Donald Trump a prononcé un discours très attendu et offensif lors du Forum économique mondial de Davos, marquant son retour sur cette scène internationale pour la première fois depuis 2020. Son intervention, d’une durée d’un peu plus d’une heure, s’est déroulée dans un climat géopolitique tendu, marqué par ses ambitions concernant le Groenland et ses relations conflictuelles avec l’Europe. Le ton était volontiers triomphaliste, parfois provocateur, et a rompu avec l’esprit traditionnel de Davos, habituellement centré sur le libre-échange et la coopération internationale
« America First »
Trump a commencé par dresser un bilan élogieux de sa politique économique, évoquant un « miracle économique » américain et vantant la vigueur de son pays. Il a présenté les États-Unis comme un acteur incontournable sur la scène mondiale, affirmant que sans leur leadership, de nombreux pays, y compris des alliés traditionnels, ne pourraient ni se défendre ni prospérer. Cette rhétorique s’inscrit dans sa doctrine de l’« America First », qu’il a réaffirmée avec force, soulignant que les États-Unis « donnent beaucoup et reçoivent peu en retour » de la part de leurs partenaires
« L’effacement civilisationnelle de l’Europe »
Une grande partie de son discours a été consacrée à une critique acerbe des dirigeants européens. Trump a dénoncé l’« immigration incontrôlée » et l’« effacement civilisationnel » du continent, prévenant que dans deux décennies, l’Europe serait « méconnaissable ».
Trump a évoqué des « pays européens qu’il ne reconnaît plus », transformés selon lui par des « vagues de migration de masse ». Il a affirmé que « beaucoup de dirigeants ne comprennent même pas ce qui est en train de se passer ». Ce n’est pas la première fois que le président américain alerte les Européens sur la catastrophe migratoire qui se déroule sous leurs yeux. À l’ONU, en septembre 2025, l a lancé aux Européens : « L’immigration détruit votre héritage et ruine vos pays », et a averti que « vos pays iront en enfer si vous ne contrôlez pas l’immigration ». Dans un entretien avec Politico, il a déclaré que les immigrés en Europe « arrivent de tous les endroits du monde, pas seulement du Moyen-Orient, ils arrivent du Congo… », et que « ce qu’ils font avec l’immigration est un désastre ». Il a aussi critiqué les dirigeants européens, les qualifiant de « stupides » pour leur politique migratoire. Sur Paris : Il a notamment dit « J’adorais Paris », sous-entendant que la ville avait changé à cause de l’immigration, et a reproché aux Européens de vouloir être « politiquement corrects », ce qui, selon lui, les affaiblit.
Lors de son discours à la Conférence de Munich sur la sécurité en février 2025, son vice-président, JD Vance, avait déjà tenu des propos très critiques envers l’Europe, en particulier sur deux thèmes majeurs : l’immigration de masse et le déclin de la liberté d’expression. Vance avait dénoncé ce qu’il qualifie d’« immigration incontrôlée » en Europe, affirmant que les dirigeants européens ferment les yeux sur ses conséquences.
Trump est un Européen de cœur. Son père est Allemand et sa mère Ecossaise. Lorsqu’il alerte les Européens sur l’inéluctable effacement civilisationnel du Vieux Continent, sa sincérité est totale. Cela dit, il reste Américain et pour lui, les intérêts américains priment sur ceux de l’Europe. Aux Européens de comprendre où est leur intérêt vital.
Groenland
Le point central de l’intervention de Trump a été la réaffirmation de sa volonté d’acquérir le Groenland, territoire autonome danois. Trump a justifié cette ambition par des impératifs de « sécurité nationale », arguant que seuls les États-Unis pourraient assurer la protection de cette région stratégique, riche en ressources minérales et située dans une zone de rivalité croissante entre les grandes puissances. Il a exigé des « négociations immédiates » avec le Danemark, tout en précisant qu’il n’utiliserait pas la force. Cependant, il a maintenu une pression forte sur les Européens, les appelant à éviter un « réflexe de colère » et à écouter ses arguments
Trump a également rappelé l’historique des relations entre les États-Unis et le Danemark, soulignant que les Américains avaient « sauvé » le Danemark pendant la Seconde Guerre mondiale et rendu le Groenland à Copenhague. Selon lui, cette histoire légitime aujourd’hui ses revendications
Dans la soirée, Donald Trump a annoncé avoir conclu avec Mark Rutte, secrétaire général de l’OTAN, « le cadre d’un futur accord » concernant le Groenland et, plus largement, la région arctique. Trump et Rutte ont établi les bases d’un futur accord, mais aucun détail précis n’a été rendu public. Il s’agit pour l’instant d’un engagement à poursuivre les discussions, notamment sur la sécurité et la coopération en Arctique. En échange de cet accord de principe, Trump a levé la menace de droits de douane qu’il brandissait contre plusieurs pays européens, dont la France et l’Allemagne, en représailles à leur opposition à ses visées sur le Groenland.
Canada
Le président américain a également évoqué le Canada, déclarant que ce pays « existe grâce aux États-Unis ». Ces propos s’inscrivent dans un contexte de tensions croissantes, Trump ayant précédemment suggéré que le Canada pourrait devenir le 51e État américain. Par ailleurs, il a annoncé une rencontre avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky en marge du Forum, sans donner de détails sur les sujets abordés, mais dans un contexte où les relations entre Washington et Kiev restent un enjeu majeur
Le discours de Trump a suscité des réactions contrastées. Le Premier ministre canadien, Mark Carney, a été ovationné pour sa position ferme face aux ambitions américaines. Emmanuel Macron, sans nommer Trump, avait la veille mis en garde contre les tentatives de « brutalisation du monde » et défendu un multilatéralisme efficace, en opposition directe à la vision unilatérale de Trump.
Les marchés financiers ont réagi avec nervosité, la Bourse de Paris enregistrant une légère baisse, reflétant les craintes des investisseurs face à l’escalade des tensions transatlantiques. Une possible résolution de la crise groenlandaise devrait sans doute calmer le jeu.
Henri Dubost