
Aux Etats-Unis, un tribunal de l’État de New York a condamné vendredi un psychologue et un chirurgien esthétique pour faute professionnelle, à la suite de la plainte d’une jeune femme regrettant sa mastectomie, subie à l’âge de 16 ans.
C’est un jugement inédit, qui pourrait faire date aux États-Unis et même au-delà.
La victime avait porté plainte en 2023 contre son psychologue ainsi que le chirurgien esthétique, pour ne s’être pas suffisamment assurés qu’elle avait consenti de façon éclairée à cette opération d’ablation de la poitrine. Le tribunal lui a accordé 2 millions de dollars de dommages et intérêts.
Aux côtés de sa mère, la jeune femme aujourd’hui âgée de 22 ans a témoigné devant le tribunal de son histoire tumultueuse et des difficultés qu’elle a connues dans l’acceptation de sa puberté et de son identité féminine. Son récit est celui d’une petite fille puis d’une adolescente dont le mal-être n’a cessé de croître tout au long de l’enfance : ses parents se sont séparés quand elle avait 7 ans, puis se sont disputé sa garde pendant trois années supplémentaires, avant qu’elle et sa mère ne coupent les liens avec le père. Isabella Varian souffrait de problèmes psychiques, notamment d’anxiété et de phobie sociale, avant d’être diagnostiquée d’un trouble du spectre autistique. On l’a changée d’école à plusieurs reprises. Elle est devenue anorexique, avait du mal à accepter l’image renvoyée par son corps. Là-dessus, sont arrivées ses premières règles, et avec elles un changement brutal dans la perception qu’elle avait d’elle-même au seuil de l’adolescence. Les échanges avec son psychologue portent sur son identité de genre, et finissent par la convaincre qu’elle est née dans le mauvais corps, qu’elle n’est sûrement pas une femme.
Vers l’âge de 15 ans, la jeune fille a décidé de ne plus se faire appeler Isabella mais Gabriel, un prénom volontairement androgyne, puis s’est coupé les cheveux et a commencé à se bander la poitrine alors que ses seins commençaient à apparaître. Puis elle a opté pour le prénom Rowan, et a déclaré à son entourage qu’elle était transgenre. Elle a commencé alors une transition sociale : autour d’elle, il faudrait désormais la considérer comme un garçon, s’adresser à elle en employant des pronoms masculins.
En décembre 2019, près d’un an après le début de cette transition publique, la jeune fille a été opérée par le Dr Chin qui a pratiqué sur elle une mastectomie, une opération mammaire visant à retirer la poitrine d’une femme, plus couramment pratiquée dans le traitement du cancer du sein. Aux États-Unis comme en France, le nombre d’enfants trans ayant subi une mastectomie a été multiplié par 10 au cours des dernières années ; au moins 776 adolescents américains âgés de 13 à 17 ans ont subi cette opération entre 2019 et 2021, selon un décompte repris par Reuters et fondé sur l’analyse des données de l’assurance maladie.
Pour expliquer aujourd’hui le choix qu’elle a fait à l’époque, la jeune femme, âgée de 22 ans et qui se fait à présent appeler Fox, explique à la barre du tribunal :
«Je ne me sentais plus en sécurité en tant que femme. […] Je crois que le fait d’être perçue comme une femme me dérangeait, non pas parce que j’étais un homme, mais parce que je ne voulais pas qu’on me voie comme une femme.» «Je pense qu’il y a une différence entre vouloir être un homme, et ne pas vouloir être une femme, ne pas vouloir affronter tout ce que cela implique.»
Elle regrette dorénavant une opération dont les conséquences sont par nature en partie irréversibles. Sa «détransition» a commencé trois ans après sa mastectomie.
Le Dr Einhorn, le psychologue qui avait accompagné Fox Varian tout au long de son parcours de transition et avait donné son assentiment à cette opération, a reconnu devant le tribunal éprouver de la «honte» en raison de sa «faute professionnelle» après le témoignage de la jeune femme, au contraire du Dr Chin.