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culture et histoire - Page 1530

  • La société économique s’achève aujourd’hui en société de contrôle

    La société économique s’achève aujourd’hui en société de contrôle. Se met en place une logique de la domination qui n’est pas la vieille logique de l’exploitation, mais une logique quotidienne et réticulaire, ordonnée à des procédures de séduction, de fichage et de conditionnement. « Les individus ne sont pas dépouillés de leur individualité par une contrainte extérieure, mais par la rationalité même dans laquelle ils vivent » (Marcuse). Pour satisfaire le « besoin » sécuritaire (néologisme apparu au début des années 1980), se mettent en place des procédures fondées sur la détection, la mise en fiches et la traçabilité. Cette société de surveillance a maintes fois été décrite. Elle s’étend tous les jours, comparable au célèbre « Panoptique » imaginé par Jeremy Bentham, en attendant la totale réification du vivant et la lecture automatisée des expressions faciales et des ondes cérébrales par une « neuropolice » occupée à déchiffrer l’activité mentale pour mieux manipuler les comportements. 

         La Nouvelle Classe entend domestiquer le peuple parce qu’elle en a peur, et elle en a peur parce que ses réactions sont imprévisibles et incontrôlables. Pour remédier à cette peur, elle cherche à en inculquer une autre au peuple : la peur de déroger aux normes, de penser par soi-même, de se rebeller contre le désordre établi. Elle croit se prémunir contre la guerre civile, ou contre le chaos social, en généralisant des faux-semblants qui en sont autant de simulacres. 

         Paul Piccone, ancien directeur de la revue américaine Telos, a donné de la Nouvelle Classe cette définition canonique : « La Nouvelle Classe n’est pas une ‘classe’ au sens marxiste de sa relation avec les moyens de production, mais seulement dans un sens général, métaphorique. Elle désigne ceux qui détiennent un capital culturel (un savoir) et qui utilisent ce capital pour s’assurer d’une position sociale privilégiée par rapport à ceux qui en sont dépourvus. Ces relations de pouvoir ne pouvant être maintenues qu’en privilégiant la rationalité formelle et les valeurs universelles, et en rejetant les autres modes préconceptuels d’existence comme irrationnels, ou au mieux comme pré-rationnels, réalité comme condition nécessaire à sa reconnaissance. » 

         L’apparition de la Nouvelle Classe contribue, bien entendu, à rendre totalement obsolète la vieille division droite-gauche, naguère paradigmatique de la modernité, qui fonctionne aujourd’hui d’autant moins comme principium differentiationis que les membres de la Nouvelle Classe peuvent eux-mêmes aussi bien provenir de la « gauche » que de la « droite ». Comme l’avait également remarqué Paul Piccone, le clivage droite-gauche fonctionne aujourd’hui comme un écran de fumée dissimulant la seule véritable distinction opposant d’un côté les libéraux, toutes tendances confondues, qui en tiennent pour une vie politique neutralisée et procéduralisée, un Etat thérapeutique, une « gouvernance » mondiale, une démocratie purement représentative et un discours fondé sur les « droits de l’homme », et de l’autre côté tous ceux qui, au contraire, insistent sur l’autonomie locale, la démocratie directe, les particularités culturelles et les valeurs traditionnellement non négociables d’appartenance et de solidarité. 

    Alain de Benoist, Les démons du Bien

    http://www.oragesdacier.info/

  • Ernst Jünger, un anarchiste conservateur droit dans ses bottes

    Par Emmanuel Hecht

    Ex: http://www.lexpress.fr

    On croyait connaître l'écrivain inspiré, le soldat héroïque, le voyageur impénitent, l'entomologiste passionné... Sous la tenue et la retenue du seigneur des lettres allemandes, une belle biographie révèle les tourments d'un homme blessé.  

    Deux photos peuvent résumer une vie. La première, prise à la fin de la Première Guerre mondiale, dévoile un officier arborant l'ordre Pour le mérite, la plus haute décoration militaire allemande, créée par Frédéric II. Le jeune homme, "pas très grand, mince, se tenant bien droit, visage étroit comme coupé au couteau", sera le dernier à la porter, puisqu'il meurt à près de 103 ans, en 1998. Son nom : Ernst Jünger, guerrier exceptionnel, grand écrivain, collectionneur d'insectes facétieux, voyageur au coeur aventureux.  

    Sur le second cliché, il est âgé de près de 90 ans, aux côtés d'un autre individu de taille modeste, François Mitterrand, président de la République française, et du chancelier allemand Helmut Kohl, "le géant noir du Palatinat". Les trois hommes célèbrent la réconciliation franco-allemande, à Verdun, le 22 septembre 1984.  

