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06/08/2017

Rudyard Kipling

Rudyard Kipling est né à Bombay, alors en Inde britannique, le 30 décembre 1865. Son père est sculpteur. Ses parents se considèrent comme "Anglo-Indiens", ce qui sera aussi le cas, plus tard, de Rudyard, même s'il ne vivra que peu en Inde. Il gardera de cette période heureuse de sa vie, une grande nostalgie qu'il exprimera dans ses livres. Il aima ces « Journées de ténèbres et de lumière crue » qu'offre Bombay.

Enfance : le paradis, puis l’enfer

Et puis, direction l'enfer. La tradition voulait que les enfants fussent envoyés en Angleterre. Les parents craignaient l'influence délétère que pouvaient avoir les employés indigènes sur leur progéniture. Rudyard, âgé de six ans et sa jeune soeur Alice, âgée de trois ans, prirent le bateau pour l'Angleterre. Direction une famille d'accueil. Les six années qui suivirent furent horribles. L'épouse du capitaine Holloway était une marâtre épouvantable qui martyrisait les enfants. Kipling racontera, soixante ans plus tard :« Si vous faites subir un interrogatoire à un enfant de sept ou huit ans sur ses activités de la journée (surtout lorsqu'il tombe de sommeil), il se contredira d'une façon tout à fait satisfaisante. Si chaque contradiction est épinglée comme mensonge et rapportée au petit déjeuner, la vie n'est pas facile, j’ai dû subir pas mal de brimades, mais il s'agissait là de torture délibérée, appliquée religieusement et scientifiquement. Par contre cela m'obligea à faire très attention aux mensonges que je dus bientôt concocter et je suppose qu'il s'agit d'une bonne base pour une carrière littéraire. » Si c'est le prix à payer pour devenir un génie de la littérature… Alice fut moins martyrisée que Rudyard, ce qui explique peut-être pourquoi elle ne brilla pas en littérature. Les enfants eurent tout de même des moments de bonheur, notamment ces Noëls chez leur tante, qui était l’épouse du merveilleux peintre préraphaélite Edward Burne-Jones « un paradis auquel je dois en vérité d'avoir été sauvé » dira Kipling. Les enfants ne tardèrent pas d'être enfin retirés de l'enfer qu'ils vivaient. Mais pourquoi n'avaient-ils rien dit à leur tante bien-aimée ? Kipling aura, plus tard, cette réflexion terrible « Les enfants ne parlent pas plus que les animaux car ils acceptent ce qui leur arrive comme étant décidé de toute éternité. De plus, les enfants maltraités savent très exactement ce qui les attend s’ils révèlent les secrets d'une prison avant d'en être bel et bien sortis ». Et puis, Rudyard entra dans une école destinée à préparer les garçons à la carrière militaire. Ce ne fut pas un franc succès. Il fut décidé qu'il n'avait pas les aptitudes nécessaires pour obtenir une bourse d'études qui lui aurait permis d'aller à l'université d'Oxford. Retour en Inde. Nous étions en 1882.

Ses débuts en littérature

Son père lui procura un emploi à Lahore. Il allait travailler comme assistant dans une petite feuille locale. Une expérience qu'il ne regrettera pas puisqu'il appellera plus tard la Civil and Military Gazette de Lahore, « ma première maîtresse, mon premier amour ». Il adorait écrire. Le rédacteur en chef lui proposa de composer des nouvelles pour son journal. Kipling publia une quarantaine de nouvelles dans la Gazette entre novembre 1886 et juin 1887. Il sillonna l'Inde. Ses soirées, aux distractions bien limitées, étaient passées au club, en compagnie d'officiers et d'ingénieurs qui noyaient leur ennui dans l'alcool. Mais, raconte Bruno de Cessole dans son beau livre L'Internationale des francs-tireurs, que de compensations  « La saveur de l'aube, l'éblouissement de la lumière et de la couleur, le parfum entêtant du bois de santal et du jasmin, les promenades matinales aux marché aux fruits de Bombay et celles du soir, près de la mer, à l'ombre des palmeraies, la voix des vents nocturnes à travers feuilles des bananiers et le chant des grenouilles arboricoles, les errances jusqu'à l'aube dans les tavernes de jeu et d'opium »... Rudyard et sa famille passaient leurs vacances tous les ans de 1885 à 1888 à Shimla, station de montagne célèbre qui servait de capitale d'été officielle du Raj britannique et la ville figura régulièrement dans les récits qu'il publiait dans la Gazette. Il décrira, avec un regard critique et ironique, les mondanités et les jeux amoureux perpétuels que déployait toute cette colonie qui s'ennuyait ferme. Kipling écrivait à un rythme endiablé. Il publia six recueils de nouvelles en 1887. Il était âgé de vingt-deux ans ! Et puis, en Angleterre en 1889, après toutefois un long-voyage via Singapour, Hong Kong, le Japon, les Etats-Unis où il rencontrera Mark Twain, qui l'impressionna beaucoup. Il allait faire des débuts littéraires remarqués et remarquables à Londres.

