En 2025, le nombre total de défaillances d’entreprises en France a atteint 68 500, un niveau record. Parmi ces défaillances, le secteur industriel pèse de plus en plus lourd, avec 1 185 défaillances spécifiques à l’industrie (dont l’industrie manufacturière est particulièrement touchée, en hausse de 6,4 % sur l’année).
En 2024, la France a enregistré 66 000 défaillances d’entreprises (tous secteurs), un niveau très supérieur à la moyenne des années précédentes. Les petites entreprises (PE) et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) ont été particulièrement touchées, avec une hausse de 60 % des défaillances par rapport à la moyenne pré-crise (2017-2019).
Entre 2017 et 2024, le nombre de défaillances a connu une augmentation progressive, avec une accélération marquée à partir de 2022, en lien avec la fin des aides d’urgence post-Covid et la dégradation de la conjoncture économique.
Les défaillances dans l’industrie manufacturière ont augmenté plus vite que la moyenne, notamment dans des secteurs comme la mécanique industrielle (+68 %) ou la fabrication de vêtements (+20 %).
Les procédures collectives d’entreprises industrielles de plus de 50 salariés ont bondi de 75 % entre 2024 et 2025, confirmant une diffusion des défaillances vers des structures de plus grande taille.
Derrière ces chiffres sur la désindustrialisation de notre pays, se cachent des disparités sectorielles criantes : certains domaines, comme l’énergie ou l’aéronautique, résistent et même progressent, tandis que d’autres, à l’image de l’automobile ou de la métallurgie, s’enfoncent dans un déclin continu.
La France ne produit plus que 38 % de ce qu’elle consomme
La désindustrialisation n’est pas un phénomène nouveau en France. Depuis les années 1980, le pays a vu son tissu industriel se réduire comme peau de chagrin, sous l’effet conjugué de la mondialisation, de la concurrence asiatique, et d’un manque d’investissements structurels. En 2025, la situation semble atteindre un point critique : la France ne produit plus que 38 % de ce qu’elle consomme, un niveau historiquement bas. Ce chiffre, qualifié de « miracle » par certains économistes, est en réalité le symptôme d’une dépendance accrue aux importations, et d’une économie qui peine à se réinventer.
Pourtant, derrière ce constat global se dessinent des réalités sectorielles très différentes. Le secteur de l’énergie, porté par la transition écologique et les investissements massifs dans les énergies renouvelables, affiche une dynamique positive. Les usines de panneaux solaires, d’éoliennes, ou encore de batteries pour véhicules électriques se multiplient, attirant des capitaux étrangers et créant des emplois qualifiés. De même, l’aéronautique, fleuron historique de l’industrie française, résiste grâce à des commandes solides et à une innovation constante. Airbus, Safran et Dassault Aviation continuent de tirer leur épingle du jeu sur la scène internationale.
À l’inverse, l’automobile et la métallurgie, deux piliers traditionnels de l’industrie française, subissent des revers cuisants. Les fermetures d’usines se succèdent, notamment dans le Nord et l’Est de la France, des régions déjà fragilisées par des décennies de déclin industriel. La concurrence des pays à bas coûts, l’automatisation croissante, et la baisse de la demande pour certains produits traditionnels accélèrent cette hémorragie. Les plans sociaux se multiplient, et les bassins d’emploi historiques, comme ceux de la vallée de la Seine ou de la Lorraine, sont en proie à un chômage endémique.
Un coût du travail exorbitant
Plusieurs facteurs expliquent cette désindustrialisation persistante. D’abord, la France souffre d’un coût du travail élevé, comparé à ses voisins européens ou aux pays émergents. Malgré les efforts pour réduire les charges sociales, les entreprises peinent à rivaliser avec des pays où la main-d’œuvre est bien moins chère. Ensuite, l’insuffisance des investissements dans la modernisation des usines et dans la recherche et développement (R&D) a creusé l’écart avec des pays comme l’Allemagne ou les États-Unis, où l’industrie 4.0 est déjà une réalité.
