
Il y a à peine quatre ans, l’Allemagne vantait encore l’Ostpolitik, construisait les gazoducs Nord Stream et ses dirigeants partageaient des dîners cordiaux avec Vladimir Poutine. Ce même pays, sous Friedrich Merz – chancelier CDU depuis mai 2025 –, s’est mué en faucon le plus virulent d’Europe. En avril 2026, l’Allemagne ne se contente plus de soutenir l’Ukraine : elle manifeste une agressivité extrême contre la Russie, bloque les négociations de paix tant que Moscou n’est pas épuisée, et transforme le conflit en opportunité historique. Ce n’est pas un sursaut moral. C’est un calcul froid : épuiser la Russie, reconstruire l’Ukraine à son profit exclusif, et relancer son complexe militaro-industriel comme jamais depuis 1945.
Cette poussée vers l’Est n’est-elle pas, sous une forme modernisée, un nouvel avatar du « Drang nach Osten » – cette « poussée vers l’Est » qui anima l’Empire wilhelmien, puis le IIIe Reich ?
L’agressivité extrême : de Scholz à Merz
Olaf Scholz avait lancé la « Zeitenwende » en 2022 avec un fonds spécial de 100 milliards pour la Bundeswehr, mais il restait prudent : livraisons lentes, refus des Taurus par crainte d’escalade, coalition fragile. Sa base SPD gardait une nostalgie de l’Ostpolitik.
Friedrich Merz, conservateur et nationaliste pur et dur, n’a plus ces freins. En janvier 2026, il affirme que la guerre russe fait partie d’un « plan dirigé contre l’ensemble de l’Europe ». Il s’oppose à tout accord négocié « au-dessus de la tête des Européens » et refuse des concessions territoriales. Quand Paris ou Rome évoquent des canaux diplomatiques, Berlin bloque. L’état-major prépare une possible confrontation d’ici 2028.
Pourquoi cette fureur accrue ? Merz incarne un retour à une Allemagne puissante en Europe centrale, sans complexes post-1945. La CDU est plus atlantiste que le SPD. Avec une coalition plus stable, il appuie sur l’accélérateur : budget défense au-delà des 2 % du PIB, rhétorique de « menace existentielle ».
Le projet de domination économique de l’Ukraine : protectorat, pas reconstruction
L’Ukraine n’est pas qu’un champ de bataille : c’est un marché à conquérir. En mars 2026, Berlin organise à Munich la conférence « Reconstruction of Ukraine – Opportunities for the German Economy ». Soixante-dix entreprises allemandes sont déjà sur place. Merz pousse un « European flagship fund » et « Ukraine Connect » : prêts bon marché, assurances risques. Coût officiel : plus de 500 milliards d’euros, payés par l’UE. Bénéficiaires : Siemens Energy, Heidelberg Materials, géants du BTP.
Merz bloque une adhésion rapide à l’UE mais promeut un rapprochement progressif. Traduction : on garde Kiev sous perfusion européenne sans tous les droits d’un membre. L’Ukraine devient une zone de main-d’œuvre bon marché, terres fertiles et minerais, reconstruite selon les normes allemandes. C‘est un néo-colonialisme doux : pas de troupes, mais des joint-ventures, des normes imposées via Bruxelles, une influence via la Banque européenne d’investissement. L’arrière-cour économique de l’Allemagne.
Ce que gagne l’Allemagne : le boom de l’industrie d’armement
Le jackpot de l’entreprise d’armement Rheinmetall. Chiffre d’affaires 2025 : près de 10 milliards d’euros (hausse 29 %). Prévision 2026 : 14 à 14,5 milliards (+40-45 %), marge 19 %. Carnet de commandes : 63,8 milliards fin 2025, vise 135 milliards fin 2026, objectif long terme 300 milliards et 50 milliards de revenus annuels.
Contrats directs avec Kiev : véhicules Lynx, munitions 155 mm, drones, défense aérienne. Usines en Ukraine. Le PDG Armin Papperger assume : la guerre ou le réarmement OTAN assurent une décennie de croissance. Aide militaire allemande 2026 : 11,5 milliards d’euros. Pas de Taurus (prudence sur l’escalade), mais assez pour faire tourner la machine. Pendant que l’industrie classique souffre, le secteur défense explose : emplois qualifiés, exportations. L’Allemagne devient premier fournisseur européen après les États-Unis. La France peine à suivre.
