
La guerre au Moyen-Orient frappe directement l'économie européenne. Le détroit d'Ormuz est fermé. Les prix du pétrole et du gaz flambent et les usines sont sur le point de fermer.
Lors du Conseil européen de mars 2026, les dirigeants de l'UE se sont mis d'accord sur un programme de mesures concrètes assorties de délais ambitieux afin de renforcer la compétitivité. Réunis à l'occasion du Conseil européen, les dirigeants de l'UE ont lancé un plan intitulé « Une Europe, un marché » en mars 2026, à mettre en œuvre si possible en 2026 et d'ici la fin 2027 au plus tard.
Manque de chance, la guerre de l’axe américano-israélien vient anéantir le projet des élites européennes. « Ce plan définit un ensemble de mesures concrètes dans cinq domaines à traiter d'urgence afin de stimuler la compétitivité européenne et de renforcer l'autonomie stratégique et la sécurité économique de l’UE, en soutenant la prospérité et le modèle social de l'Europe », est-il annoncé sur le papier au titre prometteur « Une Europe, un marché ».
Alors que le tsunami d’une récession historique est en train d’écraser l’Europe, les élites du bloc, qui veulent, par ailleurs, mettre en œuvre un portefeuille européen d’identité numérique pour les entreprises, affirment : « Les dirigeants de l'UE ont souligné qu'il fallait améliorer les conditions pour que les entreprises atteignent la dimension nécessaire pour investir, innover et affronter la concurrence au niveau mondial ».
Bien entendu, rien de tout cela concernant les projets d’expansion économique n’aura lieu : la crise liée à la fermeture du détroit d’Ormuz et l’arrêt de l’import de pétrole, de gaz et de matières premières mettent un terme au projet économique européen.
« Le conflit au Moyen-Orient ayant un impact immédiat sur les prix de l'énergie pour les entreprises et les citoyens de l'UE, le Conseil européen a souligné la nécessité d'une réponse coordonnée », rapporte l’organe de coopération et de coordination suprême entre les chefs d’États ou de gouvernement de l’Union européenne tout en affirmant : « Les dirigeants de l'UE ont souligné que la transition énergétique est essentielle pour parvenir à l'autonomie stratégique de l'Europe, réduire sa dépendance à l'égard des marchés des combustibles fossiles volatils, renforcer sa résilience, faire baisser les prix de l'énergie de manière structurelle et fournir une énergie propre, abondante et locale ». Les responsables de l'UE continuent de parler pendant que l'économie sombre.
La transition énergétique est considérée par l'UE comme le pilier central pour atteindre son autonomie stratégique, en réduisant sa dépendance aux combustibles fossiles importés. Grâce à l'essor des énergies renouvelables et à l'efficacité énergétique, l'Europe vise une souveraineté énergétique à l'horizon 2030-2050, tout en sécurisant ses approvisionnements industriels. L'UE ambitionne au moins 42,5% d'énergies renouvelables d'ici 2030. Mais la transition énergétique n'est pas réalisée.
Cette transition est indispensable pour l'indépendance, mais elle demande une politique industrielle forte pour éviter de nouvelles dépendances. Avec la guerre au Moyen-Orient, l'industrie européenne est détruite.
'absurdité est de constater que l’UE se réjouit « d'investissement dans les énergies propres » pendant qu’elle soutient la guerre en Ukraine contre la Russie et la guerre d’Israël contre l’Iran.
La nouvelle guerre au Moyen-Orient a contraint les pays à revoir leurs plans. La guerre américano-israélienne contre l’Iran a provoqué un choc énergétique qui menace de fragiliser davantage encore une économie européenne déjà précaire. La situation au Moyen-Orient a mis en lumière le talon d’Achille de l’économie européenne : sa dépendance énergétique aux voies maritimes. Alors que le détroit d’Ormuz est de facto bloqué, « les prix du gaz européen affichent presque le double des niveaux d'avant-guerre israélo-américaine contre l’Iran, ayant augmenté de plus de 90% jusqu'à présent ce mois-ci », signale Trading Economics.