    Quel homme incarne mieux le XXe siècle qu'Ernst Jünger, héros de Grande Guerre et symbole de l'Europe nouvelle et pacifiée ? Ernst Jünger. Dans les tempêtes du siècle, c'est précisément le titre de la biographie que lui consacre Julien Hervier, meilleur spécialiste français de l'auteur d'Orages d'acier. 

    Quelque chose chez Jünger ne passe pas, en France : cette rigidité, cette maîtrise, qui fait prendre cet Allemand de tradition catholique (mais athée), aux origines paysannes et ouvrières, pour l'archétype de l'aristocrate prussien protestant, le junker. Sans doute y a-t-il méprise. 

    "Une dure et froide sincérité, une sobre et sévère objectivité"

    Selon Ernst Niekisch, instituteur marxiste et chef de file du "nationalbolchevisme" - l'un des multiples courants rouge-brun qui saperont la république de Weimar -, familier de l'appartement-salon berlinois de Jünger, où se côtoient artistes fauchés, demi-soldes aux abois et aventuriers en tout genre, "sa distinction ne repose pas sur un privilège social, mais directement sur le contenu intime de son être : il fait partie de ces rares hommes qui sont absolument incapables de bassesse. Celui qui pénètre dans la sphère où il vit entre en contact avec une dure et froide sincérité, une sobre et sévère objectivité, et surtout, un modèle d'intégrité humaine." 

    Pour son biographe, Jünger est d'abord victime de sa monomanie : "l'obsession de la tenue", qu'il s'agisse de posture, maintien, aspect, fermeté, dignité, "surmoi", fruit d'une "anthropologie personnelle" élaborée pendant la Grande Guerre au contact du genre humain. Car le jeune soldat de 1914, nostalgique "de l'inhabituel, du grand péril", saisi par la guerre "comme [par] une ivresse", adoptant un flegme fataliste à l'épreuve du feu, vieillit d'un siècle en quatre ans et quatorze blessures, comme l'illustrent ses Carnets de guerre 1914-1918, qui viennent d'être traduits. Et y perd ses illusions.  

    "Là où un homme est monté jusqu'à la marche presque divine de la perfection, celle du sacrifice désintéressé où l'on accepte de mourir pour un idéal, on en trouve un autre pour fouiller avec cupidité les poches d'un cadavre à peine refroidi." La vieille chevalerie est morte, la guerre moderne est menée par des techniciens et la transgression est au coin de la rue. Lors de son bref séjour sur le front, dans le Caucase, en 1942, apprenant par la rumeur les exactions de la Wehrmacht contre les civils, "la Shoah par balles", il est "pris de dégoût à la vue des uniformes, des épaulettes, des décorations, des armes, choses dont [il a] tant aimé l'éclat ". 

    Le "junker", soldat héroïque d'un autre temps, était-il finalement modelé pour la guerre? "Lorsque je me place devant mes soldats [...] je constate que j'ai tendance à m'écarter de l'axe du groupe; c'est là un trait qui dénote l'observateur, la prédominance de dispositions contemplatives." L'aveu. Le guerrier se rêve hors de la ligne de mire et du champ de bataille. On le lui reprochera suffisamment.  

    Pourquoi ne s'engage-t-il pas aux côtés des officiers instigateurs du complot du 20 juillet 1944 contre Hitler, alors qu'il est en plein accord avec eux ? Parce qu'il réprouve les actes terroristes. C'est au nom du même principe, que, militant nationaliste, il refuse, en 1922, de se joindre au corps franc qui assassine le ministre des Affaires étrangères, Walther Rathenau. Question de tenue. Jamais la fin ne justifie les moyens. Il le dira noir sur blanc aux nazis qui multiplient les appels du pied : "Ce n'est pas [...] une caractéristique majeure du nationaliste que d'avoir déjà dévoré trois juifs au petit déjeuner." 

    Hitler et Brecht pour anges gardiens

    Jünger est sans doute le seul homme à avoir été protégé à la fois par Adolf Hitler, lorsque les nazis veulent liquider cet "officier méprisant", et par Bertolt Brecht, quand ses camarades communistes veulent en finir avec ce "produit de la réaction". Qui peut bien être ce diable d'homme protégé par de tels anges gardiens? Un de ses biographes allemands l'a qualifié d'"anarchiste conservateur".  

