Sécurité : la ville où l’on s’adapte… au risque
À Nantes, l’insécurité n’est plus un sujet réservé aux statistiques. Elle s’impose dans les gestes du quotidien, dans les itinéraires qu’on change, dans les sorties qu’on annule, dans les réflexes de survie. Interrogée par BV, Mélissa, Nantaise d’origine et porte-parole du collectif Némésis, résume le climat qui pèse sur les jeunes femmes : « Actuellement, en 2026, le quotidien d’une jeune femme à Nantes, c’est faire attention, ne pas sortir seule. »
Puis viennent les renoncements très concrets, ceux qui transforment une ville en parcours d’obstacles : « Moi, personnellement, je ne prends plus les transports en commun, je prends systématiquement ma voiture, ou alors mon copain me dépose […] mais en tout cas, jamais seule dans les transports. » Même le centre-ville, censé être le visage de l’attractivité, devient pour certains un lieu d’évitement : « La place du Commerce, là, c’est même pas la peine d’y penser. […] c’est gangrené. »
Pour renforcer ce ressenti, les données disponibles indiquent qu’en 2024, Nantes a recensé 24 126 crimes et délits, soit 74 faits pour 1.000 habitants.
Dans Le Figaro, l’ancien adjoint de Jean-Marc Ayrault, François de Rugy, accuse Johanna Rolland d’avoir « laissé dériver les problèmes d’insécurité et d’immigration » dans la ville.
Immigration : la question qui enflamme tout
Sur l’immigration, les chiffres alimentent un débat devenu explosif. La population immigrée représente 12,1 % des habitants de Nantes, soit 39.229 personnes en 2022 - un taux supérieur à la moyenne nationale (10,3 %).
Mais au-delà des chiffres, la municipalité assume une politique structurée d’accueil et d’accompagnement des migrants depuis douze ans. La métropole met en avant un dispositif d’orientation et de soutien via un réseau associatif et des services dédiés, avec un accompagnement sur les démarches administratives, l’accès aux droits, la santé, l’hébergement, l’apprentissage du français et l’insertion. Une stratégie revendiquée comme une politique de solidarités.
C’est sur ce terrain que l’opposition veut faire basculer l’élection, en liant immigration, occupation de l’espace public et sentiment d’abandon. Interrogé par BV, Foulques Chombart de Lauwe, candidat de la droite et du centre, attaque frontalement : « On a 60 camps, on a 60 bidonvilles autour de la ville. » Thierry Calot, responsable Reconquête à Nantes, dans un entretien accordé à BV, relie ce débat à un symbole local devenu inflammable : « On parle souvent de la place du Commerce et, donc, constamment des migrants qui sont là, qui sont désœuvrés. »
Narcotrafic : une économie parallèle qui s’installe
Ce qui inquiète, c’est moins une mauvaise passe qu’une impression de système : trafics, points de deal, violences d’intimidation, emprise sur certains quartiers. Thierry Calot décrit une ville où le narcotrafic ne se cache même plus : « 23 supermarchés de la drogue identifiés rien que sur la ville de Nantes. »
Et l’emprise ne s’arrête pas aux rues : « 164 halls d’immeubles perturbés par des incivilités et des trafics, dont plus d’une cinquantaine dédiés spécifiquement aux stupéfiants. »
Dans le quartier de Pirmil, à Nantes, des riverains présents lors d’une réunion de tranquillité publique ont confié leur exaspération face à la dégradation du cadre de vie, soulignant que « ça fait dix ans que le quartier se dégrade », entre coups de feu, rodéos et trafic de drogues.
Finances : la dette gonfle, la marge de manœuvre se réduit
Mais une ville ne se gouverne pas seulement avec des discours : elle se gouverne avec des moyens. Et sur ce point, l’addition est lourde. Selon les données officielles des finances locales, la dette de la ville de Nantes est passée de 181 millions d’euros, en 2014, à 322 millions d’euros, en 2024, soit 141 millions de plus en dix ans. Une trajectoire qui alimente une critique politique classique mais efficace : comment promettre plus de sécurité, plus de tranquillité publique, plus de services, quand la dette se tend et que la ville perd de la souplesse budgétaire ?
Entre débats idéologiques et urgences du quotidien
Dans ce climat, la campagne prend des airs de jugement. Le candidat de droite ne s’en cache pas : « Je veux virer Johanna Rolland parce que je pense que tant qu’elle est là, ça n’ira pas mieux. » Il accuse la majorité de préférer les débats idéologiques aux urgences du quotidien : « Les Nantais ne veulent pas un maire avec des lubies autour de la ville non sexiste, alors que les femmes ne peuvent même pas se promener le soir place du Commerce. »
On peut rappeler ici deux épisodes qui illustrent cette dérive : en octobre 2023, une subvention de 2.000 euros accordée à France Palestine Solidarité 44 a suscité des critiques pour des prises de position jugées trop politiques ; en février 2022, une affiche municipale célébrant le Mois de la Femme avec une femme voilée avait déclenché une polémique autour de la laïcité. Contactée par courriel par BV, la mairie de Nantes n'a pas souhaité répondre à nos sollicitations.
Dans la même idéologie progressiste, le candidat LFI, William Aucant, a promis de déboulonner la statue de Louis XVI, érigée place Maréchal-Foch, au profit d’une figure républicaine comme Marianne, jugeant l’effigie du roi incompatible avec les valeurs contemporaines de la République.
Nantes, un avertissement pour les grandes villes
Après douze ans de mandat Rolland, Nantes n’est plus seulement une ville qui débat : c’est une ville qui doute. Délinquance élevée, narcotrafic qui s’installe, campements qui se multiplient, dette qui enfle : la promesse d’une métropole apaisée se heurte à un quotidien de plus en plus tendu.
Et ce qui se joue à Nantes dépasse désormais les frontières de la Loire-Atlantique. Car le même cocktail explosif, entre insécurité du quotidien, tensions migratoires, finances sous pression et crispations idéologiques, se retrouve dans d’autres grandes villes gouvernées par les socialistes ou les écologistes, de Grenoble à Bordeaux, de Paris à Lyon, jusqu’à Marseille. En 2026, les Nantais ne voteront pas seulement pour une équipe : ils voteront pour savoir si leur ville peut redevenir une métropole sûre, maîtrisée et vivable.