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Après 1 an, le mouvement des veilleurs est toujours bien vivant

Axel Noorgard Rokvam, l'un des fondateurs du mouvement des Veilleurs, déclare au Figarovox :

"Les veillées ont commencé grâce à la mise en place de la «loi Taubira» et le comportement scabreux des autorités politiques et préfectorales face à un mouvement populaire d'une consistance inédite dans notre histoire, tant sur le fond que sur la forme. Dans l'agacement général et face à la tentation de l'insurrection, nous nous sommes souvenus que «le bien ne fait pas de bruit» et que «le bruit ne fait pas de bien» (Saint François-de-Sales) et avons décidé d'organiser des veillées, assis calmement sur les places publiques pour «redevenir humain»selon le mot de Georges Bernanos.

Je pense que les veillées sont avant tout le signe visible d'un mouvement de l'âme, d'une aspiration à davantage de justice dans une sociétéoù l'illusion, en toutes choses, prend le pas sur la réalité et où la notion de justice est pervertie. Les événements politiques ont suscité ou ressuscité chez de nombreuses personnesla prise de conscience d'une responsabilité personnelle face au délitement du sens de l'homme et la dissolution du lien social, à commencer par le lien familial.Partant de l'idée avancée par Emmanuel Levinas que «nous sommes tous coupables de tout et de tous devant tous, et moi plus que les autres» (Les frères Karamazov, Fedor Dostoïevski), les veillées sont pour nous une réponse possible à cette prise de conscience. Elles sont ouvertes à tous, gratuites, non-confessionnelles et non-partisanes.

Quelle vision de la société défendez-vous? A quoi cela sert-il de veiller?

Comme l'a si bien écrit il y a quelques mois Gaultier, un veilleur de Lyon: «Nous ne sommes ni un groupe de prière ni un meeting partisan, nous n'avons ni morale ni programme à asséner. Nous ne sommes pas des gardiens de musée, des conservateurs de l'ancien monde, ni même simplement des indignés. Nous sommes des amoureux de la vie, c'est-à-dire de ce qui se transmet

Veiller, c'est sortir de son confort idéologique pour affronter la réalité. «Si rien n'est sacrifié, rien n'est obtenu», écrivait Hélie de Saint-Marc. La veillée est une main tendue à la société, un risque que le veilleur prend en donnant une part de lui-même, qu'il s'agisse d'un témoignage, d'une pensée philosophique, d'un talent musical ou d'une présence attentive. Les veillées ont le souci d'éveiller les consciences et de mener à l'engagement personnel par le biais de la rencontre. Nous espérons que naissent des liens entre les personnes présentes, ou au-delà, avec ceux qui nous ignorent et nous voient ou ceux qui nous connaissent et ne nous comprennent pas. Dans une société post-moderne où la «liberté» ne consiste plus à s'unir mais à se distinguer, unir les personnes autour d'un témoignage ou d'un poème a certes une portée politique, mais elle ne vient qu'en surcroît de la rencontre. Don Luigi Giussani disait que «les forces qui changent le cours de l'histoire sont les mêmes que celle qui changent le cœur de l'homme». Il y a quelque chose de plus qui ne s'explique pas, qui se déroule à l'intérieur et que l'on ne ressent qu'assis, humblement, parmi les veilleurs, et qui permet de dépasser la seule émotion de la rencontre et de s'engager.

Le réseau s'est étendu au fil du temps, à près de 200 villes aujourd'hui. Comment cela fonctionne-t-il?

Pour quantifier le mouvement, il serait plus pertinent de parler d'une cinquantaine de veillées par semaine en France, un nombre stable malgré une diminution du nombre de personnes dans les veillées dans le cœur de l'hiver. La question de l'organisation intrigue souvent, car on n'ose plus croire qu'un tel mouvement puisse apparaître spontanément et durablement. Pourtant, après la première veillée à Paris, nous avons seulement cherché à prendre contact avec les personnes qui organisent des veillées partout en France pour les relayer sur notre site internet. Chaque ville agit de manière autonome. A Paris, nous sommes une poignée de jeunes devenus amis et nous organisons environ une veillée par mois. Exceptionnellement, nous avons proposé à toutes les villes de veiller simultanément ce mardi 8 avril.

Quel bilan peut-on tirer de cette première année? Est-ce un mouvement appelé à durer?

Nul n'est en mesure d'établir un bilan exhaustif de ce qu'il s'est passé au sein d'environ 3.000 veillées (selon mon calcul). Je sais qu'à Paris, des personnes ont pris des engagements politiques, crée des associations au service du bien commun, des vies ont été «renouvelées». Deux mariages sont même prévus pour cet été, à la suite d'une rencontre au sein des veilleurs !

Un an après son apparition, le mouvement semble toujours bien vivant. Il s'est même exporté en Italie où les «sentinelles» se réunissent par centaines sous une forme légèrement différente. En Espagne, à Madrid, des jeunes veulent aussi se lancer. Tout me laisse penser que cette forme de réappropriation de l'espace public s'installe durablement. En France, je pense que si le mouvement parvient à s'unir régulièrement autour de veillées nationales, il peut durer bien au-delà des contingences et mandats politiques passagers qui lui ont permis de naître.

On entend souvent dire qu'il n'y a «plus de raisons de manifester». C'est bien mal connaître ce que font les veilleurs. Il suffit d'aller s'asseoir parmi eux un soir pour voir que les veillées se sont non seulement émancipées de la seule question de la filiation, mais qu'elles l'ont approfondie et élargies à une plus large réflexion sur l'homme, la liberté, la justice, la vie et la mort. Mardi soir, le thème de la veillée à Paris, place Saint- Michel, sera «Culture et démocratie»."

Michel Janva

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