    Jünger est à fois un homme d'ordre et en rupture de ban. Lorsque, à peine âgé de 16 ans, il s'engage dans la Légion étrangère, c'est pour déserter à Sidi Bel Abbes et emboîter le pas de Rimbaud dans de nouveaux Jeux africains. Lorsque, après la guerre, il expérimente les drogues - auxquelles, blessé à la tête, il a goûté, dès 1918 - auprès d'Albert Hofmann, l'inventeur du LSD, c'est sous contrôle médical. 

    Au fond, Jünger-le-corseté déteste la politique, les organisations et la technique. Il abhorre le nihilisme des nazis et celui de Céline, dont il dresse un portrait accablant dans ses Journaux parisiens. Pour venir à bout du Mal, il mise sur la liberté - celle du hors-la-loi scandinave du Traité du rebelle -, sur Eros (l'amour est l'adversaire du Léviathan) et la création artistique. 

    Lors des terribles ébranlements politiques dont il est témoin, Jünger ressent "une grande sensibilité sismographique", mais il ne se départit pas de son rôle de spectateur. Depuis l'enfance, il se réfugie dans les livres et la nature. Le sentiment, alors éprouvé, que "la lecture est un délit, un vol commis contre la société" ne l'a jamais quitté.  

    Il lit partout et par tous les temps. Sous les déluges d'obus, "alors qu'avec effroi tu penses que ton intelligence, tes capacités intellectuelles et physiques sont devenues quelque chose d'insignifiant et de risible", il avale les grands Russes, Gogol, Dostoïevski, Tolstoï, et les Aphorismes sur la sagesse dans la vie, de Schopenhauer.  

    Sa passion pour les insectes, métamorphosée au fil du temps et des désillusions en entomologie, leur étude scientifique, nourrit ses Chasses subtiles. Les cicindèles, sous-groupe des coléoptères, ont sa préférence. L'une de ces créatures porte d'ailleurs son nom : Cicindela juengerella juengerorum. 

    Ecologiste avant l'heure, il balance entre action et contemplation

    A partir des années 1950, il parcourt la planète, attentif aux bonnes nouvelles - fécondité inépuisable du monde naturel, pertinence des techniques primitives - comme aux mauvaises : dégâts du tourisme de masse, suprématie du béton, règne bruyant des moteurs. Les réflexions de cet écologiste avant l'heure - les Verts allemands le détestent - alimentent les cinq tomes de Soixante-dix s'efface, son oeuvre ultime. 

    Et si, finalement, la clef de cet homme balançant entre action et contemplation se logeait dans son combat contre la dépression - aux pires heures de l'Allemagne, à la mort, en uniforme, de son fils aîné, en 1944 à Carrare, et après guerre, à la suite du suicide du cadet - et contre une Sehnsucht insondable ? Son éditeur Michael Klett en émet l'hypothèse à l'enterrement de l'écrivain. "Lors de coups d'ailes plus légers de l'ange de la Mélancolie, ajoute-t-il, il se plongeait dans la contemplation d'une fleur, s'épuisait en d'interminables promenades ou s'imposait un emploi du temps rigide quasi digne d'un ordre mystique." Ainsi était Ernst Jünger. Mais il n'en a jamais rien dit. Question de tenue. 

    Ernst Jünger. Dans les tempêtes du siècle, par Julien Hervier. Fayard, 540 p., 26 €. 

    Carnets de guerre 1914-1918, par Ernst Jünger. Trad. de l'allemand par Julien Hervier. Bourgois, 576 p., 24 €. 

    http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2014/08/28/ernst-junger-un-anarchiste-conservateur-droit-dans-ses-bottes.html

  • La laïcité de la république

    Maurras et Maistre nous le rappellent : les "hussards noirs" sont aussi des prêtres. Mais leur religion est-elle tout aussi française ?

    La neutralité est un mensonge. Il n’y a point d’État sans doctrine d’État. L’État républicain, né des doctrines de la maçonnerie révolutionnaire, n’a plus voulu de l’enseignement des prêtres catholiques dont la France est née et a vécu, elle n’a pu se dérober à la nécessité antique exprimée par Joseph de Maistre : « Tous les peuples de l’univers ont confié les jeunes gens aux prêtres. Comment le bon sens éternel du genre humain aurait-il pu se tromper ? »

    Arrachée au prêtre, l’école a du être confiée à un autre prêtre sorti d’un séminaire de nouveaux prêtres, mis à part de la vie intellectuelle commune, sujet d’un dogme et d’une foi. Différence : la foi catholique était déjà professée par l’immense majorité des Français, le maçonnisme n’étant le partage que de quelques dizaines de milliers de militants ou de comitards, était une foi nouvelle qu’il restait à enseigner et à répandre. Le succès partiel de cette propagande marque un des plus grands reculs de l’esprit humain, mais démontre aussi le caractère nullement neutre, mais religieux, ecclésiastique et confessionnel, de cette entreprise.

