Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Grand Remplacement en Europe : la Suisse, en difficulté, tente de résister (Polémia)

Polémia continue son tour d’Europe du Grand Remplacement. Après avoir étudié l’emblématique cas de la Suède puis l’inquiétante submersion démographique de la Belgiquel’espoir d’une réaction politique au Danemarkle désastre multiculturel britanniquele suicide de l’Allemagneles tentatives de résistances de l’Autrichel’espoir naissant en Italiela spirale infernale en Espagnel’islamisation galopante des Pays-Bas et le bon élève portugais… c’est au tour de la Suisse d’être étudiée par Paul Tormenen. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les inquiétudes sont bien moins importantes au Portugal que dans le reste de l’Europe de l’ouest…

La Suisse connait une immigration très importante depuis plusieurs décennies. Cette immigration suscite des craintes, voire un rejet dans une partie de la population helvète. Ces craintes sont schématiquement de deux ordres : concurrence sur le marché du travail en ce qui concerne les Européens et remise en cause du modèle culturel par les extra-européens. Cela d’autant plus que dans la période récente, l’intégration d’une partie de la population extra-européenne peine à se réaliser.

Face à cela, les réponses apportées par les autorités helvètes oscillent entre ouverture et fermeté. Une fermeté qui est parfois demandée par la population à l’occasion de référendums fréquemment organisés en Suisse. L’immigration choisie n’est pas un vain mot dans le pays, même si une partie de l’opposition politique voudrait que le gouvernement aille plus loin sur le sujet.

Des flux d’immigration très importants

Depuis la deuxième guerre mondiale, la Suisse a connu deux mouvements importants d’immigration. Le premier a coïncidé avec le développement industriel des années 50 et 60. Le second a commencé en 1975. Il est ininterrompu depuis cette période.

Après la 2e guerre mondiale, le gouvernement suisse a accordé de nombreux titres de séjour à des travailleurs essentiellement européens dans un contexte de relance de la production industrielle. L’immigration a ensuite subi un coup d’arrêt avec le retour au pays de près de 300 000 travailleurs étrangers au moment de la crise économique liée au choc pétrolier (1973). La Suisse a depuis lors accueilli chaque année un nombre croissant et important d’étrangers en proportion de sa population.

Alors que 92 000 immigrés permanents s’installaient dans le pays en 1981, ils étaient 146 000 sur la seule année 2018 (1).

L’immigration nette (immigrants moins émigrants) est invariablement excédentaire sur la période 1962-2017. C’est une moyenne de 163 000 personnes qui arrivent chaque année dans le pays (2).

Entre 1980 et 2018, le solde migratoire fait ressortir 1,7 million d’étrangers supplémentaires (3).

Une population immigrée en croissance

La population étrangère est en hausse constante en Suisse. Elle est passée de 14 % de la population totale en 1980 à 25 % aujourd’hui (4). La confédération helvétique fait partie des pays comptant la plus forte proportion au monde de résidents nés à l’étranger (5).

Alors que le pays comptait 285 000 résidents étrangers permanents en 1951, il en compte maintenant 2,1 millions. Ceci alors que la population du pays est de 8,5 millions d’habitants (6).

Les Européens (Italiens, Allemands, Portugais et Français) représentent les plus forts contingents de la population étrangère (80 %) résidant en Suisse (7).

La population issue de l’immigration (étrangers nés à l’étranger ou naturalisés après être nés en Suisse, naturalisés et étrangers nés en Suisse avec au moins un des deux parents nés à l’étranger) a été estimée en 2017 à 37 % de la population (8).

Parmi la population extra-européenne permanente, les Asiatiques (165 000), les Africains (109 000) et les Turcs (67 000) sont les plus présents (9). La population musulmane représentait en 2016, selon le Pew Research Center, près de 6 % de la population, soit près de 400 000 personnes. Selon les projections de l’institut américain, la population musulmane pourrait représenter en 2050 entre 8 et 12 % de la population suisse (10).

L’immigration européenne

La concurrence sur le marché du travail entre étrangers et nationaux et l’ampleur des flux migratoires font l’objet de critiques qui concernent non seulement les extra-européens mais également l’immigration européenne. Plusieurs accords sur la libre circulation des ressortissants européens ont été signés entre Berne et l’Union européenne à partir des années 2000 mais ils sont toujours contestés, en particulier par un parti politique, l’U.D.C. Ce parti a pris, depuis plusieurs années, des initiatives visant à les résilier. (11) Ce qui n’est pas sans provoquer des craintes auprès des frontaliers, dont beaucoup sont Français.

