Place à un « islam breton »
Après l’incendie volontaire de 2022 ayant détruit la mosquée de Maurepas, principal centre musulman du nord de la ville, la communauté avait engagé des démarches pour trouver un nouveau lieu capable d’accueillir les fidèles. Un premier accord avait été trouvé avec la mairie autour d’un terrain situé aux abords du parc des Gayeulles, mais la mobilisation de riverains et de militants écologistes, opposés à l’artificialisation des terres, avait conduit à l’abandon du projet, fin 2025. C’est en ce début d’année que la municipalité a proposé à l’association une friche industrielle du nord rennais, à proximité immédiate de la commune de Saint-Grégoire, pour relancer le projet.
Ce dernier, plus modeste que le premier, mais visant tout de même une capacité de 250 à 800 personnes, a pour ambition de refléter « l’islam breton », expliquait le président du Conseil régional du culte musulman, Mohamed Iqbal Zaïdouni, dans un reportage diffusé par France 3, le 16 janvier dernier. La mosquée El Amal, qui devrait être dotée d’un dôme et d’un minaret, entend promouvoir un islam « fidèle à la Bretagne, à sa culture, à son identité », promet-il encore.
Des fillettes voilées
Sur son site Internet, l’association Espoir Amal entend vouloir lutter contre « toute dérive sectaire et radicale » et dit « entreprendre toute action favorisant […] la connaissance éclairée de l’islam du juste milieu, respectueux des lois de la République ». Un islam présenté comme modéré, dont l’interprétation soulève néanmoins des interrogations à la lecture des supports de communication de l’association. Dans ses vidéos de promotion et d’appel aux dons, où Espoir Amal souhaite permettre aux enfants de « vivre leur religion, leur culture et leur citoyenneté » à travers des enseignements religieux et des cours d’arabe, on y voit de très jeunes filles, encore enfants, portant le voile islamique face à la caméra.
Les premières inquiétudes des riverains
Si la communauté musulmane et l’association porteuse du projet, qui doit réunir près de 5 millions d’euros pour mener à bien cette construction sans subvention municipale, se félicitent de cette avancée, les réactions demeurent partagées. À Saint-Grégoire, commune limitrophe du futur site, certains riverains redoutent l’afflux de fidèles, les centaines de véhicules attendus et un changement progressif du paysage culturel environnant. « J’ai les cloches de mon village qui sonnent, ça ne me dérange pas. Mais d’entendre peut-être un jour l’appel à la prière… », confie Bernard à Boulevard Voltaire. Il dit aussi son étonnement de voir émerger un nouveau projet de mosquée, alors que Rennes compte déjà quinze établissements de ce type et six salles de prière.
Pourtant, ce projet semble en cohérence avec la démographie de la ville, qui compte plus de 30.000 foyers musulmans, rapporte France 3, dans son reportage, alors qu’en 2022, la population immigrée représentait 12,5 % des habitants de Rennes, contre 10,3 % en moyenne au niveau national. À Saint-Grégoire, jusqu’ici peu marquée par ces évolutions, cette transformation culturelle se perçoit, petit à petit : « On commence à voir des hommes en djellaba qui se promènent », observe Bernard, qui redoute les effets d’« une augmentation globale d’une immigration qui n’est pas maîtrisée ». À plus long terme, il s’inquiète d’éventuelles tensions : « Pour moi, il y aura un problème de cohabitation dans vingt-cinq ou cinquante ans. »
Des questionnements auxquels l’association Espoir Amal répond indirectement, en revendiquant explicitement l’ampleur de son projet. Sur son site Internet, elle souligne la croissance de la communauté musulmane rennaise et affirme que « e projet d’envergure servira non seulement aux futures générations musulmanes grandissantes, sur plusieurs décennies, mais marquera aussi l’histoire et la culture de la première véritable construction à caractère islamique de la ville de Rennes ».
Sollicitées, la mairie et l'association Espoir Amal n'ont pas donné suite à nos questions.
