
Dans de nombreuses villes, les haut-parleurs ont résonné à l’occasion de l’Aïd el-Kebir. Dans plusieurs quartiers, des appels à la prière musulmane ont été diffusés publiquement par des mosquées ou des associations islamiques. Une pratique encore marginale il y a quelques années mais qui semble désormais s’installer, au grand dam de nombreux habitants. Après le « djihad du goût » avec la banalisation du halal, après le « djihad visuel » incarné par le voile, le burkini ou l’abaya, voici venu le temps du « djihad sonore ».
Des appels à la prière diffusés dans l’espace public
À Marseille, des vidéos relayées sur les réseaux sociaux montrent un appel du muezzin amplifié par haut-parleurs dans plusieurs quartiers nord. Une scène qui a immédiatement provoqué des réactions politiques. Le sénateur des Bouches-du-Rhône Stéphane Ravier a dénoncé sur X « l’islamisation de la ville de la Bonne Mère » et appelé le préfet à « garantir le respect de notre quiétude et notre identité ».
L'appel du MUEZZIN à été imposé à des quartiers entiers de Marseille ce jour.
L’islamisation de la ville de la Bonne Mère progresse avec la bienveillance de M. Payan.@Prefet13 nous sommes excédés. Que faites vous pour garantir le respect de la notre quiétude et notre identité ? pic.twitter.com/6OgOPuSZz6
— Stéphane Ravier (@Stephane_Ravier) May 27, 2026
Même scénario à Nantes où des riverains ont rapporté avoir entendu des appels religieux diffusés dès l’aube. Sur X, un internaute parlait « des centaines de Nantais [qui] ont pu avoir un avant-goût de la charia ». Antoine, entrepreneur local, interpellait lui aussi les autorités : « Qui a donné l'autorisation à la mosquée de Nantes Nord de faire la prière au haut-parleur à 6h00 ce matin ? »
À Bry-sur-Marne, le maire Charles Aslangul a dénoncé sur X une ville « littéralement inondée d’une sonorité religieuse qui relève du privé et de l’intime » et jugé « intolérable » un volume sonore « réglé de manière démesurée ».
Vous êtes très nombreux à saisir la mairie suite à des prières islamiques (en haut-parleurs installés en extérieur dans une ville voisine) entendues dans presque tout Bry ce matin.
C’est une première à Bry-sur-Marne, et j’entends que cela soit la dernière.
La République… pic.twitter.com/AKOwUzj7V7
À ce sujet — « La France éternelle » , c’est Vichy ! Et les prières islamiques à Bry-sur-Marne, c’est quoi ?
— Charles Aslangul (@CharlesAslangul) May 27, 2026
Le phénomène dépasse d’ailleurs les grandes métropoles. Interrogé par BV, Stéphane, habitant de la vallée de Chevreuse, raconte avoir entendu les appels à la prière jusque dans son village pavillonnaire, à plusieurs kilomètres des Ulis. « On n’a pas à subir des prières islamiques dans l’espace public. Dans l’espace privé, ils font ce qu’ils veulent évidemment », explique-t-il. Avant d’alerter : « Aujourd’hui, ça nous indispose. Mais demain, si ça se répète, ça peut devenir insupportable. »
Une conquête progressive de l’espace public
Ces épisodes s’inscrivent dans une dynamique plus large d’occupation progressive de l’espace public par l’islam rigoriste. Depuis plusieurs années, les Français assistent à une multiplication de marqueurs religieux autrefois rares ou inexistants. Déjà en 2022, à Creil, un appel à la prière lancé depuis une mosquée par haut-parleur avait provoqué une vive polémique nationale. Certains habitants dénonçaient alors une remise en cause de la discrétion religieuse imposée par la tradition française de laïcité.
Est-il possible de connaître le service/personne qui a donné l'autorisation à la mosquée de Nantes Nord de faire la prière au haut-parleur 'à fond' à 6h00 ce matin alors que tous les habitants ont les fenêtres ouvertes à cause des chaleurs?#Communautarisme vs #écologie #canicule
— Antoine Nivard (@AntoineNivard44) May 27, 2026
Depuis plusieurs années, les marqueurs religieux se multiplient : prières de rue à Paris ou Clichy, ruptures collectives du ramadan dans des stades ou gymnases, développement du halal dans les commerces et les cantines, polémiques autour du burkini dans les piscines municipales.
Ces revendications ne relèvent plus seulement de la pratique religieuse privée mais d’une stratégie culturelle de long terme. Le récent rapport sur les Frères musulmans remis au gouvernement alertait d’ailleurs sur une logique d’« entrisme » visant à imposer progressivement des normes islamiques dans la société française.
La question de la laïcité relancée
Les défenseurs de ces appels à la prière invoquent la liberté religieuse et rappellent que les cloches des églises font partie du paysage sonore français. Une comparaison rejetée par leurs opposants qui soulignent que les sonneries religieuses chrétiennes relèvent désormais davantage du patrimoine culturel que d’un appel explicite à la soumission religieuse.
Car l’appel du muezzin ne constitue pas un simple signal sonore neutre. Il s’agit d’une proclamation religieuse diffusée publiquement plusieurs fois par jour dans les pays musulmans et destinée à appeler les fidèles à la prière. Pour ses détracteurs, son installation progressive en France symbolise une volonté d’islamisation assumée de l’espace commun.
Dans un pays marqué par les attentats islamistes, les crispations identitaires et les tensions communautaires, ces démonstrations publiques interrogent aussi sur la capacité de l’État à faire respecter un cadre commun. À force de petites concessions successives, certains redoutent un lent grignotage culturel auquel les pouvoirs publics semblent répondre avec une prudence parfois proche de la résignation.