L’immigration extra-européenne

Si l’immigration extra-européenne ne représente en Suisse qu’une minorité de la population, plusieurs signaux mettent en lumière uneintégration difficile voire défaillante d’une partie d’entre elle.

Un islamisme en progression

Une partie de la communauté musulmane suisse est en voie de radicalisation :

  • Une étude récente menée par l’université des sciences de Zurich aboutit au constat que près de 21 % des jeunes musulmans vivant en Suisse estime que la charia a une valeur supérieure à la loi suisse (12).
  • A l’extrême de la radicalisation, un conseil central islamique suisse a vu le jour et compterait près de 3 500 membres. Outre l’accusation d’inciter ses membres à la polygamie et de justifier l’excision des filles (13), elle fait l’objet d’une action en justice au chef de soutien à Al Qaida (14).
  • Le prosélytisme islamique se manifeste parfois dans les écoles. C’est ainsi qu’à Winterthur, des enseignants se plaignent que des élèves musulmans incitent les non musulmans à jeûner pendant le ramadan (15).
  • Comme dans d’autres pays européens, les monarchies du golfe sont accusées d’ « arroser » les établissements cultuels et culturels islamiques. S’exprimant sur de généreux financements qataris, un des auteurs des « Qatar papers » expliquait à Genève : « Il s’agit de prendre en charge chaque individu musulman vivant en Europe depuis sa naissance jusqu’à sa mort » (16). Les financements de la Ligue islamique mondiale basée en Arabie Saoudite « irrigueraient les mosquées et les organisations prêchant un islam wahhabite » selon un enseignant de l’université de Berne (17). Des mosquées turques seraient financées par la direction des affaires religieuses de Turquie, dont un rapport affirme que l’islam est supérieur au christianisme et au judaïsme (18) et que le dialogue inter religieux est inacceptable (19). On pourrait multiplier les exemples. Si l’islamisme semble se répandre en Suisse, le pays compte plusieurs « vigies » efficaces qui sont actifs tant dans l’observation de ces faits que dans les initiatives visant à les interdire ou à tout le moins les réduire.

Une intégration en question

Que ce soit en matière d’assistance sociale, de délinquance que de comportement en société, plusieurs statistiques et faits relatés montrent que l’intégration d’une partie des extra-européens est un mot vain.

  • Une étude récente de l’Office fédéral de la statistique met en avant une sur-représentation de certaines nationalités parmi les bénéficiaires de l’aide sociale. C’est ainsi que fin 2017, 83 % des somaliens et 54 % des Erythréens et des Congolais vivant en Suisse bénéficiaient de l’assistance sociale (20). Plus globalement, sur les 350 000 bénéficiaires des aides sociales, 57 % étaient étrangers (21).
  • Les détenus en prison sont très majoritairement étrangers : à 80 % dans les prisons romandes, et de 50 à 60 % dans les prisons alémaniques. Les origines ethniques majoritaires dans les prisons romandes sont l’Europe de l’est, l’Afrique noire et le Maghreb (22). Sur la période 1988-2017, on assiste à une augmentation conséquente de la part des étrangers en détention avant jugement dans l’ensemble du pays (23). Globalement, 7 prisonniers sur 10 sont étrangers, ce qui est la plus forte proportion en Europe (24).
  • L’incivilité se manifeste à plusieurs occasions : c’est le manque de respect (insultes, crachats) à l’égard de maître-nageurs dans certaines piscines (25). C’est, dans certains services d’urgence, le personnel victime d’agressions sexuelles et de menaces de mort (26). Dans les deux cas, des migrants sont pointés du doigt par des professionnels. La Suisse n’échappe pas aux rivalités violentes de bandes de cités issues de l’immigration, comme dans la banlieue de Zurich où la palme de « Bronx de la Suisse » est chèrement disputée (27).

Face à une situation qui se dégrade, le système démocratique suisse permet une expression directe des citoyens sur des sujets de société. Il leur permet également de ne pas subir des choix qu’ils désapprouvent.

La Suisse met en pratique la démocratie directe, à l’opposé du pouvoir sans partage du Président Macron qui craint plus que tout que des « questions de gauche finissent avec des réponses de droite » (28). En particulier sur le thème de l’immigration pour lequel il mène une politique « en marche forcée » (29).

