Irresponsabilité
Ce Premier ministre aux allures de clerc de notaire balzacien a même affirmé que c’était un choix fort « d’électrifier la France pour la rendre indépendante ». Sans doute lui a-t-il échappé que ce choix avait été fait par le général de Gaulle, qui déclarait, en 1963, année de la mise en service de la première centrale nucléaire à Chinon : « Cette puissance nucléaire, comme on dit, est liée directement à l’énergie nucléaire elle-même, qui est, comme vous le savez tous, le fond de l’activité de demain. » Privés du gaz et du pétrole algériens, il nous fallait un programme nucléaire fort. Programme poursuivi par Georges Pompidou, puis Valéry Giscard d’Estaing avec le plan Messmer.
C’est avec l’avènement de Mitterrand au pouvoir que l’irresponsabilité et la cécité triomphent : « J’entends terminer les centrales nucléaires en construction et je n’entends pas mettre en œuvre celles qui ne le sont pas », déclare-t-il, en 1981, pour se démarquer de son adversaire. Voilà qui annonçait la décision désastreuse de François Hollande de 2012 : « Réduire la part du nucléaire est une nécessité. Je propose qu’à l’horizon 2025, nous ayons diminué de 75 % à un peu plus de 50 % la part du nucléaire. » Tout cela pour obtenir le soutien des Verts, au mépris des intérêts vitaux de la France. Un véritable crime de haute trahison économique qui entraîna la fermeture de la centrale de Fessenheim. En 2018, Emmanuel Macron, lors de la présentation de la programmation pluriannuelle de l’énergie, prônait l’arrêt de 12 réacteurs, en plus des deux de Fessenheim, à l’horizon 2035. Si tous ces gens étaient des comiques troupiers, cela prêterait peut-être à rire, mais ils ont été, ou sont encore, président de la République française ! Dans un pays normal, plus personne n’écouterait ni l’actuel Président, ni l’ancien redevenu député. Mais il faut encore les subir alors qu’il conviendrait, pour le bien de la France et des Français, de les chasser de toute responsabilité politique, puisqu’ils ont fait amplement preuve de leur irresponsabilité.
Où est notre souveraineté ?
Et voici donc notre Premier ministre qui redécouvre les vertus de l’indépendance énergétique et ose affirmer : « La souveraineté ne se découpe pas. C’est un tout. Elle est énergétique. Elle est industrielle. Elle est militaire. » Or, il appartient à cette nomenklatura, qui ne cesse depuis des décennies de découper la souveraineté française, de la mettre en pièces au profit de l’empire ubuesque de l’Union européenne. Mais où est donc notre souveraineté énergétique quand l’UE nous impose l’objectif de 42,5 % d’énergies renouvelables, ce qui nous vaut le massacre de nos paysages marins et terrestres par des moulins à vent à l’efficacité énergétique faible, à la production intermittente et aux coûts prohibitifs ? Mais où donc est cette souveraineté quand l’UE veut contraindre EDF à ouvrir à la concurrence les concessions des barrages hydroélectriques, alors que ceux-ci sont amortis, rentables et que leur production est prédictible et pilotable ? Et, à défaut, obliger EDF à vendre entre un quart et un tiers de sa production hydroélectrique à ses concurrents, à l’image de ce qui s’est fait avec l’énergie nucléaire ? Mais où est donc la souveraineté énergétique de la France quand la Commission ouvre « une enquête approfondie » au nom de la concurrence et du contrôle des « aides d’État » sur le programme EPR2 qui prévoit la construction de six nouveaux réacteurs de fortes puissances sur trois sites. De qui le Premier ministre se moque-t-il ?
Où est notre souveraineté industrielle mise à mal par la Commission européenne qui, au nom de la sacro-sainte concurrence, s’est toujours opposée à la constitution de « champions nationaux » et a réussi, par exemple, le tour de force de détruire la production d’aluminium en Europe en s’opposant, en 2000, à la fusion entre Pechiney, le Canadien Alcan et le Suisse Algroup ? La politique de très large ouverture commerciale de l’Union européenne aux vents de la concurrence mondiale, avec des entreprises ne connaissant ni nos contraintes sociales, ni nos contraintes environnementales, ni nos contraintes sanitaires, a ravagé nombre de nos secteurs industriels. Mais où sera donc notre souveraineté militaire lorsque Macron aura réalisé son rêve utopique d’armée européenne et de dissuasion partagée ? Un proverbe turc dit : « Quand un clown s’installe dans un palais, il ne devient pas roi, c’est le palais qui devient un cirque. » Nous y sommes.