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[UNE PROF EN FRANCE] Les syndicats, tout-puissants ou inutiles ?

KoS, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons
KoS, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons
Je lis régulièrement vos commentaires avec attention. Ils sont très instructifs. Dans un certain nombre d’entre, eux plane l’ombre inquiétante des syndicats, qui seraient au mieux complices, au pire responsables de tous les maux qui frappent l’Éducation nationale. Cela révèle un certain idéalisme, puisque cela s’appuie sur le prérequis selon lequel la structure même de l’Éducation nationale pourrait être vertueuse et efficace, ce que je ne crois pas, étant opposée à tout type de centralisation. Mais c’est un autre sujet.

Je voudrais aujourd’hui m’arrêter brièvement sur cette question des syndicats. Je crois qu’on leur prête bien plus de pouvoir et d’influence qu’ils n’en ont en réalité. L’EN n’est ni la SNCF ni la RATP, ni même la DGAC (Direction générale de l’aviation civile), au sein de laquelle les contrôleurs aériens obtiennent des avantages non négligeables. Il ne faut pas observer la situation avec des lunettes du milieu du XXe siècle. Si après la Deuxième Guerre mondiale, le syndicalisme était une identité forte du corps enseignant, avec près de 70 % de syndiqués, surtout dans le premier degré, les taux d’adhésion n’ont cessé de baisser depuis, en même temps que montaient la désillusion et la résignation, et surtout la structuration du monde syndical n’est plus comparable. Dans les années 1950, l’essentiel des syndiqués l’étaient dans la même fédération, la FEN, qui avait un statut quasiment hégémonique. Elle avait donc effectivement un assez grand pouvoir.

Seulement 30 % de professeurs syndiqués

Aujourd’hui, seulement 30 % des professeurs sont syndiqués, et même si cela reste supérieur aux moyennes des autres branches professionnelles, cela n’a plus le même poids, d’autant plus que l’univers syndical s’est diffracté. Les enseignants se dispersent maintenant en une dizaine de fédérations différentes, regroupant chacune plusieurs syndicats, unis de façon plus ou moins harmonieuse. Ainsi la FSU, la fédération majoritaire conservant une assez forte capacité de mobilisation et représentant environ 10 % des professeurs, se divise en SNES (Syndicat national de l’enseignement secondaire), peut-être la branche la plus connue, en SNUipp (Syndicat national unitaire des instituteurs et professeurs des écoles), SNESUP pour l’enseignement supérieur, SNASUB pour l’Administration scolaire, universitaire et des bibliothèques, et SNEP (Syndicat national de l’éducation physique), mais aussi en SNUEP, SNICS, SNUASFP, SNEPAP, SNUTEFI, SNUACTE, SNUPDEN… Moi non plus, je ne sais pas ce que veulent dire tous ces sigles… On se croirait dans la partie de scrabble de l’inénarrable série québécoise Le cœur a ses raisons.

Près de 70 structures syndicales

Au total, ce sont près de 70 structures syndicales qui se disputent les 30 % d’enseignants syndiqués. Notre messagerie professionnelle est noyée sous des pluies de communiqués envoyés par des groupes dont on n’a jamais entendu parler… La FSU est évidemment à gauche, mais largement débordée elle-même sur sa gauche par FO, la CGT Éduc’action et SUD Éducation, les professionnels de la banderole qui claque et du slogan provocateur.
Mais si l’on ne se laisse pas abuser par les marches folkloriques et les revendications démagogiques, force est de constater que les syndicats n’obtiennent en réalité absolument rien, tant sur le plan de la défense corporatiste des conditions de travail des enseignants - qui ne cessent de se dégrader depuis quelques décennies - que sur le plan plus élevé des principes éducatifs et de l’organisation d’ensemble du système. Les syndicats occupent une petite scène médiatique qui justifie leur existence et les privilèges - minimes comparés à ceux des salariés de France Télévision…- dont jouissent leurs membres, mais ils ne pèsent absolument plus dans la balance décisionnelle et il faut remonter à bien longtemps pour trouver un seul point sur lequel ils aient réussi à faire céder le Ministère.

Virginie Fontcalel

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