    Charles Maurras, Sans la muraille des cyprès... 1941, J. Gibert, Arles-sur-Rhône

    Ce texte limpide et très riche comme tous les textes politiques de Maurras tire de l’analyse de l’histoire un enseignement pour son temps tellement essentiel qu’il touche encore le nôtre. La laïcité est d’actualité. Elle prétend aujourd’hui se montrer sereine, tolérante, "positive". Elle voudrait s’acheter une conduite afin de passer pour une vertu. On l’a vu chez M. Sarkozy devant un souverain pontife qui ne s’en est pas laissé conter.

    Où est le Maurras antichrétien ?

    Ce texte est important pour connaître les convictions de Maurras concernant le catholicisme. Sans la muraille des cyprès, livre dédié « à mon premier et dernier maître, à l’ami de toujours, Monseigneur Penon évêque et citoyen », contient beaucoup de réflexions sur la métaphysique, sur la religion. Maurras antichrétien est une caricature due à la malveillance ou à l’ignorance.

    L’auteur dénonce la guerre menée contre l’éducation religieuse traditionnelle (« arrachée au prêtre »). Après avoir montré, en s’appuyant sur Joseph de Maistre, que la formation de la jeunesse à toujours été confiée aux prêtres, quelle que fût la religion de la société, il parle, sans les nommer, des « hussards noirs de la République », les instituteurs chargés depuis Jules Ferry de déchristianiser la jeunesse de notre pays, Il nous montre que tout enseignement est religieux parce que toute société s’appuie, comme disait Auguste Comte, sur un « pouvoir spirituel ». Pour Dieu ou contre Dieu. Catholique ou maçonnique en France.

    Maurras insiste dans les dernières lignes sur l’aspect religieux de la démocratie française (« caractère religieux, ecclésiastique et confessionnel » de la République française).

    Miroir aux alouettes

    Il faut en déduire que le ralliement à la République n’est qu’une illusion, l’illusion des conservateurs. Ils acceptent d’entrer dans le jeu d’un système qui postule leur disparition car la République française est anticatholique par essence parce que son origine maçonnique l’oppose à l’Ordre et que le catholicisme est « l’Eglise de l’Ordre » comme le dit Maurras dans la seconde partie de la dédicace de son livre à Mgr Penon. Alors, les bonnes élections ? Un miroir aux alouettes.

    Gérard BaudinL’Action Française 2000 du 16 octobre au 5 novembre 2008

  • La nation est un corps vivant, ordonné, hiérarchiquement construit et non le résultat d’un « contrat »

    La bonne vie des Etats ne peut consister dans la mise en tas des ressources hétéroclites et d’individus désencadrés. Le bon sens dit qu’il faut un rapprochement organique et un engrènement hiérarchisé de proche en proche, par des groupes d’abord homogènes, puis différant peu à peu les uns des autres et se distinguant par degrés ; ils s’accordent entre eux sur des points bien déterminés, mais pas importants, chaque petite société étant au contraire tenue pour originale, libre et maîtresse, disposant de l’essentiel de ses fonctions individuelles, au maximum et à l’optimum de la force, se définissant par des actes, des modalités, des mœurs marquées du seing personnel. Ces actes, ces œuvres, ces produits sont obtenus purs, nets, d’une qualité qui n’appartient qu’à eux, au rebours des fabrications en série et en cohue qui naissent de Cosmopolis. Ces collectivités, graduées forment une nation. 

    Charles Maurras, Votre bel aujourd’hui

    http://www.oragesdacier.info/2014/09/la-nation-est-un-corps-vivant-ordonne.html

  • Stonehenge : la découverte qui bouleverse toutes les hypothèses sur le mystère de l’origine du monument mythique

    Une équipe de chercheurs autrichiens et britanniques a récemment publié les conclusions d'une étude menée sur le célèbre site de Stonehenge, en Angleterre. Le lieu aurait ainsi été habité par l'homme dès 8820 av. J-C.

    C'est l'un des plus anciens mystères de la planète : à quoi servait le temple de Stonehenge, vestige préhistorique du sud de l'Angleterre ? Les scientifiques ont réalisé des progrès considérables ces dernières années pour parvenir à décoder ses secrets, mais un pas conséquent semble toutefois avoir été récemment accompli.

