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Décidément, le couple germano-allemand est d’une efficacité redoutable !

Capture d'écran
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La prééminence de l’Allemagne en Europe, évoquée par notre ami Vincent Arbarétier, se voit désormais comme le nez au milieu de la figure. Le mythique et quelque peu fantasmé « couple franco-allemand » a laissé place à un couple autrement plus sérieux, certes peut-être moins « sexy », mais solide comme une machine-outil d’outre-Rhin : le couple « germano-allemand » ! En clair, le couple Merz-von der Leyen ! Discret mais efficace. L’avantage est que l’un et l’autre parlent l’allemand – normal ! -, ce qui facilite la communication au sein du couple. Important, la communication au sein du couple. Et la France dans tout ça, comme on se le demande souvent dans ces colonnes ? « S’il te plaît, ma grande - et même si ça ne te plaît pas, d’ailleurs - tu peux aller nous chercher deux cafés, pendant qu’on discute entre gens sérieux ? » Nous poussons le trait mais il y a de ça lorsqu’on essaye d’analyser et de mettre en perspective les propos de nos amis allemands sur la question cruciale de la défense de notre continent européen.

Ça fait tout de même mal à entendre...

Derniers en date : ceux du ministre des Affaires étrangères Johann Wadephul. Avant d’aller plus loin, ouvrons une parenthèse. Johann Wadephul est « Außenminister », ministre des Affaires étrangères. Point. En France, son homologue Jean-Noël Barrot est ministre de l’Europe et des Affaires étrangères. Ça ne vous interpelle pas ? Fermons la parenthèse. Wadephul, interviewé, ce lundi 16 février, sur la radio publique Deutschlandfunk, a estimé que les efforts de la France en matière de défense étaient « insuffisants ». Pas très diplomate pour un Außenminister. Ça fait tout de même mal à entendre quand on sait que le budget consacré à la défense de la France était de 32 milliards en 2017, qu’il sera de 57,1 milliards hors pensions en 2026 (6,7 milliards de plus par rapport à 2025) et que la loi de programmation militaire (LPM) prévoit pour la période 2024-2030 413 milliards d’euros. Certes, une grande partie de cet effort financier (qui devra être suivi d’effets dans la livraison des équipements) consiste à rattraper le retard pris depuis des décennies, mais  cet effort est sans précédent. En même temps, on ne peut pas complètement donner tort à l’Allemand lorsqu’il ajoute que la France devrait tailler dans les dépenses sociales, ce qui permettrait de dégager des marges financières pour, justement, financer notre défense.

Les milliards de la dissuasion nucléaire

Des propos qui, certes appuient là où ça fait mal, mais en même temps vont au-delà des bonnes leçons de gestion que, du reste, Merkel se plaisait déjà naguère à nous donner, alors que son pays n’avait pas les engagements internationaux de la France et n’avait pas à supporter le coût de la dissuasion nucléaire. Deux mots d’ailleurs sur ce coût. En 2023, le directeur général de l’Armement rappelait que la dissuasion nucléaire, pour la période 2019-2023, avait coûté 25 milliards d’euros. Ce n’est pas rien. Or, l’existence de la dissuasion nucléaire française apporte « une contribution forte et essentielle à la sécurité de l’Europe », comme l’affirme noir sur blanc le ministère des Armées. Que l’on sache, la France n’a jamais envoyé de facture à l’Allemagne pour qu’elle paye sa quote-part !

La « souveraineté européenne » gravée dans le marbre ?

Donc, la France n’en fait pas assez. Et pour qui, pour quoi ? Pour la « souveraineté européenne », affirme le ministre allemand qui, on peut l’imaginer, l’Allemagne étant plus la patrie des symphonies que des impromptus, c’est-à-dire des improvisations, n’a sans doute pas dit cela sans être à l’unisson du chancelier Merz. Emmanuel Macron, dit-il, « évoque toujours à juste titre notre aspiration à la souveraineté européenne ». « Notre aspiration » ? On comprend donc que l’inscription à l’agenda européen d’une « souveraineté européenne » est désormais quasiment un fait acquis. Soulignons d’ailleurs que du côté français, cette quasi gravure dans le marbre de ce quasi dogme ne trouve sa légitimité que sur, quasiment, la seule élection d’Emmanuel Macron en 2022… Ce qui, dans le contexte de fin de règne actuel et d’absence de majorité parlementaire, est tout de même assez maigre.

Écoutez bien ce que dit Von der Leyen...

Et de son côté, l’autre membre du couple germano-allemand - j’ai nommé Ursula von der Leyen - a fait une déclaration à la Conférence de Munich qu’il faut mettre en lien avec les propos du ministre des Affaires étrangères allemand. Citons-la. « Je crois que le moment est venu de mettre en œuvre la clause de défense mutuelle de l’Europe. La défense mutuelle n’est pas optionnelle pour l’Union européenne, c’est une obligation prévue par notre propre traité, à l’article 42, paragraphe 7. Pour une bonne raison : c’est notre engagement collectif de nous soutenir mutuellement en cas d’agression. » Là-dessus, il n’y a rien à dire. Demain, l’Allemagne ou la Pologne sont agressées, la France doit leur venir en aide en vertu de cet article 42 que du reste, en 2015, la France avait invoqué lorsqu’elle avait subi les terribles attaques de Daesch sur son territoire. Mais la présidente de la Commission va plus loin. « Mais cet engagement n’a de poids que s’il repose sur la confiance et sur la capacité. » Très bien, encore.

Au nom de l'efficacité... allemande ?

Elle poursuit et c’est là que vous allez tout comprendre : « Nous devons être prêts collectivement, nous devons prendre des décisions plus rapidement et cela peut signifier s’appuyer sur le résultat d’une majorité qualifiée plutôt que sur l’unanimité ». Nous y voilà. À travers ces quelques mots, Ursula von der Leyen dévoile le projet : au nom de l'efficacité (allemande ?), le transfert à terme, avec la suppression de la règle de l'unanimité (c'est-à-dire du droit de veto) à l'Union européenne - en clair, de fait, à l’Allemagne - de la décision la plus régalienne qui soit pour un État. Celle de faire ou de ne pas faire la guerre, celle d’envoyer ou de ne pas envoyer à la mort des soldats. C’est ce qu’elle appelle vouloir « s’affranchir de tous les tabous ». Et la France dans tout ça, une fois encore ? Elle devra contribuer, fournir, payer sa quote-part, consentir à plus d'efforts en matière de défense, mais sa voix ne sera plus souveraine, c'est-à-dire plus libre.

Décidément, le couple germano-allemand est d'une efficacité redoutable. On attend avec de plus en plus d'impatience le discours d'Emmanuel Macron - un Macron démonétisé, tant au plan national qu'à l'international - sur cette question de la défense européenne, prévu pour la fin du mois. Une intervention qui pourrait d'ailleurs être repoussée, dit-on. Ce serait sans doute plus prudent...

Georges Michel

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