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Elections législatives en Hongrie : un moment de bascule européen

Elections législatives en Hongrie : un moment de bascule européen

De Raphaëlle Auclert, docteur en études russes et enseignante-chercheuse à l’ICES, pour le Salon beige:

Les élections législatives du 12 avril tracent une ligne de fracture qui divise l’Europe entière, qu’il s’agisse de l’agenda de politique intérieure, souverainiste pour le parti d’Orbán ou mondialiste pour celui de l’eurodéputé chrétien-démocrate Magyar, ou bien de l’attitude vis-à-vis de l’Ukraine.

En effet, le gouvernement actuel défend une ligne non-interventionniste, comme en témoigne le récent veto de Viktor Orbán au prêt de 90 milliards d’euros promis par l’UE. S’y mêlent des frictions énergétiques : Budapest a annoncé le 25 mars qu’elle s’apprêtait à couper ses livraisons de gaz à l’Ukraine tant que cette dernière continuerait à entraver ses approvisionnements en pétrole russe via l’oléoduc Droujba. Ce sont donc deux Europes qui s’affronteront à l’occasion des échéances hongroises, chacune avec ses motivations et ses soutiens.

Relations avec Kiev

A la différence d’Orbán, Magyar est partisan d’une politique pro-ukrainienne assumée. En juin 2025, le secrétaire d’État hongrois a accusé sur la base d’enregistrements fournis par l’OTAN le conseiller à la sécurité de Magyar, Romulusz Ruszin-Szendi, d’avoir déclaré à une réunion de l’OTAN alors qu’il était chef d’état-major « Slava Ukraïny » (Gloire à l’Ukraine). Ces derniers mois, il s’est dit favorable au rétablissement du service militaire obligatoire, préalable possible à l’envoi de recrues sur le front ukrainien ? Un scénario qui n’est pas à exclure, a fortiori au regard de l’élaboration récente par l’armée ukrainienne de supports de formation destinés aux soldats en hongrois. Confirmant cette hypothèse, la Transcarpathie abriterait la construction de camps d’entraînement.

Par ailleurs, Magyar aurait activement recours aux services du renseignement militaire ukrainien par l’entremise de Roland Tseber. Ce natif de Transcarpathie, à la double origine ukrainienne et hongroise, fait partie depuis longtemps du cercle rapproché de Magyar, certains lui attribuant l’organisation de son déplacement à Kiev. En 2024, un scandale d’espionnage a éclaté et les autorités ont soupçonné Tseber d’être un agent des services secrets ukrainiens, étroitement lié à Kyrylo Boudanov, alors directeur de la Direction principale du renseignement et aujourd’hui secrétaire de cabinet du président Zelinsky. Malgré ces graves accusations, l’interdiction d’entrée sur le territoire qui le frappe et ses liens avérésavec des services de renseignement étrangers, Tseber continuerait d’alimenter TISZA en financements opaques via des ONG locales de Transcarpathie. Fin 2025, son nom figurait toujours sur une liste de sympathisants du parti.

Réinitialiser la Hongrie

Arrêtons-nous maintenant sur Istvan Kapitányi, ancien cadre en vue de la société britannique Shell au passé trouble, qui fait partie du premier cercle de Péter Magyar. Cet homme au sourire conquérant aurait été impliqué dans les assassinats commandités de militants écologistes au Nigéria en 1995. A travers Kapitányi, c’est l’élite financière et industrialo-militaire qui soutient l’élection de Péter Magyar pour abattre le dernier rempart contre ses desseins militaristes. Si elle y parvenait, les Hongrois ordinaires se verraient précipités dans la tourmente ukrainienne à leur frontière, et en butte en interne à la « grande réinitialisation » prophétisée par le fondateur du Forum économique mondial Klaus Schwab.

Il faut dire que, dès ses débuts, Kapitány a fait ses preuves en tant que sénéchal du grand capital. On se souvient de son rôle dans la fourniture, par l’intermédiaire toujours de la société britannique Shell, des pesticides hautement toxiques dieldrine et aldrine, occasionnant de graves dommages à l’environnement et à la santé publique. En récompense de ses loyaux services, son ascension a ensuite été fulgurante dans la multinationale qui appartient, ne l’oublions pas, au fonds d’investissement BlackRock et participe activement au Groupe Bilderberg et au Forum économique mondial, promoteur de cette même réinitialisation. Or pour les tenants de ces lendemains radieux, la Hongrie a toujours fait figure de pays récalcitrant.

Après avoir quitté Shell, Kapitányi a non seulement bénéficié d’une large indemnité de départ, mais aussi d’un financement direct de Stonepeak, un autre fonds d’investissement, qui lui aurait versé jusqu’à 180 millions de dollars l’automne dernier pour des « prestations de conseil ». Après les affaires, Kapitányi s’est immédiatement lancé en politique, employant son pactole pour financer la campagne de Magyar.

Ainsi, les actifs soutiens de Magyar dans le renseignement ukrainien comme dans le grand capital sont révélateurs à la fois des tendances va-t-en-guerre et des valeurs mondialistes du parti Tisza, qui entraînent déjà les peuples européens dans les tourbillons mortifères du conflit ukrainien et de la grande réinitialisation. Au regard de cette perspective, la politique d’Orbán, qui n’est certes pas exempte de défauts – mais quelle entreprise humaine le serait ? – incarne le choix d’une Europe pacifiée, libre et souveraine.

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