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Quand Khomeini préparait sa révolution islamique depuis la France

Capture d'écran
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En octobre 1978, l’ayatollah Rouhollah Khomeini posa le pied dans le petit village de Neauphle-le-Château, situé à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Paris. Ce lieu bucolique, peuplé de plus de 2.000 habitants, allait alors devenir pendant plusieurs mois le théâtre discret d’une entreprise qui allait bouleverser le Moyen-Orient par l’instauration d’une future république islamique au destin autoritaire et, plus tard, profondément sanguinaire. Exilé depuis quatorze ans, ce religieux chiite, expulsé d’Irak, trouva alors en France, patrie des libertés et de la liberté d’expression, un refuge inattendu depuis lequel il put préparer en sécurité la chute de la monarchie du chah d’Iran et orchestrer ainsi son retour au pays.

Un exil stratégique dans un village français

Khomeini arriva en France le 6 octobre 1978 muni d’un simple visa de touriste après que le régime irakien, sous pression du chah et en raison de son activisme pro-chiite, l’eut expulsé. Il envisage d’abord de rester plus près de sa patrie, au Liban ou en Syrie. Néanmoins, il finit par choisir la France où il sait que sa liberté d’expression sera assurée, mais également parce que les Iraniens peuvent y entrer sans visa.

Le Président Valéry Giscard d’Estaing, interrogé sur la présence de cet homme sur le sol national et troublant les relations diplomatiques avec Téhéran, se veut alors rassurant : « L'ayatollah Khomeini est venu en France dans des conditions régulières, comme un étranger en résidence en France. Il lui a été indiqué à deux reprises que le sol de la France n'était pas un territoire d'où pouvaient être lancés des appels à des actions de violence. »

Khomeini s’installe alors à Neauphle-le-Château, où il va rester jusqu’à son départ pour l’Iran. Là, dans une maison modeste, située au 23, route de Chevreuse, gardée par des gendarmes armés de pistolets-mitrailleurs, il fait de sa nouvelle demeure son quartier général politique, entouré de ses proches conseillers et de nombreux militants venus d’Europe. Entre les différentes réunions visant à préparer son futur régime totalitaire, Khomeini traverse la rue pour aller dans un verger. Là, sous une tente ou à l’ombre d’un pommier, il effectue ses prières quotidiennes avec ses fidèles, parfois au nombre de 50 ou de 60. Par son apparence austère, ses allures de vieux sage (il est alors âgé de 76 ans), l’homme fascine et attire la curiosité mais aussi la complaisance d'une partie de la presse.

Selon les habitants du village, ce sont alors « des cars entiers de pèlerins qui venaient d’Europe pour le voir ». On aperçoit alors des tiers-mondistes, des marxistes et des islamistes répondre à l’appel du futur Guide de la Révolution, qui leur confie des cassettes audio destinées à répandre clandestinement sa parole en Iran et sa volonté de renverser le régime du chah. En appelant à la grève générale, aux manifestations et à la désobéissance civile, il contribue à faire monter la contestation au point de paralyser l’Iran.

L’après Neauphle-le-Château

Le 1er février 1979, Khomeini, jugeant que l’heure de son retour en Iran avait sonné, s’envole à bord d’un avion d’Air France. À son arrivée à Téhéran, il est accueilli par une foule en délire. Des millions d'Iraniens l'acclament. C'en était fini de la monarchie des Pahlavi et, quelques semaines plus tard, par référendum, la république islamique était instituée, fondée sur la tutelle des juristes théologiens.

Aujourd’hui, Neauphle-le-Château garde encore la mémoire contrastée de ce court séjour. En effet, une plaque commémorative fut installée en 2017 sur un terrain privé. Cette dernière fut dégradée en 2023, un acte illustrant l’avis d’une partie de la population locale ne voulant pas que leur ville soit associée au régime totalitaire iranien. Certains vont même jusqu’à comparer l’ayatollah au dictateur du IIIe Reich : « Imaginez que votre voisin vous colle une photo d’Hitler dans son jardin, je pense qu’il ne faudrait pas vingt-quatre heures pour qu’on vienne la retirer. » La maison où séjourna l’ayatollah Khomeini était devenue, au fil des années, un véritable lieu de pèlerinage pour les admirateurs du régime, au point que l’Iran envisagea même d’en faire un musée consacré à la gloire du fondateur de la république islamique.

Ce chapitre oublié de notre Histoire nous rappelle ainsi comment la France, trop bonne, trop généreuse, trop ouverte et peut-être aussi trop naïve, a accueilli sur son sol un personnage qu’elle imaginait peut-être comme un homme de bien et qui, en vérité, instaura un régime islamique d'un autre âge en Iran.

Eric de Mascureau

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