Comparaison historique : Drang nach Osten 2.0 ? Du IIe Reich au IIIe Reich, et aujourd’hui
Le « Drang nach Osten» n’est pas une invention nazie. Il remonte au Moyen Âge (colonisation germanique en Europe centrale et orientale), puis au XIXe siècle avec les pangermanistes et l’Association des marches de l’Est, qui voyaient dans l’Est slave un espace à germaniser. L’Empire wilhelmien (IIe Reich) l’a pratiqué pendant la Première Guerre mondiale : occupation de vastes territoires à l’Est, Ober Ost en Baltique en Ukraine, exploitation économique, plans de colonisation.
Le IIIe Reich l’a radicalisé. Hitler, dans « Mein Kampf », faisait de l’Ukraine le joyau du « Lebensraum » (espace vital) : grenier à blé, terre à coloniser. L’opération Barbarossa (1941) visait explicitement l’Ukraine comme colonie centrale.
L’Ukraine fut au cœur de cette politique de colonisation : pillage agricole, collaboration des nationalistes ukrainiens. Des millions de morts civils dont la Shoah par balles. Le but était de transformer l’Est en empire colonial racial, sur le modèle américain du Far West ou romain, mais avec une idéologie biologique exterminatrice.
Le bilan pour l’Allemagne : domination de l’Europe
Aujourd’hui, sous Merz, les méthodes ont changé – plus de panzers, plus de camps – mais les objectifs structurels présentent des parallèles troublants qui rappellent une continuité géopolitique allemande :
– Espace économique à dominer : hier « Lebensraum » racial et agricole ; aujourd’hui protectorat économique : Ukraine comme marché captif, zone bas-coût), fournisseur de matières premières et main-d’œuvre, absorbant surplus allemands (machines, énergie, ingénierie).
– Affaiblissement de la Russie: hier destruction de l’URSS pour créer l’empire germanique ; aujourd’hui épuisement économique et militaire de la Russie pour sécuriser l’hinterland allemand et consolider le leadership en Europe centrale via OTAN/UE.
– Exploitation via reconstruction : hier pillage direct et colonisation ; aujourd’hui « aide » européenne (payée par les contribuables) qui profite massivement aux entreprises germaniques (Siemens, Heidelberg, Rheinmetall). La conférence de Munich 2026 est explicite : « Opportunities for the German Economy ».
– Rhétorique de civilisation : hier supériorité aryenne contre Slaves « sous-hommes » ; aujourd’hui « valeurs européennes » et « responsabilité historique » (retournement culpabilisant de 1945 en justification d’une nouvelle poussée). Merz parle de plan russe contre « toute l’Europe » – inversion symétrique de la propagande hitlérienne sur la menace judéo-bolchévique.
Le réalisme impose de noter la continuité : l’Allemagne, puissance centrale, cherche depuis Bismarck à organiser son « Mitteleuropa » et à neutraliser la menace russe à l’Est. Le IIe Reich le faisait par alliances et guerre limitée ; le IIIe par conquête raciale totale ; l’Allemagne de Merz par réarmement, épuisement par procuration et prise de contrôle économique. Le « Drang nach Osten » moderne passe par Bruxelles, le Sondervermögen et les joint-ventures, pas par la Wehrmacht. Mais le résultat visé – une Europe orientale sous influence germanique dominante avec une Russie affaiblie – reste étrangement similaire.
Le reste de l’Europe paie :
Le contribuable européen paie l’aide à l’Ukraine, qui ne sera jamais remboursée. L’industrie française est marginalisée et le rôle de médiateur de Paris n‘existe plus, le régime Macron ayant satellisé la France. Les réfugiés ukrainiens alimentent la démographie allemande.
Ce n’est pas de l’antigermanisme. C’est du réalisme historique. L’Allemagne fait ce que les grandes puissances ont toujours fait : défendre ses intérêts sans états d’âme. Hier avec Bismarck, Hitler ou Adenauer ; aujourd’hui sous le drapeau bleu étoilé et le slogan « solidarité ukrainienne ». Merz accélère une dynamique lancée par Scholz, en la rendant plus cohérente et ambitieuse. La guerre n’est pas seulement une tragédie : pour Berlin, c’est une opportunité historique, dominer le continent. Et le régime Macron est le complice de cette trahison de la France, qui a besoin d’une Russie forte et prospère, capable d’équilibrer la puissance allemande.
Jean Lamolie