
Isidore Rouvier
J’apprends ce matin que la « rue Bugeaud », située en plein cœur de Marseille, vient d’être débaptisée. Elle aura pour nom désormais « rue Ahmed Litim ». C’est d’abord une étrange sensation de tristesse et de nostalgie, mêlée à une colère immense, que je sens monter en moi en apprenant la nouvelle. Comme si l’État français, une fois de plus, se plaisait à me chier froidement au visage, à noyer le souvenir de mon pays et de mes ancêtres sous des kilotonnes d’excréments. Qui pouvait bien être cet Ahmed Litim, ce nom à consonance algérienne venu usurper la place du maréchal Bugeaud dans notre panthéon post-historique ? De la part d’un pays ravagé par la haine de soi, prêt à tout pour acheter, pour quelques secondes encore, l’illusion d’une paix sociale (en réalité raciale et ethnique), de la part d’un tel pays, je m’attendais à peu près à tout, et notamment à trouver, au contact de la biographie de cet Ahmed Litim, une nouvelle sodomie symbolique telle que l’État français en a le secret, et sait si bien en dispenser, dans un calme olympien, et à intervalle hélas trop réguliers, à son peuple indigène. Que cet Ahmed Litim fût le dernier des fellagas ou le premier des partisans du FLN algérien, cela ne m’aurait en effet en rien surpris.





