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Quand le pays légal dessert la France…

Par Jean-Philippe Chauvin

La République est désespérante… Alors que la situation géopolitique et les diverses crises qui affectent notre société (en particulier la crise de la dette et celle de la confiance des Français à l’égard des institutions et du monde de l’économie) devraient forcer les principales forces politiques à penser un peu plus (et un peu mieux, surtout) au bien commun et au destin du pays, celles-ci ne s’intéressent qu’à leur « bout de gras » et aux places qu’elles pourraient espérer dans un prochain gouvernement (celui de M. Lecornu n’est-il que de passage, entre deux censures ?) ou après une prochaine dissolution, dans la longue suite des dés­ordres parlementaires comme de la rue : triste, et révélateur de cette idéologie du « toujours plus » mâtinée de cette insatisfaction permanente qui, en définitive, constitue le fonds de commerce des partis du pays légal. Mais ce spectacle d’un parlementarisme dominé par les querelles et les éclats de voix, les coups de théâtre ou les alliances contradictoires ou controversées, a sans doute plus fait pour discréditer cet essai de VIe République (sans le numéro et avant l’heure…) que la lecture des pamphlets de l’ancien député royaliste d’AF de Paris Léon Daudet (grand pourfendeur talentueux des hypocrisies parlementaires et des compromissions partisanes du pays légal), le style et la réflexion en moins ! L’opinion publique s’en détourne sans pitié, et le pays réel, celui qui travaille, produit, paye taxes et impôts, s’en éloigne un peu plus, sans cacher son mépris autant que son agacement et ses inquiétudes devant l’avalanche fiscale qui menace d’engloutir le pays industrieux et laborieux.

Quant au gouvernement et ses différentes moutures (de Mme Borne à M. Lecornu, si l’on s’en tient à ceux du deuxième mandat présidentiel de M. Macron), en attendant le prochain (ou l’élection présidentielle, qu’elle soit anticipée ou non), il n’a guère brillé par son efficacité ces dernières années (et ces dernières décennies, pourrait-on rajouter), et cela malgré quelques personnalités parfois très impliquées (les plus communicantes n’étant pas les plus travailleuses, d’ailleurs). L’instabilité gouvernementale récente, au gré des souhaits présidentiels ou des aléas électoraux et parlementaires, ramène la France aux temps contrariés de la Quatrième République, ceux-là mêmes que le général De Gaulle avait tenté, avec un certain succès tout de même, de faire définitivement oublier !

Le triste spectacle des ambitions des féodaux du pays légal, pour qui l’élection présidentielle est « la reine des élections », nous impose de réfléchir au-delà de ce modèle républicain, au-delà de 2027 : le temps républicain est aujourd’hui l’ennemi de la politique utile parce qu’il limite l’horizon à de simples échéances électorales et aux jeux d’appareil pour confisquer le pouvoir, au moins pour quelques années. Alors qu’il faudrait à la fois l’unité et les libertés pour relever les défis contemporains et pour assurer « l’avenir long », la République empêche l’une et limite les autres, dans un tango qui étourdit les citoyens sans les satisfaire dans leurs demandes légitimes, au risque de bloquer la situation ou de fâcher ceux qui, alors, se considèrent comme les « oubliés de la République ». Le soulèvement des Gilets jaunes, dernier grand mouvement populaire français, portait cette double revendication (parfois de manière maladroite, colérique ou outrancière, malheureusement) qui, à ce jour, n’a pas été satisfaite.

Ainsi, depuis quelques semaines et avec la participation du pays légal soucieux de se redonner (en vain) du crédit auprès d’une opinion désabusée, le psychodrame de la réforme des retraites est revenu hanter la scène politique et semble désormais une histoire sans fin et, d’une certaine manière, sans fonds et avec déficits programmés… Là encore, c’est assez désespérant car il paraît bien que le débat soit aujourd’hui plus politicien que véritablement politique et argumenté, et cela n’a rien de constructif quand, justement, la raison devrait guider la réflexion autant que la recherche de la justice sociale. La raison : prendre en compte les données économiques et démographiques contemporaines, et saisir que le nouvel hiver démographique dans lequel est rentrée la France n’est pas un accident de parcours mais bien plutôt une tendance lourde et donc éminemment difficile à freiner et à retourner dans un temps court ; la justice sociale : ne pas négliger les inégalités de situation, de travail et de conditions de celui-ci comme de vie des populations dans leur diversité socio-professionnelle et d’intégration à la société de consommation. Séparer ces deux grands éléments, c’est se condamner à la faillite ou à l’injustice, voire aux deux à la fois !