Les votations sur l’immigration

Les citoyens suisses ont été amenés à s’exprimer de nombreuses fois sur l’immigration. Récemment les thèmes suivants ont fait l’objet d’une « votation », un vote référendaire :

  • l’interdiction de la construction de minarets (2009),
  • le renvoi effectif des criminels étrangers (2010 et 2016),
  • la fin de l’immigration de masse (2014),
  • la primauté du droit national sur les accords internationaux (2018) (30). Cette dernière proposition a été refusée, bien que l’immigration subie (regroupement familial, asile) découle des accords et traités internationaux signés par le pays. Comme le souligne le juriste J.L. Harouel, « les libertés publiques ont été déclassées par les droits fondamentaux, dont profitent principalement les immigrés, systématiquement admis à tous les acquis et avantages des peuples européens » (31). Un constat qui est à relativiser en Suisse, comme nous allons le voir.

Le renvoi des criminels étrangers (votation en 2010), l’interdiction de la construction de minarets et la limitation de l’immigration ont obtenu la double majorité requise, du peuple et des cantons.Mais la votation contre l’immigration de masse ne s’est toujours pas traduite par de nouvelles règles de circulation des individus entre la Suisse et l’Union européenne, en raison notamment du blocage des institutions européennes. Une nouvelle votation à ce sujet devrait être organisée en 2020 (32).

Priorité nationale et immigration choisie

En dépit d’une immigration importante, la Suisse a depuis longtemps voulu garder la maîtrise des flux migratoires et protéger son marché du travail. La politique de l’immigration choisie se manifeste dans les conditions exigées pour venir, vivre et travailler dans le pays :

  • La Suisse a adopté en 2014 une priorité d’information aux demandeurs d’emploi résidants concernant les offres d’emploi pour certains métiers. Ceci avant que l’employeur ne soit autorisé à prospecter plus avant (33).
  • Pour les extra-européens, les conditions d’accès à l’emploi sont encore plus draconiennes: on peut parler d’une véritable préférence nationale dans ce cas. L’employeur doit apporter la preuve qu’un suisse ne peut pas être recruté sur le poste qui est pourvu par un étranger. Des quotas de travailleurs étrangers ont été mis en place. L’intégration à la société suisse est également évaluée dans le temps (34).
  • La politique de l’immigration choisie se vérifie dans les qualifications – de plus en plus élevées – des immigrants, ce qui favorise leur insertion dans le marché du travail (35).
  • L’acquisition de la nationalité suisse est très exigeante : il faut vivre en Suisse depuis au moins douze ans et connaitre les us et coutumes du pays pour pouvoir prétendre accéder à la nationalité suisse. Il n’y a pas de droit du sol pour la deuxième génération.

D’autres initiatives visent à ne plus subir une situation qui aux yeux de nombreux suisses se dégrade :

  • La Confédération helvétique n’hésite pas à expulser les criminels étrangers : cela a été le cas de 1 000 d’entre eux en 2017.
  • Le gouvernement suisse n’a pas ratifié le Pacte de Marrakech sur les migrations fin 2018.
  • Des cantons ont adopté l’interdiction de la burqa, comme celui du Tessin et de Saint Gall (36).

En matière d’asile, l’heure est à la fermeté :

  • Les voyages à l’étranger des réfugiés ne seront prochainement plus autorisés (37).
  • Le Conseil fédéral a pris en avril 2019 plusieurs mesures visant à accélérer l’accès des réfugiés au marché du travail, avec un parcours obligatoire (acquisition de la langue en trois ans, objectifs chiffrés d’insertion dans le marché du travail, etc.) (38).
  • Les déboutés du droit d’asile sont moins fréquemment autorisés à travailler en Suisse.
  • La Suisse se singularise en Europe par un taux important d’expulsions des déboutés du droit d’asile : 56 % des expulsions prononcées sont réalisées, alors que la moyenne est de 36 % en Europe (12 % en France ) (39).

Les conséquences sont immédiates : alors que les demandes d’asile explosent en France, elles sont en diminution en Suisse en 2018 par rapport à 2017 (40).On assiste à des départs en nombre de Suisse de déboutés du droit d’asile pour la France, notamment d’Erythréens (41).

Face à des flux migratoires importants, le gouvernement suisse a pris plus ou moins récemment des mesures montrant un niveau élevé d’exigence vis-à-vis de l’immigration, une volonté de la juguler et de défendre le mode de vie autochtone.

Les suisses peuvent, grâce à leur système démocratique, proposer et s’exprimer sur des sujets soumis à référendum. Ils ont affirmé dernièrement le rejet d’une immigration de masse. Si la réponse concrète apportée à la volonté populaire peut, en certaines occasions, décevoir, les votations ont permis d’infléchir les politiques menées vers plus de fermeté.

Paul Tormenen 28/09/2019

(1)« Bilan de la population résidente permanente étrangère 1951-2018». Office fédéral de la statistique. 27 août 2019.

