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Universités françaises : le coût explosif des exonérations pour étudiants étrangers

Faculté de droit Paris-Est Créteil, CC BY-SA 2.0 , via Wikimedia Commons

Le gouvernement a choisi de rouvrir un peu plus grand le robinet des exonérations. Après la levée de boucliers des responsables syndicaux de gauche, ce 12 mai, le ministre de l’Enseignement supérieur Philippe Baptiste a annoncé que les universités pourraient désormais exonérer jusqu’à 20 % des étudiants étrangers extracommunautaires des droits d’inscription différenciés, contre 10 % prévus dans le plan « Choose France for Higher Education » présenté en avril dernier. Aujourd’hui, près de 100.000 étudiants sur 111.000 concernés bénéficient déjà d’exonérations totales ou partielles. Une décision saluée à gauche, mais vivement dénoncée par le syndicat étudiant UNI.

Le Gouvernement fait marche arrière sur les frais d’inscription des étudiants étrangers.

Après avoir voulu appliquer de vrais frais différenciés, @PhBaptiste recule en élargissant les exemptions à 20% des étudiants étrangers.

Comme d’habitude @PhBaptiste n’a pas le…

— UNI (@droiteuniv) May 12, 2026

Une facture supportée par le contribuable

Dans ce plan, il est prévu que les étudiants extracommunautaires doivent payer davantage que les étudiants français ou européens. En master, les frais ont été fixés à 3.941 euros. Mais dans les faits, de nombreuses universités accordent des exonérations, ramenant parfois la facture à 254 euros.

Or, selon l’UNI, le coût réel d’un étudiant en master dépasse les 14.000 euros par an. « Cela ne représente qu’un tiers, voire 20 % du prix total d’une année », explique à Boulevard Voltaire Louise Montangon, déléguée de l’UNI à Bordeaux. Pour le syndicat étudiant, le problème dépasse donc largement la seule question symbolique. « Les étudiants extra-européens ne participent pas au financement de l’enseignement supérieur », dénonce Louise Montangon, qui estime que certains établissements aggravent eux-mêmes leur déficit en multipliant les exonérations.

Des universités en difficulté

L’UNI pointe aussi la situation budgétaire critique de certaines facultés. À Bordeaux-Montaigne, plusieurs dizaines de postes pourraient être supprimés faute de moyens. « Ce déficit-là, causé notamment par les étudiants extra-européens qui ne payent pas leurs frais différenciés, fait tomber en ruine l’enseignement supérieur français », affirme Louise Montangon. La responsable étudiante évoque des groupes de TD surchargés et des économies envisagées sur le chauffage ou l’électricité.

Même constat pour la députée IDL, membre de la commission éducation de l'Assemblée nationale, Anne Sicard auprès de BV : « Nous n'avons plus les moyens de jouer les bons Samaritains pour payer les études de psychologie des étudiants étrangers. »

Des taux d’échec élevés

L’UNI met également en avant les difficultés de réussite universitaire. « Chez un étudiant français, le taux d’échec en licence est de 54 %. Chez les étrangers extra-communautaires, il est à 66 %. Et pour les étudiants issus des pays du Maghreb, il s'élève à 74 % d’échecs », affirme Louise Montangon.

Le syndicat défend donc une politique de sélection plus stricte. « Quand on a une véritable politique de sélection, les chiffres de réussite explosent : 88 % en licence et 94 % en master », assure-t-elle, en évoquant les étudiants étrangers sélectionnés via les bourses d’excellence du Quai d’Orsay.

Anne Sicard estime également que « la France a besoin de choisir ses étudiants », notamment dans les filières stratégiques.

La question de la réciprocité

Cette décision française contraste avec les règles appliquées en Algérie. Pour étudier dans le pays, un étudiant étranger doit payer jusqu’à 3.000 dollars de frais d’inscription et prouver qu’il dispose d’au moins 5.000 dollars sur un compte bancaire, en plus d’une assurance santé.

« Je ne comprends pas pourquoi les étudiants extra-communautaires peuvent payer le même prix, ou un tout petit peu plus cher, que des étudiants qui participent au financement de l’enseignement supérieur », insiste Louise Montangon.

Pour les opposants à cette décision, cette différence illustre surtout une rupture de réciprocité : pendant que certains pays imposent des garanties financières strictes, la France continue d’élargir les exonérations accordées aux étudiants étrangers.

Yann Montero

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