    D'après les conclusions d'une étude menée par des chercheurs britanniques et autrichiens publiées mercredi 27 août, la zone dans laquelle se trouvent ces célèbres "pierres suspendues" abrite également plusieurs monuments néolithiques souvent méconnus, enterrés juste en-dessous de la surface du sol. Pour mener à bien leurs recherches, les scientifiques ont utilisé un radar et un laser 3D permettant de sonder le sous-sol sans avoir à creuser, évitant ainsi d'altérer les lieux. Ils ont alors réalisé que le site, initialement daté à 1848 av.

    J-C grâce au carbone 14, aurait en fait accueilli une activité humaine en 8822 av. J-C...

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  • La nomination de Najat Belkacem porte le coup de grâce à l'Éducation nationale

    Anne Coffinier, directrice générale de la Fondation pour l'École, écrit dans leFigarovox :

    "Voici que Najat Vallaud-Belkacem est placée à la tête de l'Éducation nationale, elle qui est l'emblème même de l'idéologisation à outrance de l'école. La réalité dépasse la fiction. Alors que tous appelaient à un apaisement après les tensions suscitées par l'ABCD de l'égalité et sa paradoxale suppression-généralisation, une telle nomination interpelle fortement.

    Le président cherche-t-il à faire mieux passer le tournant libéral qu'il a été contraint d'opérer en économie en donnant à sa base militante une compensation sociétale (notre pauvre école étant désormais ravalée au rôle de laboratoire sociétal, cessant d'être une institution consacrée à l'instruction des citoyens)?

    Cette nomination porte en tout cas le coup de grâce à l'Éducation nationale. Ce n'est pas que la personne du ministre soit décisive: on sait depuis longtemps que c'est une marionnette à laquelle on ne consent de pouvoir que pour autant qu'il s'exerce dans le sens souverainement déterminé par les syndicats enseignants. Mais cette décision constitue tout de même un symbole qui démoralisera à coup sûr les derniers résistants de l'intérieur qui, envers et contre toute la bêtise technocratique qui les opprimait, instruisaient jour après jour leurs élèves avec un dévouement admirable, malgré les programmes aussi mal fichus que changeants et un cadre administratif infantilisant et oppressant.

    Il est fascinant de constater que c'est l'État lui-même, au plus haut niveau, qui aura tué l'école républicaine, en la détournant si ostensiblement de sa mission légitime qui est d'instruire. Il n'y aura pas eu besoin d'un grand complot «ultralibéral» pour venir à bout de l'école publique. Cette thèse apparaît aujourd'hui pour ce qu'elle a toujours été: un fantasme sans fondement. Non, il suffit pour assassiner l'école républicaine d'avoir des responsables politiques et administratifs ne croyant plus au devoir sacré de transmettre, comme l'a montré en 2008 Philippe Nemo dansPourquoi ont-ils tué Jules Ferry?.

    Rien n'est plus urgent que de sanctuariser l'école, de la préserver des querelles politiques, pour lui laisser faire son travail: transmettre la culture d'une génération à l'autre par un travail lent et humble, selon des programmes scolaires progressifs, structurés et cohérents. Les professeurs ne doivent plus être évalués sur leur docilité à l'égard de circulaires politisées mais sur le niveau académique de leurs élèves. Mais c'est bien le signal contraire qui est passé par la nomination de Najat Vallaud-Belkacem, ou par le projet de supprimer les notes ou encore par l'improbable taux de réussite record enregistré cette année au baccalauréat. Pendant ce temps, l'école publique française agonise. Socialement, elle est la plus inégalitaire de tous les pays de l'OCDE. Elle est aussi la plus inapte à assurer la formation des élèves les plus en difficulté, qui décrochent plus que dans les autres pays. L'OCDE tire la sonnette d'alarme, mais le gouvernement refuse d'en tirer des conséquences. Il n'y aura pas de «choc Pisa» en France malgré nos piètres performances à ce test de référence.

    Aucune réforme d'envergure ne se profile, bien au contraire. Force est de constater qu'il n'y a plus rien à attendre de l'Éducation nationale. Il n'y a donc pas de raison d'immoler plus longtemps nos enfants sur cet autel au nom d'une fidélité à l'école publique, et à l'idéal qu'elle a pu incarner.

    Dans un tel état de nécessité, il faut sortir des sentiers battus. Si le navire de l'Éducation nationale s'obstine à foncer dans les icebergs, il n'est point d'autre solution que de mettre à l'eau de multiples nefs. Les enfants d'abord! C'est ce que font tous ces parents qui ont retiré cette rentrée leurs enfants de l'école publique pour le privé. Aucune lâcheté à cela, mais bien plutôt la réaction mûre et déterminée de parents qui se savent être les premiers éducateurs et responsables de leurs enfants, quoi qu'en dise le gouvernement.