Le chemin de la gloire

Ses ouvrages pour la jeunesse ont connu dès leur parution un succès qui ne s'est jamais démenti, notamment Le livre de la jungle (1894), Le Second livre de la jungle (1895), qu'il prit un plaisir immense à écrire, et qui suscitèrent un grand nombre de lettres de jeunes lecteurs, auxquels il se fit un devoir de répondre. Il écrivit aussi Histoires comme ça (1902), Puck, lutin de la colline (1906). Il est également l'auteur des romans Kim (1901), Capitaines courageux, de poèmes Mandalay (1890), Gunga Din (1865) et Tu seras un homme, mon fils (1910, le poème le plus célèbre d'Angleterre) sont parmi les plus connus, et de nouvelles, dont L’Homme qui voulait être roi (1888). Voici ce qu'écrit Jack London, l'auteur de Martin Eden, surnommé le Kipling du Nord, qui l'admirait, à l'annonce de sa mort et de son enterrement en 1901, sauf que l'information, parue dans les journaux américains, était fausse ! Il lui restera encore trente-cinq ans à vivre... « Cet homme a rendu ce siècle impérissable et lui-même impérissable. Cet homme sera notre porte-parole dans les siècles à venir restera tant qu'il y aura des oreilles pour l’entendre ». Jack London, qui l'a magnifiquement honoré, portait aux nues le chantre du peuple anglo-saxon, avec son goût de l'aventure, de la piraterie, du combat entêté, son amour de la liberté, son énergie opiniâtre. Il célèbre aussi, raconte Cessole, celui qui, imprégné du sens des réalités, avait prêché l'évangile du travail, encouragé chacun à remplir la tâche qui est à sa portée, et glorifié, contre les rêveurs et les bavards, l'homme d'action, « qui va de l’avant et abat la besogne, le dos courbé, le front en sueur et les mains calleuses ». Kipling va être, durant des décennies, l'un des auteurs les plus populaires de la langue anglaise. L'écrivain Henry James écrit à son sujet « Kipling me touche personnellement, comme l'homme de génie le plus complet que j'aie jamais connu. » Marcel Proust, quant à lui, dira que le Livre de la Jungle aura été « une des plus grandes joies littéraires » qu'il aura éprouvées. En 1907, il est le premier auteur de langue anglaise à recevoir le Prix Nobel de littérature, et le plus jeune à l'avoir reçu (à 42 ans) « en raison », proclamera l'Académie, « de la puissance d'observation, de l’originalité d’invention, de la vigueur des idées et du remarquable talent narratif qui caractérisent les œuvres de cet écrivain mondialement célèbre. » L'Académie suédoise entendait ainsi rendre hommage « à la littérature anglaise si riche de gloires diverses, ainsi qu'au plus grand génie que ce pays ait jamais produit dans le domaine de la narration. » Par la suite, Kipling a refusé d'être anobli.

La guerre puis les dernières années

L'une des premières contributions de Kipling à la Grande Guerre fut de participer au Bureau de la Propagande de Guerre. Il vécut le drame d'y perdre son fils, le lieutenant John Kipling, tué à la bataille de Loos en 1915, et écrivit ces lignes « Si quelqu'un veut savoir pourquoi nous sommes morts, / Dites-leur parce que nos pères ont menti. ». Il est probable que Kipling ait éprouvé un profond sentiment de culpabilité il avait encouragé son fils à entrer dans la garde irlandaise de la British Army alors que le jeune homme avait été réformé à cause de sa myopie. Kipling va rejoindre la Commission impériales des sépultures militaires et choisira la phrase tirée de la Bible, « Leur nom vivra à jamais » qui sera inscrit sur les sépultures ou encore « Connu de Dieu » sur la tombe des soldats inconnus. Et puis Kipling, débordant d'activité, se prit de passion pour l'automobile. Il devint chroniqueur et s'enthousiasma pour la voiture, racontant ses voyages, généralement en compagnie d'un chauffeur. Il continuera à écrire jusqu'au début des années 1930, avec, certes un succès moindre. Il fut une des premières victimes du « politiquement correct ». Il eut à subir de violentes attaques de 1910 à sa mort, accusé d'être un « versificateur à gages », un « prophète de sang et de vulgarité » ou encore un « propagandiste réactionnaire, vaniteux et aigri », ayant compromis son talent dans la défense des « causes les plus vulgaires » entendez le patriotisme et le militarisme -. La gauche ne lui pardonnait pas de dénoncer l'évolution du monde et des mentalités modernes, qu'il assimilait à une irrémédiable décadence. Et puis, il dénonçait le socialisme dans lequel il voyait une brèche par laquelle s'engouffreraient les ennemis de l'Angleterre. Et puis, horreur, n'avait-il pas brandi l'étendard de l'impérialisme et du patriotisme, n'évoquait-il pas la supériorité de la race blanche en général, et anglo-saxonne en particulier, vis-à-vis des peuples de couleur ?

L’annonce de sa mort, puis sa mort

On se souvient de l’information erronée de sa mort, parue en 1901, dans les journaux américains. Et voici qu'une revue anglaise annonça son décès en 1935. Il y répondit avec humour « Je viens de lire que j'étais décédé. N'oubliez pas de me rayer de la liste des abonnés. » Une hémorragie due à un ulcère finit cependant par l'emporter le 18 janvier 1936. Ses cendres reposent au Poets'Corner de l'abbaye de Westminster. Une anecdote que nous rapporte Wikipédia amoureux de l'Inde, Kipling avait demandé à son éditeur d'orner les pages de garde de ses livres de swastikas, symbole indien de vie. Les svastikas furent retirés pour éviter toute ambiguïté au moment de la montée du nazisme en Allemagne, bien que leurs branches fussent sinistrogyres et non dextrogyres.

R.S. Rivarol 27 juillet 2017

11:36 Écrit par pat dans culture et histoire, tradition | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | | |

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