
(Chronique à lire dans Causeur de février)
Inutile de chercher. L’homme providentiel n’existe pas. Seul le peuple peut encore sauver la France de son déclin. Mais à deux conditions : que la société civile soit consultée, et qu’elle se libère de sa retenue. Une révolution démocratique reste à mener à son terme, en tournant le dos à la gauche perdue. Voilà trente ans que j’observe et décris la décrépitude d’un régime technocratique qui ne cesse de s’éloigner des gens inquiets. Pour ces oubliés, l’heure est venue. Leur exaspération est telle que le Pouvoir redoute d’en appeler aux urnes.
Aucun système politique n’est sans doute tombé si bas : selon les sondages, il ressort que 10% des Français font encore confiance aux partis, 20% aux députés, 11% au chef de l’Etat. Ce dernier est vu comme un « danger pour la démocratie » par 56% des interrogés. Le nouveau monde qui déboule n’est pas seulement celui qui, avec Donald Trump, bouscule les mondialistes à Davos et le droit international au Venezuela ou au Groenland. Le réveil des peuples sonne également le glas des idéologues en place (1).
L’indigence intellectuelle des « élites » est le poison qui a contaminé la nation. Les lanceurs d’alerte, longtemps moqués et isolés, commencent seulement à être rejoints par quelques-uns de leurs détracteurs d’hier. Les retardataires découvrent enfin les failles d’Emmanuel Macron et les dangers de la société ouverte. Pourtant, tout était déjà écrit. Dans le désert conceptuel, LFI est la seule formation qui, avec son Institut La Boétie, a pensé le grand basculement. Cependant, pour Jean-Luc Mélenchon, le pays de demain ne pourra être que multiculturel, métissé, islamisé. Or cette disparition de la France enracinée au profit d’une civilisation « créolisée » reste une construction de l’esprit. En dépit d’une immigration extra-européenne qui s’accélère, trois Français sur quatre sont encore d’origine provinciale. C’est dans ce creuset, auquel se sont adjoints les compatriotes assimilés à la culture d’accueil, que la résistance doit renaître.
La France de Brigitte Bardot n’est pas morte avec son insolente guerrière. L’histoire invite les citoyens à reprendre les choses en mains. L’Iran montre que le temps s’accélère dès lors que la société ne craint plus la peur. La situation française n’est certes pas comparable à la tyrannie islamiste des mollahs. Mais un pouvoir coupé des gens ordinaires est voué à s’effondrer. L’Etat, immobilisé par une caste claquemurée, est dans cette situation. C’est pourquoi il est urgent d’appeler les bonnes volontés à la rescousse, afin de sauver ce qu’il reste de la nation souveraine. C’est d’ailleurs ce que Macron avait promis avant de sombrer dans un anti-populisme de guerre civile et une dérive psychotique de Narcisse esseulé : en 2016, il disait vouloir répondre « au déficit d’adhésion démocratique » en refusant que « tout vienne d’en haut ». Il aura fait l’inverse.
A la droite pantouflarde de penser l’audace de l’alternance. Trop conservateurs s’abstenir. Les réflexions doivent s’ouvrir à une participation des citoyens aux décisions et à une conception collégiale du pouvoir. Reconnaître l’échec de la Ve République et de son présidentialisme ne doit plus être un tabou. Macron l’a démontré : perpétuer un monarque à l’Elysée est une impasse. Reste un préalable : les faillis qui s’accrochent à leurs erreurs ne pourront que les reproduire ; leur départ est une nécessité. D’autres élites, à l’écoute du Parti du Peuple, sont appelées à les remplacer. Mais il faut faire vite. Il reste un an.
(1) De l’auteur, La Révolution des oubliés, Fayard (sortie le 4 février)
https://blogrioufol.com/le-peuple-oublie-est-lhomme-providentiel-attendu/