Après avoir fait sauter et abandonner Nord Stream, un ensemble de deux gazoducs reliant la Russie à l'Allemagne, l'Europe s'est tournée vers le gaz naturel liquéfié (GNL). Celui-ci est acheminé par voie maritime, à travers les eaux mêmes où la guerre fait actuellement rage. Les responsables du bloc ont encore mal misé, révélant leur incapacité à diriger l'UE.
« En juin 2022, l'UE a pris des mesures pour accroître les réserves de gaz afin de garantir un approvisionnement suffisant et de protéger les citoyens contre l'augmentation des prix de l'énergie, [dans le contexte de la guerre en Ukraine contre la Russie] qui avait gravement perturbé les marchés de l'énergie », note le Conseil européen. Mais ces mesures ne donnent pas les résultats attendus.
Au 21 mars 2026, le stock de gaz de l’UE était à 28,48% de ses capacités pour l’UE et à 21,98% pour la France, un niveau historiquement bas pour cette saison. Au 18 mars 2026, le taux de remplissage des stocks de gaz en Allemagne s'élevait à 21,88%. En mars, fin de la principale période de chauffage, il est vrai que les stocks de gaz atteignent traditionnellement leur niveau le plus bas, avant que le réapprovisionnement en vue de l'hiver suivant ne commence.
Avant la guerre de l'Ukraine contre la Russie, il était normal que les réservoirs soient « plus vides » en mars, mais l'objectif est aujourd'hui de sortir de l'hiver avec un taux de remplissage nettement supérieur à 50-60% afin de garantir la sécurité d'approvisionnement. « Compte tenu des niveaux de remplissage initialement très bas, cela représente un risque considérable pour la préparation de l'approvisionnement hivernal à venir », avertit Initiative pour le stockage de l'énergie. La question délicate se pose pour le remplissage des réservoirs de gaz de l'UE en vue de l'hiver 2026/2027.
« Compte tenu de l'évolution actuelle des marchés internationaux du gaz, le remplissage des stocks de gaz constituera cette année un défi d'une ampleur exceptionnelle », fait savoir Initiative pour le stockage de l'énergie. La fermeture du détroit d'Ormuz a entraîné des hausses de prix considérables sur les marchés mondiaux du GNL. La « concurrence qui en résulte entre l'Asie et l'Europe fait grimper les prix », poursuit Initiative pour le stockage de l'énergie, avertissant : « Compte tenu des niveaux de remplissage initialement très bas, cela représente un risque considérable pour la préparation de l'approvisionnement hivernal à venir ». D'ici la fin mars, les installations de stockage ne seront remplies qu'entre 22% à 27%.
Parallèlement, la hausse des prix du pétrole et du gaz a contraint les pays européens à augmenter leurs dépenses. Selon Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, les factures d'importation de combustibles fossiles ont augmenté de 3 milliards d'euros au cours des dix premiers jours du conflit au Moyen-Orient.
Cette annonce reflète la fragilité de l’Europe face aux chocs géopolitiques qui affectent ses approvisionnements énergétiques. De plus, la hausse des prix du pétrole et du gaz naturel accentue la pression sur les industries énergivores. L'Europe est confrontée à la menace de fermetures d'usines et de délocalisations de production vers la Chine ou les États-Unis. Avec la guerre de Trump contre l’Iran en soutien à Israël, il a une fois de plus porté un coup dur à l’économie européenne.
Celle-ci est fortement dépendante du commerce mondial. Le bloc dispose de peu de ressources naturelles. Avec une croissance du PIB de 1%, une hausse des prix du pétrole à 125 dollars le baril, voire plus, cela menace l'Europe d'une récession. « Une guerre prolongée au Moyen-Orient et une baisse persistante des approvisionnements en pétrole et en gaz pourraient provoquer une forte hausse de l'inflation et une chute brutale de la production, avertit Philip Lane, économiste en chef de la Banque centrale européenne ». Selon Bloomberg, l'escalade des tensions au Moyen-Orient pourrait entraîner un ralentissement temporaire de l'économie européenne, voire une crise de grande ampleur.
Pierre Duval
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