Le printemps n’est pas encore arrivé qu’on le sait déjà : le déficit de la Sécurité sociale, prévu à 19,4 milliards d’euros dans le dernier budget, dépassera assurément les 20 milliards en 2026. C’est le Haut Conseil du financement de la protection sociale (HCFIPS) qui le disait, fin janvier. La faute aux vilains Français, disent les experts de l’expertise, tous ces inconscients qui creusent le gouffre abyssal de la branche maladie dont le déficit a atteint 17,2 milliards d’euros en 2025, soit une augmentation de 3,4 milliards par rapport à l’année précédente.
La panoplie du trafiquant : fausses cartes Vitale et AME
Lorsqu’il s’est agi de lister les dépenses indues, on a mis tout ce qui concernait le coût de l’immigration sous le tapis : l’AME (une dépense qui pèse sur le budget de l'État, pas de la Sécu, mais c'est toujours Nicolas qui paie) ? Une goutte d’eau dans l’océan. Les malades du bout du monde arrivés pour se faire soigner avec un visa de tourisme ? Rien du tout. Les millions de fausses cartes Vitale en circulation ? Si peu… La liste est longue, et pourtant, il y a un secteur qu’on se garde bien d’aborder : le vol massif de médicaments et les juteux trafics qui en découlent.
On apprend ainsi par la presse régionale qu’a comparu, lundi dernier, devant le tribunal correctionnel de Nice, un trafiquant arrêté alors qu’il tentait de se procurer de l’Ozempic. Il s’agit de ce nouveau médicament destiné à traiter le diabète de type 2, aujourd’hui largement détourné pour perdre du poids. Un trafic qui explose sur Internet et dont le marché – « colossal », nous dit-on – vise particulièrement la Côte d’Azur.
Il s’appelle Fateh A. et vient d’écoper de quinze mois de prison et d’une OQTF dont on sait ce qu’elle vaut... « En situation irrégulière sur le territoire français, vivant dans la précarité à Marseille depuis un an, il effectue la basse besogne des réseaux clandestins », écrit Var-matin. On ne sait pas s'il va faire appel. Muni de fausses ordonnances, établies à partir des carnets volés « émanant de médecins de la cité phocéenne », Fateh A. écumait les pharmacies de la région. Anodine en apparence, l’affaire révèle l’organisation d’une gigantesque escroquerie au tiers payant. En effet, c’est la Sécurité sociale, piégée par les millions de fausses cartes Vitale en circulation, qui règle la facture. Comme l’explique le coprésident du Syndicat général des pharmaciens, « les trafiquants connaissent très bien le fonctionnement de notre système de santé. […] Ils utilisent des personnes qui bénéficient de l’AME. Tout est en papier, on ne peut rien vérifier. »
Vendu 77.60 euros le mg en officine, l’Ozempic est revendu le double au marché noir. Et qu’importent les graves effets secondaires du médicament lorsqu’il est détourné de son usage (pancréatite, lésion du nerf optique), la France obèse est prête à tout pour s’en procurer.
Plus lucratif que la vente de stupéfiants
À deux reprises, en avril 2025, c’est un centre de stockage de Nanterre, fournisseur des hôpitaux parisiens, qui était cambriolé. Montant du vol perpétré dans les locaux de l’Agence générale des équipements et produits de santé (AGEPS) : plus d'un million d’euros. On apprend alors qu’une palette d’anticancéreux avait déjà été volée au même endroit, début 2024, avec un préjudice évalué alors à près de deux millions d’euros. Soit trois millions d’euros en un an seulement et pour cet établissement. Il n’est pas le seul, hélas, à attiser la convoitise des trafiquants pour alimenter un marché dont Interpol dit qu’il est devenu « dix à vingt fois plus lucratif » que la vente de stupéfiants. En 2020, Interpol évaluait le chiffre d’affaires du trafic international de médicaments à 200 milliards de dollars.
Lors des rencontres Convergence santé hôpital (CSP), en octobre dernier, on apprenait qu'« environ 30 millions de boîtes de faux médicaments ont été saisis, ces dernières années, au niveau européen ». On a retrouvé, sur le marché allemand, « Harvoni, Xeplion, Valcyte, de faux antipsychotiques, de faux antiviraux très chers », et sur le marché français ont été saisis « des produits français emmenés en Chine pour être reconditionnés ». En tête du trafic, on trouve les produits anticancéreux, et principalement le Keytruda qui est « le premier médicament en termes de chiffres d’affaires pour l’industrie pharmaceutique, en France et dans le monde ». Et, surtout, « le n° 1 des produits remboursés en France ».
Comme l’a fait remarquer la représentante de l’association Club Inter Pharmaceutique (CIP), c’est un trafic extrêmement simple à organiser : « Souvent, ce sont des ordonnances provenant de praticiens hospitaliers qui sont utilisées. Ou les trafiquants font appel à de faux patients, recrutés sur les réseaux sociaux et peu rémunérés, mais pour des gains maximaux. » Quant aux peines encourues, elles sont minimes : de 2 à 3 ans de prison dont on sait bien, là encore, que ces peines peuvent être de pure forme.
C'est donc Nicolas qui finance le trafic via ses cotisations...