Un autre problème majeur réside dans la complexité administrative et fiscale française. Les entrepreneurs et industriels dénoncent régulièrement un environnement réglementaire étouffant, qui décourage l’innovation et ralentit les projets d’expansion. Enfin, la dépendance aux importations s’est accrue au fil des ans, fragilisant la souveraineté industrielle du pays. La crise du COVID-19, puis les tensions géopolitiques liées à la guerre en Ukraine, ont révélé au grand jour cette vulnérabilité, sans pour autant déclencher une prise de conscience suffisante. De nombreux créateurs d’entreprises et cadres supérieurs choisissent le chemin de l’exil.
Les conséquences : chômage, faillites et tensions sociales
Les répercussions de cette désindustrialisation sont déjà visibles. Le chômage, après une période de relative stabilité, repart à la hausse, notamment dans les régions les plus touchées. Les travailleurs peu qualifiés, souvent employés dans les secteurs en déclin, sont les premières victimes de cette restructuration brutale. Les reconversions professionnelles, quand elles sont possibles, s’avèrent difficiles et longues, faute de formations adaptées.
Parallèlement, le nombre de faillites d’entreprises explose. Les PME et ETI, déjà fragilisées par la crise sanitaire, peinent à résister à la pression concurrentielle et à la hausse des coûts de production. Les liquidations judiciaires se multiplient, et les tribunaux de commerce sont submergés. Cette situation alimente un climat de défiance envers les pouvoirs publics, accusés de ne pas assez soutenir l’industrie nationale.
Les tensions sociales, déjà vives, risquent de s’aggraver. Les mouvements de protestation, comme ceux des Gilets jaunes il y a quelques années, pourraient ressurgir sous de nouvelles formes, portés par une colère légitime face à la précarisation croissante. La fracture territoriale, entre des métropoles dynamiques et des zones rurales ou périurbaines en déclin, se creuse un peu plus chaque jour.
Quelles solutions pour enrayer le déclin ?
Face à ce constat alarmant, des pistes existent pour redonner un souffle à l’industrie française. D’abord, relocaliser certaines productions stratégiques : médicaments, équipements électroniques, ou encore matériaux critiques. La crise sanitaire a montré l’urgence de réduire la dépendance aux importations pour certains biens essentiels. Ensuite, investir massivement dans l’innovation et la formation : robotique, intelligence artificielle. La France dispose d’atouts majeurs en matière de recherche, mais peine à les transformer en succès industriels. Alors que le patronat français a misé depuis 50 ans sur le tout immigration, le Japon a quant à lui investi en robotisation. Une option gagnant-gagnant : un outil industriel de pointe et un pacte social fondé sur une homogénéité ethnique. Le Japon ne connait pas les joies des émeutes raciales qui ont fait dire en 2023 à Thibault de Montbrial que « le pronostic vital de la France est désormais engagé ».
Un autre levier consiste à simplifier l’environnement des entreprises, en réduisant les lourdeurs administratives et en allégeant la fiscalité pour les investisseurs. Enfin, repenser la politique industrielle : plutôt que de subventionner à tout-va, il s’agit de cibler les secteurs porteurs et de favoriser les partenariats public-privé. L’État doit jouer un rôle de facilitateur, et non de simple pourvoyeur de fonds.
Enfin, la France ne peut se permettre de dévaloriser l’apprentissage des mathématiques, une discipline essentielle pour former les ingénieurs dont notre pays a le plus urgent besoin. Le PDG de Safran a récemment sonné l’alerte devant le Sénat : la baisse progressive du niveau en mathématiques des élèves français représente une « bombe à retardement » pour l’économie et l’industrie du pays. Parallèlement à une immigration devenue hors de contrôle, l’effondrement de notre pays dans l’éducation de ses jeunes générations est aussi la marque de sa tiers-mondisation.
Henri Dubost
https://ripostelaique.com/lindustrie-francaise-pour-qui-sonne-le-glas/