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LA RAISON DU FOU (II)

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C’est le moment où jamais de rappeler la sentence prononcée par Raymond Aron à l’encontre d’un de nos présidents : “le drame de Giscard est qu’il ne sait pas que l’histoire est tragique”. L’actuel occupant de l’Elysée, s’il n’est certes pas du même niveau que Giscard, s’il n’a pas la même filiation politique, puisqu’il vient du socialisme quand VGE était libéral, appartient néanmoins au même camp géopolitique. C’est celui du “Meilleur des Mondes”, délivré de la tragédie, où l’économie a absorbé la politique, où le progrès scientifique et technique pourront assurer le bonheur “dans une sereine ignorance de la passion et de la vieillesse”, comme dit Huxley.

La différence entre les deux est celle des générations : la part de conservatisme de Giscard a fondu dans le progressisme sociétal de Macron, tendant à faire disparaître ces vieilleries choquantes que sont les familles ou les nations, génératrices de tensions, de conflits et de violences. Il n’en revient pas, le président candidat ! Il découvre le “retour brutal du tragique dans l’histoire”, comme si l’histoire, en dehors de la bulle occidentale, n’était pas demeurée tragique dans le reste du monde, comme si les guerres de Yougoslavie, puis le terrorisme islamiste n’avaient pas depuis longtemps ramené le tragique au coeur de notre civilisation.

Pour la majorité de nos médias, Vladimir Poutine est “le Sauvage” du roman d’Aldous Huxley, qui continue à rêver un monde illusoire puisé dans la lecture de Shakespeare, ou plutôt dans son cas, chez Tolstoï et Dostoïevski, qui veut refaire la Grande Russie et pour cela maintenir en son sein le patriotisme et une vision traditionnelle de l’anthropologie. D’ailleurs, le Président russe est, comme le personnage du roman, condamné au suicide. Le peuple russe, accablé de sanctions, meurtri par les morts de la guerre, choqué par une agression menée contre les frères ukrainiens, va renverser ce despote si peu éclairé. Mais cette hypothèse qui table sur l’aspiration de toute l’humanité à un bonheur stable fondé sur des petites satisfactions matérielles, évidemment hiérarchisées suivant le niveau de vie, et équilibrées par le faible degré d’informations susceptibles de susciter du mécontentement chez les moins favorisés, est-elle si raisonnable ? Et si c’était l’inverse ? Déjà, on voit poindre ici et là des velléités guerrières. Certains vont jusqu’à prendre le risque d’arborer les couleurs ukrainiennes sur les réseaux sociaux, d’autres pensent à aller protester devant les ambassades russes, et une poignée s’engage auprès de l’armée ukrainienne. On s’enthousiasme de la résistance opiniâtre de Volodymyr Zelenski, en oubliant que sa réticence à mettre en oeuvre les accords de Minsk pèse lourdement sur le déclenchement de la guerre.
 
Si l’on sépare la planète en deux mondes, l’un voué au progrès vers la paix et le bonheur individuel au sein de démocraties opulentes, et l’autre soumis à des régimes autoritaires, et cultivant des idéaux collectifs auxquels les individus doivent adhérer, on peut penser que l’Ukraine symbolise le premier et la Russie le second, on peut donc estimer que le Président russe craint par-dessus tout la contagion qui pourrait envahir la Russie à partir de son si proche voisin, mais on peut aussi observer que dans cette confrontation, c’est le second qui contamine sournoisement le premier. Certes, les “Occidentaux” brandissent toujours leurs sanctions économiques, que la Russie a prévues puisqu’elle s’est désendettée, et qu’elle dispose de réserves de change suffisantes pour deux années sans exportations, alors que le besoin en énergie et en blé de la planète nécessite ces exportations, et qu’une grande partie de l’humanité continuera à échanger avec la Russie en dehors du dollar et de l’Euro. La France, en particulier, a déjà beaucoup perdu notamment pour son secteur agro-alimentaire, lors des “sanctions” précédentes. Certes, l’accent mis sur la communication au détriment de l’action a justifié nombre d’évictions de la Russie ou de Russes, voire de la Biélorussie, de manifestations sportives ou culturelles, d’organisations internationales. Mais, au-delà de ces postures, et de cette gesticulation symbolique, il y a eu la censure des médias russes RT et Sputnik “interdits dans l’Union Européenne” avant même que l’on constate avec horreur “des problèmes pour accéder au site de Facebook, de même qu’à ceux des médias Meduza, Deutsche Welle, RFE-RL et du service russophone de la BBC.” La démocratie en avance sur la supposée “dictature” dans la mise en oeuvre de la pensée obligatoire ? Malgré les appels belliqueux de BHL, dont on feint d’oublier les meurtrières erreurs, l’Union Européenne ne fait pas encore la guerre, mais désormais elle achète et fournit des armes à un belligérant en dehors de ses compétences reconnues par les traités. Vladimir Poutine aurait-il fait enfin basculer les mous-du-genou bruxellois vers l’Europe-puissance ?
 
Tout se passe comme si les Français allaient se faire subtiliser leur principal vote, l’élection de leur président, le sortant tentant manifestement de passer muscade sur la campagne et de prolonger son règne comme beaucoup de Maires avaient poursuivi le leur grâce au covid. Voici donc nos démocraties exemplaires condamnées à oublier le pluralisme et l’alternance, à subir le brouillard d’une information quasi univoque mais imprécise. Qui pourrait dire aujourd’hui ce qui se passe en Ukraine ? Les Russes tirent sur les écoles et les centrales atomiques, mais ne parviennent pas à vaincre la résistance ukrainienne alors qu’ils veulent conquérir tout le pays ? Souhaitent-ils au contraire fixer les troupes ukrainiennes autour de Kiev, tandis que systématiquement ils ferment l’accès à la mer et s’emparent des sites de production électrique ? La seconde hypothèse est beaucoup plus vraisemblable lorsqu’une armée de 100 000 hommes “envahit” un pays plus grand que la France et peuplé de plus de 40 millions d’habitants, et désire sans doute éviter les bains de sang. Vladimir Poutine serait plongé dans une ivresse nationaliste et mené par un “révisionnisme” historique ? C’est M. Macron, maniaque de la repentance et ignorant tout de l’histoire, qui nous l’affirme. Quant au président américain, le triste Biden, le vrai responsable de la crise actuelle par un mélange de stéréotypes et d’incompétence, lui, c’est la géographie qu’il ignore en confondant l’Ukraine et l’Iran ! La démence sénile imbibée d’idéologie n’est-elle pas finalement plus dangereuse qu’un patriotisme jugé paranoïaque par l’oligarchie du “Nouveau Monde” ? (fin)

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