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Les bons conseils du Père Ubu (7) : Le petit Nicolas dans la grande prison

Ah, François, un premier prisonnier politique, ça se fête, ça s’arrose ! C’est que ça compte, ça, dans la vie d’un dictateur en apprentissage. Une étape. Et il y en aura d’autres (des étapes et des prisonniers, les deux). J’espère surtout que tu piges la dimension mythique très nouvelle que tu donnes ainsi, grâce à Manu-les-Menottes, à la Mère Taubie et à tes bons juges, à ta déjà glorieuse gouvernitude. Car la prison, Tyrannichou, ce n’est pas n’importe quoi, Sabre à finances ! C’est comme un grand monstre des légendes. C’est comme un immense dragon qui avale les petits humains et n’en finit pas de les digérer. Un gigantesque saurien immobile, à l’haleine fétide. Même recrachés, ils ne sont plus jamais comme avant, les incarcérés.

Je te le dis, François, ça m’amuse bien, moi, de savoir ce gosse dans l’estomac de ce reptile démesuré. Un tout petit Nicolas dans une très, très grande prison. Ce qui m’amuse encore plus, c’est de voir qu’il y a beaucoup de pékins à qui ça plaît ou que ça fait au moins sourire, et aussi que certains bouffons de ta cour y trouvent courageusement matière à désopiler. Trop magnifique, cette aptitude à se régaler de la souffrance d’autrui, bougre de merdre ! Tiens, sur le Ouèb, un lecteur de L’Immonde souhaite à ce petit Nicolas tous les malheurs du monde. Qu’il soit plombé par son casier judiciaire, qu’il n’obtienne jamais de boulot, qu’il rate complètement sa vie, etc. La perpétuité, en somme. L’infamie sans fin. L’opprobre définitif. Malheur aux vaincus ! Le Sens de l’Histoire avance, comme un rouleau compresseur cosmique. On ne va pas se biler pour une pâquerette écrasée.

C’est marrant, tiens, la place que la haine occupe, depuis quelques mois, dans ton pays. De moins en moins d’idées, de plus en plus de haine, Cornefinance ! Et tu sais, Dictatounet, si je t’ai sous-estimé au début, je crois maintenant qu’il y a du génie (si, si, je pèse le mot) dans ta manière de semer la zizanie parmi tes sujets. C’est magistral, au fond, ta façon subtile mais efficace de suggérer la haine et le mépris. J’y arrive, de par ma chandelle verte, je le dis, je jubile : ton régime, c’est le temps du Grand Mépris, c’est le Mépris-Pour-Tous !

C’est le mépris pour l’honnêteté, le calme, la bête politesse des uns. Le mépris pour tous les zozos qui croient au civisme, à la parole et à la démocratie (les pauvres !). Le mépris pour les manifestants stupidement pacifiques et les naïfs pétitionnaires. Le mépris pour les veilleurs moins éveillés qu’ils ne croient. Le mépris pour les mères veilleuses : c’est pas demain la veille de leur succès ! Le mépris consciencieux pour la conscience des maires. Mais c’est aussi – et c’est encore plus fort, de par ma merdre ! – le mépris pour la violence des autres. La Mère Taubie et toi, vous ne les jugez même pas dignes d’être punis, d’être pris au sérieux, de payer leurs dettes, de souffrir dignement. Vous vous fichez d’eux autant que des honnêtes gens. Vous vous moquez des jeunots bien élevés par la sévérité disproportionnée (génial !), vous vous moquez des jeunots paumés par l’extraordinaire flou de votre indulgence (re-génial !). Enfin, et troisièmement (il sait compter, le Père Ubu !), c’est le mépris pour tous les autres, pour toutes les victimes des violents, pour tout le commun de ceux qui ne peuvent pas faire autrement que de prendre les transports en commun. Z’ont qu’à apprendre à survivre avec leur peur, z’avaient qu’à pas être pauvres, z’avaient qu’à pas voter pour toi, Cornegidouille !

Pardon, François, je rigole, je rigole, je tressaute de la gidouille, je risque de perdre le fil… Tout à coup, je pense à une chose, entre nous. Dis, ce petit Nicolas, si des fois… S’il ne craquait pas… S’il ressortait, le moment venu, à peu près aussi subversif qu’avant… Et puis il paraît qu’il a des copains… Si jamais il y avait en lui, et chez ses copains aussi, cette espèce de chose très étrange que certains, dit-on, appellent « courage »… Je t’en parle entre nous, François. C’est rien qu’une hypothèse, hein ? Entre tyrans, entre lâches, on se comprend, pas vrai ? Alors, mon Président préféré, juste une question, comme ça, pour que je soye plus sûr. Tes matraqueurs, tes flics, tes hallebardiers, tes cognes, tes gardes, tes gazeurs, tes sbires, tes espions, tes mouchards, tes salopins, ça fait combien de divisions ?

Le Père Ubu http://www.printempsfrancais.fr

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