Devant le désastre terrible de ces agriculteurs venus à Paris défendre ce qui est plus qu'un métier, une tradition familiale, une activité immémoriale qui irrigue la moitié de la surface du pays, la porte-parole du gouvernement Maud Brégeon, sur la télévision d’état Franceinfo, ne s'excuse pas. Elle menace d’employer la force : « Tout cela est illégal, nous ne laisserons pas faire ! », lance-t-elle ce 8 janvier. Le pouvoir, si faible devant les émeutiers ou les trafiquants de drogue s'oppose, inflexible, aux chefs d'entreprises agricoles.
Et pourtant, face à la secte des illuminés du sans-frontiérisme, nos agriculteurs jouent les canaris dans la mine. Ils alertent, préviennent, tentent de dessiller encore une fois les yeux des Français. Devant l’Assemblée nationale, un agriculteur tend un panneau : « Ursula, tu nous prends vraiment pour des cons ». Un autre a bombé sur une rampe d'autoroute : « Trump, viens chercher Macron ! » Les paysans ne sont plus dupes.
La PAC a... 64 ans !
La Politique agricole commune a été mise en place en 1962, voilà 64 ans ! C’est l’une des politiques européennes les plus anciennes. Personne ne niera qu’elle a eu le temps de s’épanouir et de porter ses fruits. Si l’UE apportait la prospérité, nos agriculteurs seraient riches et heureux, plus que dans tout autre secteur économique. Le bilan est aujourd'hui connu : c’est celui de la crise agricole et de son funeste cortège de suicides. Certains devront rendre des comptes.
On s’en fiche, vous diront les économistes distingués. 400.000 agriculteurs, un chiffre divisé par cinq depuis 1955, ça ne pèse rien par rapport à la population active en France. Et qu’importe si la moitié des 55 millions d’hectares que compte la France vit de l’agriculture, toutes spécialités confondues.
De fait, l’agriculture française sert de monnaie d’échange depuis des décennies à tous les accords les plus funestes de l’Union européenne avec les pays du monde entier. Si seulement ce sacrifice avait servi, si le reste de l’économie se portait à merveille…Pas vraiment.
Par ailleurs, y a-t-il un secteur plus stratégique que celui qui nourrit la population d’un état. Un pays qui accepte d’être nourri par d’autres, sans contrôler ce qu’il mange, n’est-il pas devenu esclave ? Notre pays importe un cinquième de sa consommation alimentaire, la moitié des fruits et légumes ou des volailles qu’il consomme, 70% du mouton, 80% de ses poissons. La balance commerciale agricole française a basculé dans le rouge. Or nous avons abdiqué les moyens de la sauver, car l’agriculture est devenue une compétence européenne. Dans le même temps, la France s’est privée de toute puissance dans un ensemble hors de contrôle : elle ne pèse plus rien en Europe. Isolée sur le dossier Mercosur, la France n’a de choix que de quitter l’UE, de refuser de payer comme le propose Dupont-Aignan ou de s’écraser en silence. « Ensemble, on est plus forts », braillait la publicité favorable à l’UE voilà quelques années.
Mensonges
La crise paysanne s'accompagne d'une longue série de mensonges. On se souvient des promesses de la PAC, de Mitterrand énamouré de l'Europe, y compris agricole, de Chirac et de ses numéros au Salon de l'agriculture, de Macron en bras de chemise tentant d’expliquer aux paysans que l’Europe est bonne pour eux, qu’il suffit de quelques aménagements de détails pour que tout aille bien. Mensonges. On se souvient des promesses du gouvernement après les mobilisations paysannes, tout allait changer. Mensonges. On se souvient des rodomontades sur le Mercosur qui ne passerait pas. Mensonges.
Aujourd’hui, les mêmes économistes et les mêmes dirigeants français et européens n’assument pas. Alors que les habitants de nos banlieues fêtent les victoires de l’Algérie à la CAN en mettant le feu une fois de plus, ces chefs d’entreprises français, enracinés, courageux, terre à terre (c’est le cas de le dire), travailleurs sans relâche, font face aux menaces d'un gouvernement qui les a trahis en organisant une impuissance dont il se satisfait sans vergogne. Les agriculteurs ne sont pas une minorité de 400.000 individus inutiles. Ils sont la France, ils l'incarnent et la devancent. Lorsqu'ils retrouveront la prospérité en nourrissant leur peuple, la France saura que les temps bénis sont revenus, pour tous. Le dossier agricole est vraiment emblématique.