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Discrimination : SOS Racisme charge les agents immobiliers, Aurore Bergé les achève !

© European Union, via Wikimedia Commons
© European Union, via Wikimedia Commons
« À louer », mais pas à n’importe qui… Selon un rapport de SOS Racisme, 48 % des agences immobilières de France accèdent aux demandes discriminatoires des propriétaires. Pour obtenir ce chiffre, l’association a testé 198 agences. Le Parisien, qui se fait l’écho de cette étude, précise : « Dans le détail, 48 agences (24 %) ont accepté de filtrer elles-mêmes en fonction de la couleur de peau, et 48 autres (24 %) de laisser le propriétaire faire le tri des candidatures lui-même. Soit 96 qui contournent la loi interdisant de choisir un locataire selon ses origines. À l’inverse, 102 (51 %) ont refusé une telle demande. »

En réalité, donc, sur l’ensemble des agences contactées, seules 24 % ont accepté la condition du propriétaire de sélectionner des profils « de type européen » et, dans tous les cas, les commerciaux ont rappelé à l’interlocuteur que la démarche était illégale, comme le confirme Dominique Sopo, le président de SOS Racisme : « C’est pire qu’une méconnaissance de la loi, car à chacun de nos appels, l’agent a d’abord rappelé le cadre légal interdisant toute discrimination… avant de dire qu’il était prêt à ne pas le respecter. »

Une lecture orientée

Il n’en fallait pas plus à Aurore Bergé, ministre délégué aux Discriminations, pour s’emparer du problème. Elle a annoncé dans les colonnes du Parisien : « Dans les toutes prochaines semaines, avec le ministre du Logement [Vincent Jeanbrun, NDLR], nous allons signer un décret rendant obligatoire une formation sur le sujet des discriminations pour tous les agents immobiliers. »

Branle-bas de combat au gouvernement pour une étude réalisée sur une poignée d’agences pour lesquelles les critères de sélection n’ont pas été dévoilés – malgré les demandes de BV – et alors qu’il y a en France plus de 100.000 agents immobiliers. Des commerciaux qui, d’après SOS Racisme, connaissent plutôt bien la loi. Loin de nous l’idée de minimiser la discrimination dans le secteur du logement, mais la sortie d’Aurore Bergé semble quelque peu disproportionnée, voire opportuniste.

Contacté par BV, Laurent, un agent immobilier marseillais, s'agace : « C’est trop facile de s’en prendre aux agents immobiliers alors que le problème vient des propriétaires. Cette dame n’a aucune idée de ce qu’est notre métier. Nous ne sommes pas décisionnaires. Si un propriétaire ne veut pas de tel ou tel locataire, il ne signe pas le bail. Lui faire la morale ne changera rien. » Il indique, en outre, que la plupart des demandes de ce type « sont motivées par de mauvaises expériences passées » et qu’il est, dans ce cas, très difficile de « faire entendre raison aux propriétaires ».

Une formation inutile ?

Un autre se demande ce que va changer une formation alors que, de fait, « choisir, c’est discriminer ». Selon lui, quels que soient les critères, « à partir du moment où il y a une sélection, il y a de la discrimination ». Il pousse son analyse plus loin : « Il ne faut pas oublier que le marché de la location est extrêmement tendu : il y a beaucoup de demandes. Or, en France, les lois protègent mal les propriétaires. C’est aussi et surtout parce que les bailleurs ont peur d’avoir des locataires mauvais payeurs ou irrespectueux et de ne pas pouvoir les expulser qu’ils deviennent méfiants. » Il conclut : « À mon avis, si les règles en matière d’impayés, de squat, de renouvellement de bail ou encore de reprise étaient plus à l’avantage du propriétaire ou, au moins, plus équilibrées, on ne serait pas en train d’imposer des formations en éducation civique aux agents immobiliers pour qu’eux-mêmes sermonnent leurs clients. »

Le gouvernement serait-il en train de prendre le problème par le mauvais bout ? Comme souvent, il s’intéresse aux conséquences sans s’attarder sur les causes. Pire : dans le cas présent, Aurore Bergé s’est jetée sur un testing réalisé par une association militante et qui en dit trop peu sur sa méthode d’échantillonnage. Encore une fois, ce n’est pas sérieux.

Sarah-Louise Guille

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