    Mais les places sont rares dans le privé, puisque l'État organise sciemment la pénurie de places en refusant de financer le développement des écoles sous contrat. Les parents sont ainsi conduits à ouvrir de nouvelles écoles libres. Soixante et une, c'est le nombre des nouvelles écoles indépendantes qui ouvriront leurs portes à la rentrée, contre trente-sept l'an dernier. Le boom des créations d'école est un signe d'espérance. Ce mouvement de la société civile n'est-il pas de bon augure sur la capacité du peuple français à se prendre lui-même en main et à innover dans le contexte de la défaillance croissante de l'État?"

    Michel Janva

  • Le monde selon Karl Marx

    Sociologue, philosophe, historien et journaliste, Karl Marx se considérait d’abord comme un économiste lors de l’écriture du Capital (1867-1894), son œuvre la plus marquante bien qu’inachevée. Bourgeois allemand, contemporain des « jeunes hégéliens », du Printemps des peuples, du socialisme utopique et de la Commune de Paris, il est l’auteur de Sur la Question Juive (1844), de Les Luttes de classes en France (1850), Contribution à la critique de l’économie politique (1859), Critique du programme de Gotha (1875).

    Penseur prolifique, ayant étudié l’Allemagne et la France, sa trajectoire intellectuelle est sans l’ombre d’un doute l’une de celle ayant le plus influencé l’humanité. Hâtivement, il est associé aujourd’hui au communisme totalitaire soviétique, chinois ou encore chilien, trois pays qui ne furent pas en proie à l’industrialisation. Cependant, aurait-t-il cédé à l’idolâtrie d’un régime se réclamant de lui ? L’anticonformiste, le libre-penseur qu’il fut laisse supposer qu’il ne se serait pas laisser aller à un tel exercice. Étudions ensemble, avec sincérité, la lutte idéologique anti-capitaliste de Karl Marx, puis dans quelle mesure nous pouvons en partie la faire notre.

    Le rejet du profit

    Karl Marx est d’abord l’homme qui s’inscrivit dans l’opposition au socialisme utopique. Proudhon fut le père de Philosophie de la misère, à qui Marx répliqua par Misère de la philosophie. Ayant rompu avec Hegel, pour qui il n’y a pas de réalités mais seulement des représentations, il affirme à l’inverse : c’est la réalité qui précède l’idée. Proche de Engels, il est hostile aux socialistes bourgeois qui ne remettent pas en cause la question essentielle à ses yeux, la question matérielle, qui est celle de la propriété. En réalité, pour lui, ils ne font que se donner bonne conscience en prônant l’idéal, sans jamais remettre en cause l’existence du système capitaliste.

    Aussi, Marx parle non pas de vol – l’ouvrier étant payé la plupart du temps à la hauteur de sa tâche sur le marché du travail –, mais d’exploitation : la force de travail crée plus de marchandises qu’elle n’en a, supplément que le patronat obtient sous forme de plus-value, fruit du sur-travail effectué. En résumé, une marchandise doit son prix à ses matières premières et au salaire de l’ouvrier qui a travaillé dessus, mais aussi au capitaliste qui s’accapare ainsi le travail d’autrui. Ce prélèvement lui apparaît des plus illégitimes. Marx est ainsi dans la lignée de « l’opposition aux économistes sur la base de la théorie Ricardienne ».

    Mais précisément, comment concevoir une activité économique dans laquelle nul n’a d’intérêt à fonder une entreprise ? Au nom de quoi diriger une production si celle-ci ne rapporte pas ? Il nous semble que le problème est d’avantage celui de l’augmentation démesurée et assassine de la plus-value. Non de l’existence du marché lui-même.

    Marx, tombant contre son gré dans l’utopisme qu’il dénonçait, conçut une société égalitaire où chacun travaillerait selon ses besoins. Mais comme l’a montré brillamment Raymond Aron dans son monument Les Étapes de la pensée sociologiques, dans tout système économique, une organisation de la production est nécessaire. Les marxistes énumèrent le modèle esclavagiste, servile, capitaliste et asiatique. Ce dernier étant hyper-centralisé, la propriété est dans une seule main. À l’aube de l’URSS, Lénine a craint avec raison que l’on ne se dirige vers celui-ci plutôt que vers le communisme idéalisé par Marx. On ne s’est donc pas dirigé en terre communiste – comme il l’avait prophétisé – vers la mort de l’État, mais vers sa toute puissance. Vers une dictature bureaucratique au nom des travailleurs. Au contraire, l’ultra-libéralisme tend peu à peu à nier les États. Là est le paradoxe de toute la pensée marxiste. Sa « fin de l’Histoire » n’a pas lieu.

