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Après une course-poursuite, ils tuent une femme mais échappent à la prison ferme

La Justice, sculpture devant le Palais Bourbon. © Samuel Martin
La Justice, sculpture devant le Palais Bourbon. © Samuel Martin
« Je ne lui achèterai jamais sa robe de mariée, je ne connaitrai jamais mes petits-enfants… Eux [les chauffards, NDLR], ils vont pouvoir vivre, ils vont pouvoir s’amuser. » Au lendemain de la condamnation des deux jeunes chauffards responsables de la mort d’Estelle Roaux en juin 2022, la colère de Brigitte Roaux, mère de la victime, ne retombe pas. Auprès de nos confrères de RMC ce 6 mars, elle dénonce un verdict très faible. Les deux hommes, jugés pour homicide involontaire et violence manifestement délibérée d’une obligation de sécurité ou de prudence, ne dorment pas derrière les barreaux. Le tribunal les a condamnés à trois ans de prison dont deux ans avec sursis. Leur peine de prison ferme sera aménagée par un juge d’application des peines. Le parquet de la Rochelle a décidé de faire appel. La famille d’Estelle dénonce une sanction bien trop « faible ».

« Il faut qu’ils soient punis autrement ils vont le refaire »

Les faits remontent au mois de juin 2022. En fin de journée, Estelle ferme son restaurant et rentre chez elle à moto. Mais sur le pont d’Oléron, son destin bascule brutalement. Elle croise sur sa route Mamadou M. et Zidane Junior N. M., 23 ans, lancés dans une course-poursuite à plus de 110 km/h. Lorsque Zidane Junior freine brutalement, son comparse se déporte sur la voie opposée. Il percute alors frontalement Estelle. Victime d’un « polytraumatisme » et d’un « arrêt cardio-respiratoire », la jeune femme décède sur le coup.

Au cours du procès, Maitre Courtois, avocat du compagnon d’Estelle, n’a pas manqué de dénoncer « deux personnes irresponsables, inconscientes qui ont fait de nos routes un circuit », « deux imbéciles » engagés dans « un combat de coqs », rapporte Le Parisien

Pourtant, ni les faits, ni les infractions multiples des deux chauffards n’ont convaincu le tribunal de faire preuve de fermeté. En effet, Mamadou M. a, depuis la mort d’Estelle, été flashé à de nombreuses reprises sur la route et multiplié les infractions pour usage du téléphone au volant et défaut d’assurance. Il a même été placé en détention provisoire après une tentative de fuite et la conduite d’un véhicule avec usurpation d’identité. Zidane Junior N. M., quant à lui, roulait sans permis valide le soir de l’accident. Il a depuis été arrêté pour conduite en état d’ivresse. Autant de raisons qui ont conduit le parquet a réclamé quatre ans de prison dont trois ferme et une interdiction de conduire tout véhicule pendant cinq ans. En vain… Le tribunal a choisi une sanction bien plus clémente (trois ans de prison dont deux avec sursis et une interdiction de repasser son permis pendant deux ans).

Dans un communiqué, Maitre Courtois regrette « vivement la faiblesse de la sanction prononcée qui laisse en liberté des chauffards sur nos routes, aux risques de voir de nouvelles victimes subir leur comportement ». Brigitte Roaux, la mère d’Estelle, se dit « outrée, écœurée ». « J’étais en colère parce que j’avais perdu ma fille mais là, avec le jugement, ça a monté un peu plus » explique-t-elle au micro de RMC. « Il faut qu’ils soient punis autrement ils vont le refaire » ajoute-t-elle. Espérons que les juges de la cour d’appel se montreront plus fermes avec les deux prévenus…

Homicide routier

Ce n’est pas la première fois que des familles s’insurgent sur le manque de sévérité de la justice face aux homicides commis sur la route. En 2023, Pierrick Berteloot, alors député du Rassemblement national, s’inquiétait que « dans le cas des personnes condamnées pour blessures involontaires avec circonstances aggravantes ou en situation de récidive, [seules] huit sur dix ont été condamnées à des peines de prison ». Et les peines alors prononcées étaient alors, selon l’élu, « en moyenne de 8,3 mois de prison ».

Face à ce laxisme, le chef Yannick Alléno, dont le fils a été tué sur la route, s’est battu pour faire reconnaitre un délit d’homicide routier. Reconnu en 2025, ce délit ne peut s’appliquer à la mort d’Estelle Roaux. Il a pour la première fois été utilisé par les juges pour condamner à sept ans de prison le chauffard qui avait ôté la vie de Quentin Gobet à Niort en 2024.

Clémence de Longraye

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