
Les syndicats de police manifestent aujourd’hui pour dénoncer les conditions déplorables dans lesquelles ils exercent leur métier. Ils appellent la population à les soutenir. Mais un retour en arrière de quelques épisodes s’impose pour remettre les choses en perspective. Lorsque les agriculteurs ont crié leur détresse, quelle fut la réaction des forces de l’ordre ? Elles ont foncé, matraqué, fières de faire respecter les lois de cette République qu’elles disent défendre avec ferveur. Et voilà que soudain, elles découvrent que cette même République n’est ni aussi généreuse ni aussi reconnaissante qu’elles le pensaient. Pourtant, elles n’ont pas hésité à frapper, jusqu’à mettre en joue un paysan dans son tracteur.
On invoque les ordres, toujours les ordres. Certes, les policiers travaillent dans des conditions difficiles. Mais qu’ils se rassurent : contrairement aux agriculteurs dont la vie a basculé, détruite parfois avec leur concours, eux continueront à percevoir un salaire. Ils dénoncent des locaux vétustes, des bureaux mal chauffés et ils ont raison. Mais que dire des exploitations où ils sont allés protéger l’abattage des troupeaux, arrêter des travailleurs de la terre dont le seul tort était de crier leur désespoir, leur incompréhension face à une situation ou l’absurde gouvernait en lieu et place du bon sens ? Il ne peut y avoir de soutien aveugle envers une profession qui se place systématiquement derrière le pouvoir sans interroger sa légitimité, oubliant même les termes de sa mission : veiller à la sécurité de la nation et des citoyens et non assurer la survie d’un pouvoir contesté par une large majorité.
Comment comprendre que ceux qui, hier encore, frappaient un peuple venu implorer compassion et soutien, se retournent aujourd’hui vers lui pour désigner ce même pouvoir comme responsable de leur misère ? Un peu de dignité, un peu de logique : on ne peut pas contribuer au maintien d’un pouvoir rejeté, devenu de fait illégitime et, dans le même temps, l’accuser lorsque la situation devient insupportable. C’est exactement ce que les agriculteurs énonçaient. Ils demandaient du soutien pour ceux qui assurent l’indépendance alimentaire du pays, sans laquelle une nation ne peut tenir debout. Leur appel a été ignoré, pire réprimé sans hésitation. Ce que demandaient aussi les Gilets-Jaunes, les non-vaccinés, les professions de santé et tant d’autres qui furent facilement matraqués… on se demande aujourd’hui, si leur regard a changé, s’ils considèrent toujours que le pouvoir en place mérite un tel dévouement et s’ils sentent qu’ils ont souvent été du mauvais côté de l’histoire. Au moment où l’une de leurs directrices générales s’est vue relevée de ses fonctions pour avoir choisi de ne pas faire cogner sur les agriculteurs.
Depuis le Covid, ses chasses à l’homme et ses excès de zèle, la Police n’est plus perçue forcément comme protectrice et des lois scélérates, comme celle de la possibilité de squatter des biens privés, ont conduit à ce que la Police ne protège pas la population, mais les délinquants. Ces délinquants qui bénéficient de tous les droits et qui n’ont pas intérêt à être abîmés lors d’une arrestation… ce pouvoir que les policiers contribuent à protéger y veille de près. A un moment, il faudra sans doute choisir le bon côté de l’histoire, rester à la protection du peuple ou devenir la milice d’un pouvoir aux abois qui aura besoin d’eux pour contenir un peuple dont ils ne demandent la reconnaissance que lorsque leurs propres intérêts vacillent. Sans surprise, le soutien populaire n’est pas là. Même si tout le monde conçoit bien que la condition de policier s’est dégradée, une forme de défiance s’est installée avec ce peuple qui aimerait aimer sa police, mais qui lui reproche désormais ne ne pas choisir le bon côté de l’histoire et de prendre systématiquement le parti d’un pouvoir honni contre celui d’une population désormais en souffrance, qui rase les murs dans ses propres villes, qui est sacrifiée à la violence publique par le pouvoir, qui trouve peu d’écho face aux vols et aux insécurités quotidiennes, mais qui continue à être consciencieusement verbalisée pour de petits excès de vitesse par exemple.
L’armée doit être loyale au peuple, pas à Macron, disait le général Pierre de-Villiers, les policiers aussi. Et alors qu’ils font face au manque de crédit, au mépris du gouvernement, tout en encaissant une forme de rupture d’avec le peuple qui les emploie et les paye, ils ont urgence, de plus en plus, à choisir, certes sous une forme légale, le camp de la nation et de ses habitants, plutôt que celui d’un pouvoir devenu un liquidateur de la nation et de ses habitants.