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Mercosur : ces produits importés qui vont ruiner nos paysans et notre santé

Photo de Matthias Oben: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/fruits-d-avocat-accroche-a-l-arbre-3687927/
Photo de Matthias Oben: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/fruits-d-avocat-accroche-a-l-arbre-3687927/
Couvertes depuis quelques jours par le bruit des bombes qui pleuvent sur l’Iran et alentour, les polémiques autour des accords de libre-échange avec le Mercosur n’en finissent pas moins de se succéder, au sortir d’un salon de l’Agriculture qui a reflété l’ampleur de la crise agricole.

Mépris pour la France et ses agriculteurs

Le 27 février dernier, alors que les portes du salon n’étaient pas encore refermées, Ursula von der Leyen a annoncé l’application provisoire immédiate de l’accord sur le Mercosur. Si elle en avait juridiquement la possibilité, cette décision ne répondait non seulement à aucune obligation ou urgence, mais en disait long sur son mépris pour les agriculteurs français, pour la France (2e contributeur du budget européen), et pour la majorité des députés de l’Union européenne qui, le 21 janvier, avait voté en faveur de la saisine de la Cour de justice de l'Union européenne, lui demandant de statuer sur la conformité du Mercosur avec les traités européens.

Gouvernement en panique

Des soubresauts qui n’ont pas manqué de provoquer plus encore la colère du monde agricole, et donc de compliquer plus encore l’opération déminage de Sébastien Lecornu et Annie Genevard à l’égard d’une population paysanne s’estimant trahie. Dès le 7 janvier, était publié au Journal officiel, un arrêté suspendant l’importation des produits pour la culture desquels sont utilisés des fongicides ou herbicides interdits en France (mancozèbe, glufosinate, thiophanate-méthyl, carbendazime…). Cette suspension, effective à partir du 8 janvier, restera en vigueur pour une durée maximale d’un an si elle obtient l’aval de la Commission européenne. L’arrêté concerne entre autres produits les avocats, mangues, raisins, pommes, goyaves, agrumes, melons, cerises, fraises et pommes de terre.

Par un précédent arrêté en date du 21 février 2022, la France avait déjà décidé de la suspension, de l'introduction, de l'importation et de la mise sur le marché en France « de viandes et produits à base de viande issus d'animaux provenant de pays tiers à l'Union européenne ayant reçu des médicaments antimicrobiens pour favoriser la croissance ou augmenter le rendement ». L’efficacité de ces mesures est contestée par les agriculteurs français, dont les opérations de contrôle ont permis de constater que les importations arrivaient bien souvent à passer malgré les interdictions. Par ailleurs, la traçabilité des produits s’avère souvent aléatoire, et concernant les produits transformés, l’étiquetage ne permet pas toujours de savoir si le produit respecte nos normes, loin de là.

Distorsion de concurrence

Voilà qui pose très fortement le problème de la distorsion de concurrence dont se plaignent nos agriculteurs. L’utilisation par des producteurs étrangers, dans le Mercosur notamment, de méthodes et produits interdits chez nous leur permet de baisser leurs coûts de production et de venir vendre leurs produits en France à des tarifs sur lesquels nos producteurs français ne peuvent pas s’aligner.

Par ailleurs, si les agriculteurs se plaignent que la réglementation française, sous la pression de l’écologie politique, a surtransposé exagérément des directives européennes de protection sanitaire, il n’en reste pas moins que certaines pratiques s’avèrent potentiellement dangereuses pour la santé.

De quels produits est-il question dans l’arrêté du 7 janvier ? Du mancozèbe (un fongicide utilisé sur les avocats, les mangues et les poivrons), du glufosinate (un herbicide utilisé notamment pour la culture des pommes de terre), du thiophanate-méthyl (un fongicide pour les agrumes, les coings et l’avoine), du carbendazime (fongicide pour les tomates, le soja et le blé), et du bénomyl (fongicide associé à d’autres pour certaines cultures). La législation des pays sud-américains permet l’utilisation de ces produits, alors qu’ils sont interdits chez nous, leur dangerosité potentielle étant avérée.

Toxicité avérée

Prenons l’exemple du mancozèbe. Ce fongicide de la famille des dithiocarbamates permet de protéger les cultures contre les maladies fongiques comme par exemple le mildiou. Il est interdit dans l'UE depuis 2021, mais reste autorisé en Amérique du Sud et utilisé largement pour l’export des avocats, mangues, papayes, poivrons, melons, pommes de terre, raisins de table et des fraises notamment. Or il est toxique à plusieurs égards : il peut nuire à la fertilité, provoquer des malformations cérébrales des fœtus, s’attaquer à la thyroïde, provoquer des cancers. Il est donc potentiellement dangereux pour l’homme, mais aussi pour les organisme aquatiques et nombre d’espèces animales. La lecture de sa fiche toxicologique à l’INRS est édifiante.

Quant aux bovins venus du Brésil, ils sont contaminés à l’œstradiol 17β, une hormone interdite dans l’UE puisque considérée comme cancérigène.

Comment ne pas s’étonner alors que la Commission européenne, si prompte en d’autres circonstances à accéder aux demandes de l’écologie punitive, montre tant d’énergie à imposer à la va-vite un traité avec le Mercosur dont les garde-fous ne semblent être que de façade ? Sans parler, à cet égard, de l’attitude de nos gouvernements successifs, et plus encore de l’Élysée…

Etienne Lombard

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