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Fin du liquide : les SDF condamnés à la « cyber-mendicité »

Photo de MART  PRODUCTION: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/rue-banniere-etre-assis-exterieur-8078418/
Photo de MART PRODUCTION: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/rue-banniere-etre-assis-exterieur-8078418/
Emmanuel Macron avait promis qu'à la fin de son mandat, il n'y aurait plus de SDF dans les rues. L'argent liquide a disparu, pas les SDF.

En ces jours de l’année où le monde festoie, il est bienvenu de s’intéresser aux pauvres. C’est pourquoi La Croix, magazine chrétien, s’est penché sur le nouveau drame qui touche les indigents contraints de mendier : la disparition de la menue monnaie.

« La raréfaction des espèces met en difficulté les sans domicile qui ont besoin de mendier pour vivre. Face à cette situation, des solutions de dématérialisation des dons se mettent en place », nous dit La Croix. De là à imaginer qu’on va doter les SDF d’un terminal de paiement, il n’y a qu’un pas que certains ont franchi.

En route pour le flicage et la fin du liquide

Nul doute que la crise Covid-19, à maints égards, a servi d’entraînement à une entreprise majeure d’ingénierie sociale. Le résultat fut convaincant : la peur est le meilleur outil de pilotage des masses. Assis, debout, couché, le café sur un pied et la grand-mère dans la baignoire, tout est acceptable puisqu’il s’agit de nous protéger. L’argument est toujours celui de l’UE quand il s’agit de retirer de nos poches les espèces sonnantes et trébuchantes.

Depuis 2020, la Banque centrale européenne nous a contraints à changer nos habitudes de paiement. Certes, la BCE prévoit une « phase de coexistence » entre le vieux système et l’euro numérique jusqu’en 2030, mais le flicage de nos dépenses est déjà bien en place, même si l’on nous garantit que seuls seront tracés les « montants importants ». Mais c’est quoi, un montant important ?

Un petit détour par le site du service public consacré aux paiements en espèces en donne une idée : « Le paiement en espèces d'un particulier à un professionnel ou entre professionnels est autorisé jusqu'à 1.000 euros. » Il est vrai que pour François Hollande, la richesse commence à 4.000 euros... Une restriction qui, curieusement, ne touche pas les étrangers ou les Français dont le domicile fiscal est à l’étranger : ils peuvent régler en espèces jusqu’à 15.000 euros ! Précision de nos amis de Bercy : « Si votre paiement en espèces dépasse ces plafonds, vous risquez une amende d'un montant maximum de 5 % des sommes payées illégalement en espèces. Vous devrez payer la moitié de cette amende. L'autre moitié devra être payée par le professionnel qui a accepté le règlement en espèces. »

Bienvenue dans l’ère de la cyber-mendicité

L’objectif, nous assure-t-on, est évidemment de garantir notre sécurité et de mettre un frein aux transactions illégales. C’est la surveillance de masse vue du bon côté. Toutefois, les têtes chercheuses le concèdent : le passage à l’euro numérique risque de laisser de côté une bonne partie de la population. L’UE, qui a réponse à tout, promet la mise en place de « programmes d’éducation et d’accompagnement pour les publics vulnérables ». Trop aimable. Et donc, en attendant leur stage de mise à niveau, les SDF se débrouillent.

Le reportage du journaliste de La Croix dans les rues de Paris est bien triste. Dans un temps où les paiements par cartes bancaire dépassent les paiements en espèces (48 % contre 43 %), Élina Dumont, vice-présidente du « Comité de la rue », ne peut que le déplorer : « Les gens n’ont plus de sous dans leurs poches, ils paient tout avec leur carte bleue ou leur téléphone, ça complique les dons pour ceux qui font la manche. » Résultat : les gobelets sont vides et les ventres aussi. Alors d’aucuns mettent en place la « cyber-mendicité » (sic). Certains créent des cagnottes, nous dit La Croix, sauf qu’on ne voit guère comment on peut gérer cela depuis le trottoir. D’autres se sont équipés de terminaux de paiement, ce qui laisse le chaland encore plus perplexe… À Lyon, « Seconde manche » avait distribué aux SDF des pancartes avec un QR code à flasher pour renvoyer vers un site qui listait leurs besoins. Fautes de moyens pour payer un accompagnateur-acheteur, l’opération s’est terminée au printemps 2025.

Dernière initiative en date relevée par La Croix : Solly. « Lancée le 22 novembre, [elle] revendique pour l’instant 115 bénéficiaires à Lille, Strasbourg, Lyon, Chambéry, Nice, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Toulouse, Argenteuil et Cergy. » Plus simple, encore, d’utilisation, « il s’agit aussi de cliquer sur un QR Code qui permet au bénéficiaire d’acheter lui-même des produits de première nécessité avec une carte dédiée ».

Hier soir, Emmanuel Macron s'est adressé aux Français. C’était le moment de nous rappeler – ce que s'est bien gardé de faire La Croix – sa promesse de 2017 : à la fin de son mandat (en 2022, donc), il n’y aurait plus un seul SDF dans la rue. Hélas, ils sont toujours là, et toujours plus nombreux.

Bonne année quand même !

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