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« Made in Europe » : le sabotage de l’Allemagne

Présenté mercredi par Stéphane Séjourné comme la réponse tant attendue à l’Inflation Reduction Act américain1, le projet d’Industrial Accelerator Act (IAA) devait incarner le sursaut protectionniste du Vieux Continent. Après de multiples reports, le texte final livré aux eurodéputés ressemblera pourtant à un cadavre législatif soigneusement vidé de sa substance. Enquête sur un sabotage méthodique dont l’Allemagne a été le maître d’œuvre, avec la complicité active des appareils libre-échangistes de Bruxelles.

L’histoire de l’IAA est celle d’une promesse trahie avant même d’avoir été tenue. Présenté à l’automne 2025 comme le pendant européen de la grande loi protectionniste états-unienne, le texte devait conditionner l’octroi de milliards d’euros de subventions publiques à une production réellement locale et décarbonée. L’objectif affiché ? Stopper l’hémorragie industrielle qui vide l’Europe de ses usines et de ses savoir-faire face à la concurrence déloyale chinoise et aux subventions massives états-uniennes.

La stratégie allemande : la guerre économique contre ses « partenaires »

Quelle a été la stratégie de Berlin dans cette affaire ? Pour la comprendre, il faut revenir sur le modèle économique allemand. L’Allemagne est devenue la première puissance industrielle de l’UE en construisant des chaînes de valeur intégrées avec des pays à bas coûts de main-d’œuvre, notamment en Europe centrale et orientale, mais aussi en Afrique du Nord et en Turquie.

D’où la position défendue avec constance par la délégation allemande tout au long des négociations : plutôt qu’un Made in Europe restrictif, l’Allemagne plaide pour un Made with Europe (fabriqué AVEC l’Europe). Là où le Made in Europe exigerait qu’une part significative de la valeur soit réellement créée sur le sol de l’Union, le Made with Europe permettrait d’inclure les pays tiers jugés « partenaires de confiance ».

La coalition allemande

L’Allemagne n’a pas agi seule. Berlin s’est appuyé sur un groupe de neuf autres pays partageant la même vision libre-échangiste. Cette coalition, qui s’est auto-désignée sous le nom des Friends of Industry (Amis de l’industrie), regroupe principalement des nations du Nord de l’Europe et d’Europe centrale, dont les économies sont fortement intégrées aux chaînes de valeur allemandes et qui plaident pour moins de régulation et plus de libre-échange .

À l’inverse, les pays partisans d’une ligne plus dure, comme la France, l’Italie ou l’Espagne, se sont retrouvés isolés et incapables de peser face au rouleau compresseur allemand.

L’inclusion des pays non-UE dans le Made in Europe

Face à l’impossibilité de trouver un accord sur le périmètre du Made in Europe, la Commission a choisi la stratégie de l’autruche2. La décision cruciale concernant la liste des fameux « partenaires de confiance » — ces pays tiers qui pourront bénéficier du label européen sans en avoir le droit — a été purement et simplement reportée de six mois .

Concrètement : la Turquie, le Maroc, la Tunisie, le Royaume-Uni, bientôt les pays du Mercosur si l’accord controversé venait à être ratifié, tous pourraient voir leurs productions estampillées « Europe » et bénéficier des subventions destinées à protéger l’industrie européenne. Une aubaine pour les industriels allemands qui ont délocalisé une partie de leur production dans ces pays.

Les secteurs concernés : un périmètre trop étroit

Même sur le fond, le texte déçoit. Les quelques mesures protectionnistes qui subsistent ne concernent qu’un périmètre réduit de secteurs stratégiques : les batteries et le stockage d’énergie, les véhicules électriques et leurs composants, le solaire photovoltaïque, ainsi que l’extraction, le traitement et le recyclage des matières premières critiques.

Tous ces secteurs ont en commun d’être ceux où la concurrence chinoise est la plus pressante. C’est bien, mais c’est trop peu. Quid de la chimie, de la sidérurgie, du textile, de l’agroalimentaire ? Autant de filières stratégiques abandonnées à leur sort, faute d’une vision globale de la réindustrialisation.

Le naufrage diplomatique du régime Macron

Si le constat du sabotage allemand est accablant, une question plus douloureuse encore taraude les observateurs : où était la France ? Pourquoi Paris, qui partage pourtant avec l’Italie, l’Espagne ou la Pologne une même inquiétude face à la désindustrialisation, n’a-t-elle pas su fédérer une coalition capable de faire contrepoids au rouleau compresseur allemand ?

Contrairement à l’Allemagne, qui entretient depuis des décennies un réseau dense d’alliances économiques et diplomatiques avec les pays d’Europe centrale et du Nord, la France apparaît isolée sur la scène européenne, ceci en raison d’une diplomatie arrogante et idéologique hostile à ses alliés potentiels.

Prenons la Pologne. Varsovie partage pourtant avec Paris des intérêts convergents en matière industrielle : une base productive importante, une sensibilité aux délocalisations, une volonté de préserver des filières stratégiques. Mais les relations franco-polonaises sont exécrables depuis des années, minées par l’agressivité de Macron au sujet du soit disant sur l’État de droit.

En ce qui concerne l’Italie. Rome est sans doute l’allié naturel de la France sur ces sujets : même sensibilité industrielle, même culture de la qualité, même inquiétude face au dumping social. Mais là encore, les relations sont chaotiques, du fait de l’arrogance de Macron.

Enfin, l’Espagne. Madrid partage avec Paris une même vision sur de nombreux dossiers industriels. Mais l’Espagne est aussi très dépendante des investissements allemands et des débouchés germaniques pour son économie.

Le syndrome du « couple franco-allemand »

Il y a enfin un problème culturel, presque psychologique, qui paralyse la diplomatie française : la croyance quasi mystique dans le « couple franco-allemand » comme moteur de l’Europe.

Depuis des décennies, Paris entretient l’illusion que tout passe par Berlin, que tout compromis avec l’Allemagne est préférable à une confrontation, et que la France n’a pas d’autre allié stratégique que son voisin d’outre-Rhin. Cette croyance a conduit à des renoncements en série : sur la gouvernance de la zone euro, sur la politique énergétique, sur la régulation du commerce.

Dans le dossier de l’IAA, cette logique a encore joué. Plutôt que de chercher à isoler l’Allemagne en construisant une coalition des pays du Sud et de l’Est, la France a négocié en bilatéral avec Berlin, croyant pouvoir arracher des concessions.

Conclusion

Que reste-t-il de l’Industrial Accelerator Act après le passage de la tronçonneuse allemande et les complaisances de la DG Commerce ? Un trompe-l’œil, une coquille vide, un « protectionnisme de façade » qui ne protège rien ni personne. Comment justifier que de l’argent public, prélevé sur les impôts des Français, serve à financer des produits assemblés dans des pays où les normes sociales et environnementales sont aux antipodes des nôtres ? Cette mesure, loin de relocaliser, encourage au contraire la délocalisation.

La leçon est cruelle mais claire : après le naufrage du Mercosur, qui a sacrifié l’agriculture française, l’Europe de Bruxelles, inféodée aux intérêts allemands et à l’idéologie libre-échangiste, sacrifie l’industrie française. Et que fait Macron, à part fanfaronner autour du globe ?

Jean Lamolie

Qui date de… 2022 ; on admire encore la réactivité de l’UE !

La direction générale du commerce, la plus puissante de la Commission de Bruxelles, est dirigée par une Allemande.

https://ripostelaique.com/made-in-europe-le-sabotage-de-lallemagne/

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