulouse. Où, malgré la rigueur doctrinale du mouvement, elle participait d’un esprit national qui permettait à quelques-uns d’entre nous d’entretenir sur le terrain, par tous les moyens, même légaux s’il le fallait, un œcuménisme nationaliste du réel et du quotidien. C’est grâce à elle que je suis devenu royaliste à vie, sur le principe, avant et au-delà du choix du Prince. Pourtant j’appartenais à des tendances et organisations qui n’étaient pas en odeur de sainteté, doctrine comme méthodes, avec la ligne de la Maison.
Cette ouverture d’esprit et d’action, elle en fit preuve de façon pragmatique quelques années plus tard, en rejoignant les combats du Front national à la fin des années 1970. Avec fidélité, ténacité et volonté, elle y a effectué un travail considérable, auquel Jean-Marie Le Pen lui-même a rendu hommage. Toujours dans un esprit positif et inclusif, à croire qu’était gravée au fond de son âme la devise « tout ce qui est national est nôtre ». Il s’agit du FN canal historique, s’entend. Je voulais m’entretenir avec elle dans les jours à venir de l’ignominieuse trahison antinationale d’un détraqué dirigeant RN, échappé de je ne sais quelle cage, qui vient de planter un coup de poignard (dans le dos, ça va de soi chez ces gens-là) aux courageux nationaux unis à Dunkerque. Naturellement, le communiqué d’AF, d’une grande tenue et plein de retenue, me suffisait. Mais enfin l’avis de Marie-Christine, comme nos échanges privés sur nos expériences respectives d’anciens élus « républicains » (nous n’avons pas été lapidés par le parti à l’époque : autres temps, autres dirigeants, autres mœurs ?), m’auraient instruit plus avant. Trop tard, Marie-Christine, pardonne-moi.
Marie-Christine n’a jamais renié, jamais reculé, toujours affirmé, toujours avancé. Abeille infatigable, de là où elle siège désormais, elle nous rappelle qu’il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. Que vivre et se battre, c’est synonyme. Que le travail finit toujours par payer.
Adieu camarade. À Dieu mon amie.
https://www.actionfrancaise.net/2026/03/11/javais-une-camarade/