    L’État et la religion

    Le mérite de l’intellectuel allemand fut d’observer, froidement, matériellement, les rapports de force entre les entités sociales. En sa typologie, l’État et la religion font partie de la superstructure qui légitime la structure capitaliste, autrement dit la propriété et la répartition des revenus. Voyons à présent en quoi pareille vision nous semble faussée. À ce niveau là, notre analyse est totalement discordante.

    Concernant l’État, il est au contraire un contrepoids majeur contre le capitalisme sauvage. Celui-ci abouti, il ne connaît ni frontières ni lois. Il marche de ville en ville tel Gargantua cherchant sur le globe les travailleurs les plus pauvres pour assouvir ses « besoins ». Le sans-frontiérisme, le mal de ce XXIe siècle, est bel et bien la consécration de la victoire du capitalisme. Aujourd’hui, l’ogre ne s’appuie pas sur l’État, bien au contraire. il le démantèle car il entrave un profit augmenté (quasiment) sans limite. Il dépouille les nations de perspectives économiques sans aucun scrupule. Il est désormais prêt à l’assigner en justice, bafouant de fait la volonté du peuple (voir TTCA). Le patronat internationaliste ne connaît ni patrie ni compromission, il ne se concentre que sur le travail abstrait, quantifiable. Qu’il soit effectué ici ou là-bas, par l’un ou par l’autre, cela lui est égal. Et à la limite, ce qu’on y produit lui est tout aussi égal. L’État permet dans une économie de marché de défendre les intérêts d’une population. Louons Jean Jaurès pour avoir affirmé : « la nation est le seul bien des pauvres. » Il est une réponse à opposer à ce fanatisme du libre-échange dérégulé.

    Venons en à la religion. L’« opium du peuple » serait l’allié objectif du Grand Capital en endormant fatalement les consciences. Il prône l’« émancipation humaine universelle ». À ceux qui avancent une telle chose, on se doit de répondre que la foi libère. Elle tisse le lien entre soi et autrui, entre soi et les anciens. Elle libère des passions égoïstes, de la dictature des plaisirs, offre d’autres aspirations que la simple avidité et l’amour monomaniaque de la toute dernière marchandise à la mode. Si c’est un « opium », c’est un opium salvateur. Sans un père, un être supérieur, on se laisse aller au grand n’importe quoi, au grand bonheur du capitalisme. On doit regretter a contrario le « désenchantement du monde », tel que l’a nommé Max Weber. La religion est un culte de la vie face à la pulsion de mort qu’incarne le capitalisme, préférant le travail mort sur le travail vivant. En particulier, l’éthique chrétienne a lutté pendant ses années de prospérité contre la pratique de l’intérêt outrancier et a organisé une politique sociale d’aide aux plus démunis.

    C’est pour cela que seuls les Juifs au Moyen Âge possédaient les banques, leur éthique ne s’y opposant pas. Mais celle-ci juge blasphématoire la substitution de Dieu par l’argent, bien que l’argent soit un moyen d’adorer Dieu. Le Talmud contient le soucis du juste prix. Pour le protestantisme, il a pour fonction sociale le maintien de circuit court et la pratique de la charité, bien que quelque peu démagogique. Autant dire que la religion œuvre en faveur de tous les délaissés de la société : elle ne saurait abandonner ses fidèles en un système inique. La logique capitaliste l’attaque, n’ayant aucune notion du sacré : elle défigure peu à peu les paysages traditionnels, jusqu’à l’uniformisation, prend en charge l’ensemble de la vie, de la conception aux sacrements. Jusqu’à créer des villes-mondes, un modèle universel niant les spécificités des peuples. Reprenons ainsi la plainte du regretté Bernanos : « Je plains ceux qui ne sentent pas jusqu’à l’angoisse, jusqu’à la sensation du désespoir, la solitude croissante de leur race. L’activité bestiale dont l’Amérique nous fournit le modèle, et qui tend déjà si grossièrement à uniformiser les mœurs, aura pour conséquence dernière de tenir chaque génération en haleine au point de rendre impossible toute espèce de tradition. » Une espèce d’homme sans convictions qui régale le capitalisme.

