
Avant 10 ans « La richesse d’un Polonais devrait être supérieure à celle d’un Français »1. L’image du plombier polonais2 qui devait venir en France prendre le boulot de l’artisan français est à mettre aux oubliettes. L’image risque de s’inverser ?
Depuis 2022, la richesse par habitant en SPA (PIB/population, calculé en parité de pouvoir d’achat) de notre pays est désormais inférieure à la moyenne européenne. Une Première depuis la création de l’Union européenne, le 1er novembre 1993.
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PIB/habitant en SPA |
2021 |
2022 |
2023 |
2024 |
Delta 2024/2021 |
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Moyenne de l’U.E |
33 200 € |
36 000 € |
38 100 € |
39 700 € |
+1,20 % |
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France |
34 600 € |
35 100 € |
37 800 € |
39 100 € |
+1,13 % |
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Pologne |
26 200 € |
28 100 € |
29 600 € |
31 700 € |
+1,21 % |
Chiffres d’Eurostat (lien).
Avec seulement 39 100 euros par habitant, en 2024, nous sommes désormais derrière : le Luxembourg, l’Irlande, les Pays-Bas, le Danemark, la Belgique, l’Autriche, l’Allemagne, la Suède, Malte et la Finlande. Juste devant l’Italie, Chypre, l’Espagne, la Tchéquie et la Slovénie… qui nous talonnent. Dans 10 ans, ce classement devrait être bouleversé, à notre détriment, si rien ne change en notre faveur.
Comment en est-on arrivé là, en quelques années ?
Déjà en 2022 nous avions tiré la sonnette d’alarme dans notre article : « France 2022 : la maison brûle et ils regardent ailleurs ».
Les causes sont multifactorielles. Beaucoup de ces causes sont bien connues d’une grande partie de la population, même celle n’ayant pas une expertise économique, car notre Éducation nationale a toujours fait l’impasse sur l’enseignement de cette matière, pourtant si précieuse pour comprendre ce qui se passe dans le pays.
Voyons ensemble quelques-unes de ces causes :
1° Notre chômage, toujours endémique, ne permet pas à la France de faire travailler un maximum de personnes, donc de produire plus de richesse, c'est-à-dire de PIB.
2° Bien que notre productivité par emploi, soit bonne et parfois supérieure à celles de beaucoup de pays voisins, le fait que notre taux d’emploi3 soit l’un des plus faibles de l’Union européenne, pénalise mécaniquement la croissance de notre PIB, c'est-à-dire notre création de richesse / habitant.
3° La compétitivité de nos produits est très insuffisante et engendre une balance commerciale endémiquement déficitaire depuis des décennies. Ce déficit pénalise notre PIB de plusieurs dizaines de milliards d’euros, chaque année. Parfois quelque 163 milliards d’euros (2022) utilisés à produire de la richesse… dans les pays étrangers. Pays qui nous vendent les marchandises dont nous avons besoin et que nous ne produisons pas ou plus.
4° Une trop grande partie de la richesse produite en France est utilisée, non pas pour investir / innover, mais pour financer notre dette. Les seuls intérêts de cette dette nous ont coûté 50 milliards d’euros, en 2024. Et cela va s’aggraver : 75 milliards attendus en 2030.
5° Notre pays est sorti de la pandémie du Covid-19, moins vite que la plupart des pays de l’Union européenne.
6° Notre fiscalité sur le travail est beaucoup plus lourde qu’ailleurs. Et, bien qu’elle bénéficie à notre modèle de protection sociale, elle est de plus en plus critiquée. « … on dépense un pognon de dingues… » pour un résultat médiocre ! Dans cet esprit, le proverbe : « Qui trop embrasse, mal étreint ! » doit nous pousser à nous remettre en question.
7° Et puis, notre Éducation nationale est en panne depuis plusieurs décennies. Pourtant, nous dépensons, là encore, plus que nos voisins !
Dans le PISA 2022 : on baisse de 21 points en maths, en lecture, nous sommes au-dessous de la moyenne de l’OCDE. Dans le classement PIRLS, pour la lecture des enfants de 4ème, nous sommes 32éme sur 33.
Les enfants de France sont-ils moins intelligents que leurs voisins européens ? Non, bien sûr ! Alors, comment se fait-il que nous soyons à la traîne dans tous les classements européens et mondiaux ?
Si l’intelligence de nos enfants n’est, évidemment, pas en cause : où est l’erreur ?
Le métier d’enseignement a évidemment profondément changé. A-t-il changé dans le bon sens ?
Autre élément de réflexion : en 2023, nous avons formé 46 500 ingénieurs. La Pologne, avec une population presque 2 fois moins importante, en a formé quelque 70 000. Où est l’erreur ?
Notre constat général pose de nombreuses questions et nos handicaps risquent de s’accroître encore.
Si nous devions sonner le tocsin sur une des causes majeures de notre déclin, ce serait celle de notre Éducation nationale.
Quand on laisse un système scolaire se déliter année après année, on finit toujours par le payer en PIB, en emplois, en dette… en cohésion sociale, in fine, en dignité !
Sans réaction de notre part, notre déclin va se poursuivre et c’est le plombier français qui risque d’aller piquer le boulot de l’artisan polonais ou d’un autre pays de l’Union européenne.
Crédit photo : lien.
1 : lien.
2 : lien.
3 : le taux d’emploi en France est en 2024 de 69% ; en Pologne à 72.5% ; en Allemagne à 77.5% ; au Pays-Bas 82% (lien). Si nous avions le taux de la Pologne, de l’Allemagne ou des Pays-Bas, un grand nombre de nos problèmes seraient réglés, malgré l’insuffisance de notre Éducation nationale.
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/richesse-par-habitant-la-france-266561