(2)« Immigration nette sur 5 ans. Suisse » Université de Sherbrooke.

(3) Ibid (1).

(4)« Part de la population résidente permanente étrangère ». Office fédéral de la statistique. 2019.

(5)« Immigration et diversité : la Suisse a-t-elle un secret ? ». E. Piguet. Questions internationales. Septembre 2017.

(6)« Population : effectif et évolution ». Office fédéral de la statistique. 2019.

(7) « Population de nationalité étrangère ». Office fédéral de la statistique. 2019.

(8) « La population issue de l’immigration augmente doucement ». RTS. 11 octobre 2018.

(9) Ibid (1).

(10) « Europe’s muslim population ». Pew research center. Novembre 2017.

(11) « Pourquoi l’UDC veut en finir avec la libre circulation des personnes ». Swissinfos.ch. 13 septembre 2019.

(12) « Extremismus unter jugendlichen : ideologie ist verbreiteter als gewaltbereitschaft ».ZAHW. 6 novembre 2018.

(13) « Le conseil islamique suisse justifie la circoncision des filles ». Le Matin.ch. 19 février 2018.

(14) « Le conseil central islamique, une structure aux activités criminelles ». RTS. 22 septembre 2017.

(15) « Gruppenzwang lasst auch christliche schuler fasten ». Heute. 20 mai 2019.

(16)« Le Qatar accusé d’arroser généreusement l’islam de Suisse ». I. Hamel. Le Point. 3 mai 2019.

(17) « Radicalisation : bienvenue en Suisse ». Gatestone institute. 21 juin 2018.

(18) Ibid (16).

(19) « Turkey rejects moderate islam ». Gatestone institute. 30 novembre 2017.

(20) « Diese nationen beziehen am haufigsten sozialhilfe ». 20 Minuten.ch. 25 avril 2019.

(21) « Aide sociale : près de 350 000 bénéficiaires en 2017, dont 57% de nationalité étrangère ». 5 septembre 2019.

(22) « Les prisons romandes paient les factures de la politique migratoire ». RTS. 18 février 2018.

(23) « Le nombre de détenus en Suisse a augmenté de 50% en trente ans ». RTS. 6 février 2019.

(24) « Pourquoi en Suisse 7 prisonniers étrangers sur 10 sont étrangers ». Swissinfo.ch. 7 avril 2019.

(25) « Bademeisterinnen werden beschimpft und bespuckt ». 20 minuten. 7 juillet 2019.

(26) « La revue de presse alémanique ». RTS. 26 août 2018.

(27) « Outre-Sarine, des jeunes se disputent le titre de Bronx pour leur localité ». RTS. 9 mai 2019.

(28) « Emmanuel Macron n’est pas prêt pour la démocratie directe ». Swissinfo.ch. 8 février 2019.

(29) « Emmanuel Macron : l’immigration en marche forcée ». Polémia. 8 février 2019.

(30) « La Suisse dit non au repli nationaliste ». Euronews. 26 novembre 2018.

(31) « Les droits de l’homme détournés et trahis ». J.L. Harouel. Conflits. Septembre 2019.i

(32) « Pourquoi l’UDC veut en finir avec la libre circulation des personnes ». Swissinfo.ch. 13 septembre 2019.

(33) « Vote sur l’immigration, 4 ans plus tard ». Le Temps.9 février 2018.

(34) « Ressortissants des non membres de l’UE/AELE ». Secrétariat d’Etat aux migrations.

(35) « Une augmentation spectaculaire de l’immigration hautement qualifiée en Suisse ». Social change in Switzerland. P. Waner. I. Steiner. Octobre 2018.

(36) « Suisse : un canton vote à une écrasante majorité pour l’interdiction de la burqa ».Sudinfo.be. 23 septembre 2018.

(37) « Les voyages vers l’étranger interdits aux réfugiés et aux admis provisoires ». RTS. 4 septembre 2019.

(38) « La Suisse veut faire travailler les réfugiés ». La Tribune de Genève. 10 avril 2019.

(39) « Projet de loi de finances ». Sénat français. « La Suisse renvoie à nouveau des réfugiés vers des zones de guerre ». RTS. 21 avril 2019.

(40) « La Suisse n’attire pas les demandeurs d’asile ». 20 minutes.ch. 1er février 2019.

(41) « De plus en plus d’Erythréens fuient la Suisse et se réfugient en France ». Infomigrants. 9 mai 2019.

https://www.polemia.com/grand-remplacement-europe-suisse-difficulte-tente-resister/

Les commentaires sont fermés.