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Municipales : la gauche face à l’épuisement de son logiciel

Municipales : la gauche face à l’épuisement de son logiciel

La séquence médiatique ouverte à l’approche des élections municipales par Libération et Le Monde autour des candidats du Rassemblement national ne relève pas d’un simple travail d’enquête journalistique. Elle constitue en elle-même un fait politique révélateur. Les articles de Nicolas Massol dans Libération et de Clément Guillou dans Le Monde donnent à voir, bien au-delà des cas qu’ils prétendent documenter, l’impasse stratégique dans laquelle se trouve aujourd’hui la gauche médiatique face à la recomposition électorale en cours. Le point commun de ces deux journaux réside dans le choix assumé d’un angle ad hominem. Les programmes municipaux sont relégués à l’arrière-plan, les dynamiques territoriales à peine esquissées. En revanche, des moyens considérables sont mobilisés pour exhumer des propos anciens, des publications sur les réseaux sociaux, des photographies ou des gestes jugés incompatibles avec le périmètre moral défini par la gauche. Le terme de « brebis galeuses », repris et martelé, opère une naturalisation du soupçon, suggérant que le problème ne serait ni conjoncturel ni circonstanciel, mais constitutif du corps militant et électoral du RN. Cette stratégie discursive traduit moins une volonté de compréhension qu’un réflexe de disqualification. Elle vise à maintenir une frontière morale alors même que la frontière politique a cessé de fonctionner.

Balbino Katz

Nord de la France, une bipolarisation territoriale assumée

Cette posture médiatique s’inscrit dans un contexte de transformation profonde du vote populaire, transformation que la presse régionale documente depuis plusieurs années sans toujours en tirer les conséquences. Dans le nord de la France, La Voix du Nord décrit avec une régularité presque mécanique le sentiment d’abandon, la colère sourde et la peur du déclassement qui traversent les zones pavillonnaires, les petites communes désindustrialisées et les périphéries urbaines. C’est précisément dans ces espaces que le Rassemblement national consolide son implantation municipale.

Parallèlement, un autre phénomène, plus discret mais tout aussi structurant, se développe. La France insoumise déploie une stratégie inverse et complémentaire. Là où le RN capte un électorat populaire autochtone en crise identitaire, LFI parie explicitement sur le vote des minorités dans des communes profondément transformées démographiquement. À Roubaix, Tourcoing, Lille-Sud, Denain, Creil ou dans certains quartiers de Valenciennes, la mobilisation politique repose moins sur des enjeux de gestion municipale que sur des logiques de reconnaissance, de protection symbolique et de conflictualité mémorielle.

Cette bipolarisation territoriale confirme les analyses de Christophe Guilluy et de Jérôme Fourquet. Le clivage gauche-droite a cédé la place à une opposition anthropologique entre territoires, modes de vie et systèmes de valeurs incompatibles. Dans ce contexte, les partis traditionnels apparaissent structurellement disqualifiés, incapables d’arbitrer entre ces deux France qui ne se parlent plus.

Paris, laboratoire de la droite hors RN

Le cas parisien mérite une attention particulière, car il dépasse largement l’enjeu municipal. La capitale fonctionne comme un laboratoire politique, où s’expérimente une recomposition plus large de la droite non RN. Dans un paysage fragmenté, marqué par l’usure du macronisme et l’effacement des Républicains, la candidature de Sarah Knafo constitue un test stratégique majeur.

Si cette candidature parvient à dépasser nettement le seuil des 10 %, elle ne se réduira pas à un succès symbolique. Elle désignera Sarah Knafo comme la figure disposant du plus fort potentiel de rassemblement pour une droite identitaire, souverainiste et non inféodée au Rassemblement national. Paris deviendrait alors le point d’ancrage d’un pôle alternatif, capable de fédérer des électorats aujourd’hui dispersés entre abstention, vote utile ou résignation.

Cette hypothèse éclaire une possible recomposition nationale. À terme, un premier tour présidentiel pourrait voir s’affronter cinq blocs de force comparable, un candidat RN, un pôle Reconquête élargi à ce qu’il restera des Républicains, un centre macronien résiduel, un bloc socialiste écologiste et une France insoumise autonome. Une configuration inédite, marquant non un retour au pluralisme démocratique classique, mais l’installation durable d’un pluralisme conflictuel.

Dans ce cadre, les offensives morales de la presse de gauche apparaissent pour ce qu’elles sont, les derniers réflexes d’un logiciel politique épuisé. Comme l’a souvent souligné Alain de Benoist, la crise actuelle n’est pas celle d’un parti, mais celle de la représentation. Les municipales à venir pourraient bien en offrir une démonstration supplémentaire, à l’échelle locale, avant que la fracture ne s’impose au niveau national.

Au fond, ce que révèlent simultanément la panique morale de la gauche médiatique, la bipolarisation électorale du Nord et les recompositions en cours à Paris, ce n’est pas une simple crise politique, mais une crise de civilisation. La France n’est plus travaillée par un conflit de programmes ou d’intérêts, mais par une divergence profonde de représentations du monde, du temps et de l’héritage. La gauche persiste à raisonner dans les catégories d’une société homogène qui n’existe plus, tandis que les nouvelles forces politiques émergent sur des bases anthropologiques, identitaires ou communautaires assumées. Comme l’avait pressenti Oswald Spengler, lorsque les formes politiques cessent de correspondre à la réalité humaine qu’elles prétendent gouverner, elles se rigidifient, se moralisent et finissent par se retourner contre le réel. Les municipales à venir ne trancheront sans doute rien définitivement. Elles signaleront toutefois, à bas bruit, l’entrée de la France dans un âge post-républicain, où la question centrale ne sera plus celle de l’alternance, mais celle de la coexistence, ou de l’affrontement, entre des mondes désormais irréconciliables.

Balbino Katz

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