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Panthéonisation, constitutionnalisation, guignolisation

Le vote du Congrès de Versailles , le 4 mars, constitutionnalisant l’IVG, a quelque chose de fascinant du point de vue de l’observateur. Acquis par 780 voix contre 74, les superlatifs n’ont pas manqué: emblématique, historique, une page de l’histoire, la France renoue avec l’universalité, un événement bouleversant, un tournant dans l’histoire de l’humanité etc.

Beaucoup de députés et sénateurs qui étaient défavorables à cette constitutionnalisation ont voté sous la pression médiatique comme ils l’ont déclaré. Il était impossible de résister à la force du courant (lu dans le Figaro). La présidente de l’Assemblée nationale, Mme Yael Braun-Pivet jugeait cette mesure absolument inutile en juin 2022, mais aujourd’hui, au cœur de la cérémonie, elle invoque solennellement sa fierté. Qui aurait l’idée sordide, en un moment aussi solennel, de lui demander des comptes sur cette volte-face aussi abrupte? Et après, vous vous étonnerez du discrédit de la parole politique!

Formidable imposture: dans un tsunami d’emphase, la classe politique est parvenue à réaliser l’amalgame entre la constitutionnalisation – absolument inutile (dès lors que rien ne menace l’IVG en France) comme disait Mme Braun Pivet en 2022 – et l’IVG elle-même. L’invocation de Simone Veil est malhonnête car nul ne sait ce qu’elle aurait pensé de cette constitutionnalisation. L’a-t-elle jamais souhaitée? Non à ma connaissance! C’est donc qu’elle n’en voyait pas l’utilité. Sinon, elle en aurait parlé.

Panthéonisation, constitutionnalisation, guignolisation… Le pouvoir politique donne le sentiment de fuir la réalité dans une grandiloquence quelque peu faisandée. Parfois, en les voyant, avec cet abîme entre la pompe et la situation profonde du pays, on se serait cru à la cérémonie de couronnement d’un quelconque roitelet virtuel.

Mais ce qui prime, c’est la lâcheté, le manque de conviction. Avec tous ces zozos qui étaient défavorables (non à l’IVG, mais au bricolage inutile de la Constitution et l’usage de celle-ci à des fins de communication politique) et finalement votent pour en invoquant la pression médiatique (lu dans le Figaro).

Pour le pouvoir, la montée aux extrêmes dans la grandiloquence est une manière de cliver en traçant une frontière entre les bons – ceux qui les suivent – et les mauvais. Manque de chance, le vote massif du RN en faveur de cette constitutionnalisation brouille quelque peu les cartes en situant les populistes dans le camp du bien dit progressiste. C’est drôle que nul n’ait eu l’idée de dénoncer la connivence entre le camp présidentiel et son alter ego lepéniste.

Elle sert surtout à masquer le réel: la dette publique, la pauvreté, la crise du logement et des urgences hospitalières, l’impuissance sur les tragédies planétaires, l’insécurité et la montée des viols et agressions sexuelles, le chaos migratoire, l’effondrement scolaire et intellectuel… Il est plus facile, pour les politiciens au pouvoir, de pavoiser, de fanfaronner à tout propos, dans la béatitude ou servitude médiatique (sauf quelques exceptions) que de travailler humblement à l’amélioration de la vie des gens et à préparer l’avenir du pays.

Et à gagner du temps: après le temps des cérémonies de la panthéonisation et de la constitutionalisation (ce n’est pas fini!), viendront les élections européennes qui s’engagent finalement assez bien en termes de légende (la lutte héroïque contre « le mal populiste »), puis les JO de Paris , une sorte d’apothéose dans la boursouflure, et après, après… Un petit coup de provocation sur l’Ukraine peut-être, ou une bonne épidémie serait l’idéal. Bref, tenir, jusqu’à fin 2026, et après ce sera autre chose évidemment!

MT

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