
Au collège privé catholique Saint-Paul de Soissons, on se prépare déjà à la fin de l’année scolaire. Avant de se quitter pour les vacances d’été, l’équipe des professeurs d’EPS encadrant l’association sportive prévoit, le 17 juin, une journée « festive ». Au programme : randonnée d’environ 10 kilomètres le matin et activités sportives au collège l’après-midi. Mais au déjeuner, les enfants pourront choisir entre des saucisses et des merguez… halal. Ce « détail » jette une ombre sur l'initiative pour Marie, qui a confié son désarroi à Boulevard Voltaire.
Cette mère de famille, dont la fille est scolarisée depuis bientôt un an dans cet établissement catholique de l’Aisne, nous avoue être tombée de haut lorsqu’elle a reçu le courriel annonçant ce programme. Elle a exprimé auprès de la direction la « consternation » que lui inspire le fait de voir un établissement catholique proposer du halal dans ses menus : la réponse reçue, « laconique », ne l’a pas convaincue : « Nous veillerons, comme de coutume, à ce que chacun ait la liberté de déjeuner classiquement », lui a-t-on simplement précisé. De fait, le choix est laissé aux enfants entre une saucisse, donc du porc, et ces fameuses merguez halal.
Mais voilà : pas certaine qu’à douze ans, on « puisse faire la différence entre une merguez halal et une saucisse classique », Marie, qui se défend de toute « attaque contre les pratiquants de l’islam », dénonce un refus de s’adapter à l’art de vivre « à la française », qu’elle craint de voir progressivement disparaître. « C’est toujours plus, et on est obligés de tout accepter. »
Elle souligne « la capitulation des dirigeants des écoles catholiques, des évêques et des instances diocésaines qui ont la responsabilité de l’enseignement catholique français ».
Un refus de financer le culte musulman
Si ce n’est pas la première fois que les menus halal au sein du groupe scolaire dérangent certains parents d’élèves, leurs responsables, à en croire les témoignages recueillis, ne semblent pas avoir fait grand cas des protestations exprimées.
Marion nous raconte à son tour comment sa démarche avait été balayée d’un revers de manche lorsqu’elle s’était plainte que sa fille, scolarisée au lycée, se soit vu distribuer un sandwich halal à l’occasion d’une sortie scolaire l’année dernière, alors même qu'aucune annonce sur un tel menu n'avait été faite aux parents. Une erreur malencontreuse, s’était justifiée la direction, alors que l’adolescente assurait avoir constaté la même inscription « halal » sur plusieurs autres sandwichs de ses amis non musulmans.
L'épisode avait failli pousser Marion à retirer sa fille du lycée, tant l’idée de contribuer indirectement au financement du culte musulman via l’abattage rituel dont est issue la viande halal lui semblait inacceptable.
Car derrière le menu, l'enjeu de la participation à l’industrie du halal a de quoi déranger certains parents d'élèves. À chaque cérémonie d’abattage rituel, des organismes musulmans prélèvent une taxe de plusieurs centimes d’euro par kilo de viande, comme le relevait, en 2013, le député LR Yves Nicolin, à l’occasion d’une question au gouvernement. L’établissement scolaire a-t-il connaissance de ces procédures ? Sollicitée par Boulevard Voltaire, la direction nous a fait savoir qu’elle ne souhaitait pas répondre à nos questions.
Toujours est-il que, pour Marion comme pour Marie, le fait que ce type de situations, qui se répètent discrètement dans de nombreuses écoles privées catholiques, ne choque que peu de gens « est déjà révélateur ».
Dans un sondage envoyé aux parents pour indiquer le choix du menu en prévision du 17 juin, la mention « halal » a tout simplement disparu, remarque Marie. « J’ai l’impression qu’on ne voit pas l’ouragan qui va arriver », s’inquiète-t-elle encore, craignant que les revendications religieuses aillent toujours plus loin.
« Si dans une école qui s’appelle Saint-Paul, Saint-Rémy ou l’Enfant Jésus, on commence à manger halal, moi, j’ai raté une étape », lance-t-elle.
« Quelle différence avec le public ? »
Devant ces révélations, qui font écho au témoignage de l’une de leurs amies confrontée à la même situation dans l’école primaire du même ensemble éducatif, ces mères de famille ne cachent pas s’être posé, un temps, la question du public. Lorsque Marion avait dû, pour des raisons pratiques, y inscrire l’un de ses enfants, cette fois bien avertie, elle avait interrogé la direction sur la présence éventuelle de menus halal à la cantine. Réponse : « Non Madame, nous sommes laïcs. »
Pour celles qui avaient choisi l’enseignement privé catholique avant tout pour les valeurs qu’il était censé transmettre, la question devient aujourd’hui : « À quoi bon ? »