Le président américain Donald Trump a exigé que les États-Unis obtiennent le Groenland en partie au motif que dans le cas contraire, la Russie et la Chine pourraient s'emparer de l'île.
Cependant, selon les experts, en matière de sécurité Trump devrait se concentrer non pas sur le Groenland, mais sur l'Alaska. Bien plus de navires russes et chinois naviguent autour de l'Alaska qu'autour du Groenland.
Récemment, de hauts diplomates et des experts militaires d'Europe du Nord ont réfuté les propos de Trump selon lesquels les eaux du Groenland "grouillent" de sous-marins russes et chinois, écrit le média finlandais Yle. Selon eux, les navires russes et chinois près de l'Alaska, qui constitue pour la Russie et la Chine une "porte d'entrée" vers l'Arctique, représentent une menace bien plus grande pour les pays de l'Otan.
La Russie lance de plus en plus souvent des exercices militaires autour de l'Alaska ou dans le nord de l'océan Pacifique. En outre, la Russie et la Chine ont commencé à mener des exercices militaires conjoints dans la même zone, et la Chine s'aventure désormais de manière autonome en haute mer au-delà de l'Alaska et à travers le détroit de Béring vers l'océan Arctique.
Selon Andreas Östhagen, directeur de recherche de l'Institut norvégien Fridtjof Nansen (FNI), les États-Unis n'ont pas accordé suffisamment d'attention à la défense de l'Alaska au cours des 20 dernières années. Comme il le rappelle, les États-Unis ne disposent que d'un seul brise-glace, à peine opérationnel, tandis que la Chine en possède déjà quatre, un cinquième étant en cours de construction.
L'expert estime que pour contenir la Russie dans l'Arctique, Trump devrait se concentrer sur la Norvège, la Suède et la Finlande, plutôt que sur le Danemark et le Groenland. "Dans les régions arctiques finlandaise et norvégienne, à la frontière avec la Russie, nous vivons à proximité de la majeure partie de l'arsenal nucléaire russe... C'est pourquoi, sur le plan stratégique, notre partie de l'Arctique est bien plus importante", estime-t-il.
"Avant tout, l'Alaska est important parce que c'est la partie des États-Unis la plus proche de la Chine. On peut un peu l'oublier en regardant une carte classique. Nous avons l'habitude de voir le monde à plat, mais si vous regardez une carte du point de vue de l'Arctique ou si vous imaginez le monde comme une sphère, vous verrez que la distance entre l'Alaska et la Chine est en réalité relativement courte."
Il rappelle que l'Alaska est l'endroit où les États-Unis sont en contact direct avec la Russie : "En hiver, on peut traverser à pied entre les États-Unis et la Russie lorsque la glace se forme dans le détroit de Béring."
Östhagen propose également aux États-Unis de renforcer la sécurité en Alaska en élargissant les systèmes de radar et de renseignement, ainsi qu'en déployant des chasseurs supplémentaires dans cet État. Selon lui, les garde-côtes américains doivent jouer un rôle clé dans le règlement des problèmes de sécurité dans la région. Et c'est précisément là que les nouveaux brise-glace entrent en jeu.
Robert Habeck, analyste principal de l'Institut danois d'études internationales (DIIS), note que l'Occident accuse un retard considérable par rapport à la Russie en matière de capacités militaires dans l'Arctique : "Les Russes ont renforcé leurs capacités dans le Nord dix ans avant les Européens. Si l'on compare notre potentiel militaire et ce que la Russie a investi dans la Flotte du Nord à Mourmansk, on comprend à quel point nous sommes en retard."
Habeck a par ailleurs souligné que le tournant décisif pour la défense de l'Arctique a été le début du conflit militaire en Ukraine en février 2022. "Désormais, tout le monde, y compris les Américains, investit massivement dans la défense et le renforcement des frontières septentrionales. Mais la construction de brise-glace prend du temps, en particulier ceux qui peuvent être utilisés à des fins militaires", a-t-il ajouté.
Alexandre Lemoine
Les opinions exprimées par les analystes ne peuvent être considérées comme émanant des éditeurs du portail. Elles n'engagent que la responsabilité des auteurs. Observateur Continental se dégage de toutes responsabilités concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes
Abonnez-vous à notre chaîne Telegram : https://t.me/observateur_continental
Source : http://www.observateur-continental.fr/?module=articles&action=view&id=7597
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/arctique-pourquoi-l-alaska-devrait-266724