Or, la logique de la démocratie française contemporaine, que l’on pourrait croire vertueuse ou sérieuse, empêche, dans sa simple pratique parlementaire et institutionnelle et parce qu’elle dépend des jeux d’opinion et des calculs électoraux (et donc des promesses plus que des réalités), de pouvoir concilier les deux ou, du moins, d’inscrire toute tentative en ce sens dans le temps long de la vie de la nation : tous les cinq ans, l’élection présidentielle peut briser la continuité de l’action de l’État, et l’attente actuelle de l’échéance de 2027 risque bien, dans le même temps, de mener à de nouvelles illusions autant qu’à de cruelles désillusions. Je doute que « 2027 », quel que soit le résultat et aussi disruptif qu’il puisse paraître, soit en mesure de résoudre la crise politique française et de débloquer la situation économique et sociale, qui dépend aussi des élections législatives qui suivront et des règles de l’Union européenne qui, malheureusement, limitent grandement la liberté d’initiative et d’action de l’État français… Le mal français ne peut se soigner par quelque philtre électoral qui soit et la désespérance risque bien d’être, à plus ou moins court terme, la grande triomphatrice ! Et aucun homme providentiel, à ce jour, ne semble vouloir surgir des tréfonds du pays ou de son histoire…

Bien sûr, il est facile de contester après avoir constaté, mais cette attitude n’est vraiment utile que si elle s’accompagne de propositions réfléchies et non de « y’a qu’à » ou de « faut qu’on » qui, trop souvent, font tomber dans la démagogie ou l’irréalisme même les meilleures intentions ou causes. Quelques pistes alors peuvent être avancées pour répondre aux crises actuelles : une refonte territoriale qui puisse concilier subsidiarité et unité supérieure française, par une nouvelle cartographie moins administrative et plus enracinée (voire historique) des régions-provinces ; la création, dans les cadres territoriaux locaux (quartiers, communes, pays, régions), de nouvelles agoras qui puissent concilier discussion, représentation et décision (les unes n’étant pas forcément toujours les autres, selon les cas considérés : là encore, la nuance, la mesure et les sentiments doivent être retenus pour servir au mieux l’intérêt public, le bien commun et l’efficacité locale) ; une logique associative et corporative pour mieux intégrer les travailleurs dans leurs cadres et missions de travail, et cela en leur donnant la propriété du métier tout comme en valorisant la qualité du travail et la dignité du travailleur, parfois toutes deux foulées aux pieds selon des considérations purement économiques ; une meilleure inclusion de la formation dans la profession, pour pouvoir s’approprier rapidement les nouvelles conditions techniques là où celles-ci évoluent très (voire trop) vite, tout en facilitant l’enracinement (professionnel et territorial) des classes travailleuses (du patron à l’apprenti) ; etc. Ces quelques pistes pourront donner, dans les mois qui suivent et les articles prochains, des développements plus importants et argumentés, en n’oubliant pas la possibilité et la faisabilité des choses : rien ne serait pire que de bâtir sur du sable, et il importe de partir de ce qui est (quelles que soient les qualités et les défauts de la chose considérée) pour faire évoluer dans le bon sens ou changer profondément les réalités insatisfaisantes. Cela n’empêche pas l’imagination de venir au soutien des réalisations nécessaires, et celle-ci peut aussi se nourrir de l’étude et de la réflexion, comme de l’expérience : n’est-ce pas, après tout, le sens même de ce que les maurrassiens et post-maurrassiens nomment « empirisme organisateur », en rappelant toujours que « toute vraie tradition est critique », ce qui est le gage de son efficacité et de sa vitalité ?

Ainsi, notre royalisme doit se penser comme une (re)fondation, et non comme une simple restauration ou comme une sympathique utopie destinée à nous rassurer et à faire, sinon oublier, du moins accepter ce qui, pour l’heure, peut ressembler à de l’impuissance : le recours royal qu’il me sied de prôner, n’a pas encore, sans doute, la visibilité et la crédibilité politiques qui seraient appropriées et utiles à sa reconnaissance par le pays réel et ses « Français actifs », et cela malgré sa nécessité (son urgente nécessité, même) qui me semble plus encore absolue que simplement constitutionnelle… Il importe donc plus que jamais de travailler à royaliser les « minorités énergiques » qui pourront, à leur tour, entraîner une part suffisante (et satisfaisante) de la population à sympathiser avec la solution royale. C’est ce travail politique qu’il convient de mener aujourd’hui, au-delà des circonstances du moment où des échéances électorales, pour préparer, au-delà de la simple proposition, l’instauration royale…

https://www.actionfrancaise.net/2026/01/16/quand-le-pays-legal-dessert-la-france/

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