    « D’où parles-tu ? »

    Vindicte marxiste, ôtant l’objectivité supposée du contradicteur, elle peut servir à démontrer que celui-ci a un intérêt à défendre une pensée. Confronté à des économistes libéraux – qu’il nommait « économistes vulgaires » – avocats des grands patrons, prônant la possibilité de baisse des salaires, en un mot d’avantage de flexibilité, il mit en avant leur hypocrisie. Les Mill, Malthus, Say et autres ne posaient jamais la question essentielle de la « répartition des revenus », ou du moins n’y répondaient jamais en mettant en avant le mécanisme réel de la formation d’inégalités sociales. Ils disaient des choses sans démonstrations valables, comme par exemple : « toute offre crée sa propre demande » (loi de Say), qui a pour postulat que l’épargne est un choix, celui de consommer à l’avenir. Tout phénomène de surproduction générale serait impossible. Mais justement, Marx et plus tard Keynes ont souligné la fausseté de cette formule. Elle se base sur une mauvaise conception de la monnaie, uniquement comme valeur d’échange et non tout aussi comme réserve de valeur, le troisième élément de la définition aristotélicienne. La monnaie peut être gardée pour elle-même, car elle est un instrument de pouvoir, pouvoir d’achat que l’on distingue du vouloir d’achat. Nous ne sommes pas à notre ère exempts de pareilles erreurs de perspectives.

    Par les temps qui courent, ne peut-on pas développer un raisonnement analogue concernant ces mêmes « économistes » à qui l’on ouvre de nombreux plateaux et journaux pour vanter l’euro ou pour déclarer que l’on doit travailler plus pour payer la dette, concernant les artistes qui déplorent le vote populaire qui ne leur correspond pas, concernant les journalistes qui écrivent en reprenant l’idéologie du système qui les emploie ? Ils sont ces gens qui vantent la diversité tout en mettant leurs enfants dans les écoles les plus ethniquement et culturellement homogènes, qui profitent de la préférence nationale mais crient à la bête noire quand on discute de la pratiquer en faveur des petites gens, qui vantent l’euro mais qui sont à l’abri de la totalité de ses conséquences, achetant à foison durant les voyages. Ils parlent au nom de la mondialisation rose, bienheureuse, qu’une portion de la population connaît par ses privilèges.

    Si la dichotomie bourgeois/prolétaire de la pensée marxiste et son déterminisme mérite nuances, la vision de classe est une bonne arme pour dénoncer l’hypocrisie des plus grands moralistes de notre ère.

    L’armée de réserve

    Autre concept qui nous semble pertinent est celui d’armée de réserve du capitalisme. La surpopulation satisfait l’intérêt de la bourgeoisie, car cela lui permet de maintenir des salaires plus faibles, se garantissant une demande forte constante. Ainsi les salaires ne grandissent pas ou peu alors que la productivité grimpe. Pour toujours plus d’aliénation au travail en outre.

    Le capitalisme, afin de réviser les salaires par le bas, utilise l’immigration, le travail féminin et (anciennement ?) les enfants pour utiliser la concurrence en défaveur du prolétaire. Dans la mesure où Marx combattait le capitalisme, il souhaitait abattre ce processus. Comme nous actons la non-destruction du capitalisme, nous voulons l’atrophier et faire avec ses lois : nous pensons notamment qu’il relève du délire absolu d’accueillir l’immigration des Trente Glorieuses en période de creux économique, et d’ouvrir les frontières économiques qui permettent de quérir une armée toujours plus grande pour le grand Capital, qui a au fond un certain intérêt à la crise.

    Conclusion

    Le parti communiste d’aujourd’hui a remplacé l’ouvrier par l’immigré en œuvrant toujours contre l’assimilation. Georges Marchais ne s’adonnait pas à pareil exercice lorsqu’il en avait la direction (jusqu’en 1994), lui qui a défendu les travailleurs en vitupérant contre l’immigration et le non-respect de la laïcité. Par ailleurs, on peut douter que Marx aurait apprécié le statut de l’Islam en France – bien qu’il s’agisse d’une religion à valeur universaliste et ne connaissant pas la papauté – lui qui s’est plaint jadis de l’« opium du peuple ».

    On songe qu’il a fait erreur en pensant la fin de l’Histoire, mais reconnaissons le fin critique qu’il fut de l’impérialisme capitaliste. Si les nouveaux communistes ont délaissé le peuple, celui-ci les délaisse en faveur d’un certain étatisme républicain. La révolution à produire, l’économie de marché étant un mal nécessaire, s’apparente bien plus à la réaction en marche. On réclame une sécurité que seul l’État qu’on a démantelé peut nous fournir. Au nom des concepts tels l’intérêt de classe et l’armée de réserve, nous ne fermons ainsi pas nos portes à Marx.

    Anthony La Rocca

    http://www.lebreviairedespatriotes.fr/10/06/2014/economie/le-monde-selon-karl-marx/