Quelques minutes après la dispersion, trois jeunes hommes sont pris pour cible à proximité d’un arrêt de tramway. Le parquet de Bordeaux ouvre rapidement une enquête pour violences aggravées, évoquant notamment la possibilité d’un guet-apens. Aucune interpellation n’a, pour l’heure, été annoncée.
Boulevard Voltaire a pu rencontrer en exclusivité l’un des jeunes agressés. Étudiant en pâtisserie, sans engagement politique, il explique être venu uniquement « pour rendre hommage à Quentin. Sa mort m’avait touché ».
« Ils nous ont sauté dessus »
Après la marche, lui et deux amis prennent le tramway pour rentrer. À leur arrivée à l’arrêt de la Porte de Bourgogne, la scène bascule. « À la sortie du tram, une dizaine d’individus nous attendaient. Dès que les portes se sont ouvertes, ils nous ont directement sauté dessus », décrit-il. Les agresseurs portaient des vêtements sombres, des gants coqués, leurs visages dissimulés. « Ils étaient prêts. Ils étaient là pour se battre ».
L’agression dure plusieurs minutes, dans une violence brutale et désordonnée. « Ça a duré trois à quatre minutes quand même », précise-t-il, avec des coups de poing et de pied. Au milieu des coups, il affirme avoir entendu des cris explicites: « Antifas Bordeaux ». Il n'a guère de doute sur l’identité idéologique du groupe, même si ce point devra être confirmé par l’enquête judiciaire.
Une mécanique de violence déjà vue ailleurs
Le scénario décrit rappelle celui observé dans d’autres villes françaises comme Lyon ou Strasbourg, où des groupes structurés issus de la mouvance antifasciste pratiquent l’affrontement physique comme mode d’action politique. À Lyon, les violences attribuées à des militants radicaux, notamment autour du groupe de la Jeune Garde, ont marqué durablement la vie locale et contribué à installer un climat de confrontation permanente.
C’est dans ce contexte que Quentin Deranque avait trouvé la mort après une agression, illustration tragique d’une spirale où la violence militante franchit parfois un point de non-retour.
Pour le jeune Bordelais agressé, le parallèle s’impose presque naturellement. « On l’a vu avec Quentin, ils peuvent aller jusqu’à la mort. Quand on est par terre face à un groupe, on ne sait pas comment ça peut finir », confie-t-il.
Le choc reste palpable. « Personne n’est prêt à subir une telle violence gratuite », explique-t-il à BV, évoquant désormais une « appréhension » à l’idée de croiser à nouveau ce type de groupe. Il insiste surtout sur un élément : il n’appartient à aucune organisation politique. « Je ne fais pas partie de groupes identitaires ou nationalistes », précise-t-il. Selon lui, l’attaque visait moins des individus précis qu’un symbole. « Dès qu’il y a une ressemblance, ils y vont. Ça crée une peur d’être pris à partie pour rien ».
L’organisateur évoque des méthodes connues
Nous avons également interrogé l’organisateur du rassemblement, militant identitaire de la Bastide Bordelaise, qui affirme avoir anticipé les risques lors de la dispersion. « On connaît les méthodes des antifas. On avait demandé aux participants d’éviter certaines rues et de ne pas se déplacer seuls », explique-t-il.
Selon lui, l’attaque confirme un mode opératoire récurrent. « Ils ont attendu d’être une dizaine pour attaquer trois jeunes qui n’étaient même pas du groupe, seulement venus rendre hommage ». Il évoque également une « impunité » qui encouragerait la répétition de ces violences, nous précisant que l'agression des trois jeunes dans le Tram n'est pas un exemple isolé lors de cette soirée. Il a reçu de nombreux messages de participants, que BV a pu consulter, ayant également eu affaire à des groupes d'antifas avec des violences légères.
Des réactions politiques immédiates
Dans un contexte pré-municipal déjà tendu, l’agression a suscité de fortes réactions. L’eurodéputée RN Julie Rechagneux, candidate aux municipales, dénonce « une violence décomplexée portée par des groupes d’extrême gauche pour qui l’usage de la force physique devient un outil politique », estimant que ces actions visent à intimider les opposants et à restreindre la liberté de rassemblement.
Candidate Reconquête à Bordeaux, Virginie Bonthoux-Tournay évoque « une spirale inquiétante », jugeant que « la diabolisation permanente des adversaires finit par légitimer certains passages à l’acte », tout en rappelant que « la violence politique n’a aucune excuse, quel que soit le camp ».
La question des violences antifas posée
L’enquête devra désormais établir les responsabilités et identifier les auteurs. Mais pour les victimes, une certitude demeure: l’issue aurait pu être bien plus grave. « Quand vous êtes encerclé par une dizaine de personnes, vous ne savez pas si vous allez vous relever », confie le jeune homme agressé à Bordeaux.
Au-delà de cette agression, c’est la montée d’une violence revendiquée par certains groupes antifascistes qui inquiète désormais. Depuis plusieurs années, ces collectifs, comme la Jeune Garde de Raphaël Arnault soutenue par LFI, assument une logique d’affrontement physique présentée comme une forme d’engagement politique, brouillant toujours davantage la frontière entre militantisme et action de rue.
À Lyon, cette mécanique a déjà conduit au pire, avec la mort de Quentin à l’issue d’une agression attribuée à cette mouvance. L’attaque survenue à Bordeaux porte les mêmes marqueurs : action collective, visages dissimulés, cible isolée.
Reste une question, désormais posée bien au-delà du fait divers : jusqu’où ces violences pourront-elles se multiplier avant de provoquer un nouveau drame ?