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Les médaillés de la répression

Christophe Castaner a décrété une promotion spéciale de la médaille de la sécurité intérieure. Parmi les décorés, plusieurs flics sous le coup d’enquêtes pour des blessures ou des morts parmi les manifestants ou les badauds.  Revue de « détails ».

Les policiers qui ont laissé les Champs-Elysées et les rues des villes de France être saccagés par des hordes de « Supporters » algériens (un mort en marge de la demi-finale de la CAN, deux morts pour la finale), seront-ils récompensés ?

La question n'est pas si absurde, puisqu'à l'inverse, ceux qui ont fait preuve des pires violences à l’encontre des Gilets jaunes se voient décorés. Répression molle de délinquants qui arrange le pouvoir en faisant monter le Rassemblement National d'une part répression dure d'un mouvement qui a réellement fait peur au régime d'autre part. Dans les deux cas, la police a bien fait son travail.

Et pour la castagne sur les Gilets jaunes, Christophe Castaner a créé une promotion ad hoc de la Médaille de la Sécurité Intérieure (MSI), intitulée officiellement « Engagement exceptionnel des forces de sécurité intérieure 2018-2019 » ou « promotion Gilets jaunes », selon Mediapart, qui a levé le lièvre.

Certes, les 9 162 pandores décorés ne sont pas tous des cogneurs invétérés, mais leur nombre interroge. Alors qu'habituellement, une promotion de la MSI compte au plus quelques centaines de médaillés, c'est une vaste fournée qui a reçu la breloque Castaner n'a cessé d'élargir les critères d'attribution. Faute de trouver assez de « fonctionnaires blessés dans le cadre du mouvement des "Gilets jaunes" », il est allé jusqu'à inclure tous ceux qui ont participé aux opérations de maintien de l'ordre.

« Cela ressemble à la prime au résultat exceptionnel », dénonce un flic. Et finalement, relativement peu d'hommes de terrain sont récompensés, pointe le syndicat Unsa-Police commissaires, sous-directeurs, sous-préfets et préfets constituent le gros de la promotion.

Plus grave, certains officiers promus sont sous le coup d'enquêtes judiciaires ou menées par l'IGPN pour violences policières. Parmi eux, le commissaire Rabah Souchi qui avait ordonné la charge qui a gravement blessé Geneviève Legay, 73 ans, le 23 mars dernier à Nice (M&V 969), « M. Macron, "1984" n'était pas censé être un mode d'emploi ! »). La compagne du commissaire, Hélène Pedoya, qui a été chargée d'enquêter sur ces mêmes violences policières (totalement impartiale bien sûr), est aussi décorée. Autre promu, le commandant divisionnaire Dominique Caffin, célèbre pour avoir fait partie de ceux qui ont violemment matraqué des Gilets jaunes dans un Burger King parisien, le 1er décembre dernier.

Médailles trempées dans le sang

Le pire est pour la fin, puisque les deux derniers médaillés controversés sont mêlés à des morts de civils. Il s'agit d'abord du capitaine Bruno Félix, qui commandait le groupe de CRS soupçonné d'avoir tiré une grenade lacrymogène au visage de Zineb Redouane. Cette femme de 80 ans a été tuée chez elle lors de l'acte III des Gilets jaunes à Marseille, le 1er décembre dernier, alors qu’elle tentait de fermer ses volets. Si officiellement, le tir ne serait pas directement lié à son arrêt du cœur deux jours plus tard, les éléments de la contre-autopsie réalisée à Alger mettent du plomb dans l'aile à cette version.

Elle fait un lien direct entre l'impact et la mort de la vieille dame et soupçonne qu'il s'agisse en fait d'un tir de LBD. Enfin, le commissaire divisionnaire Grégoire Chassaing était responsable de la charge contre des jeunes lors de la fête de la musique à Nantes, le 21 juin dernier, qui en a précipité 14 dans la Loire. L'un d'eux n'est jamais remonté, À ce jour, Steve Maia Caniço est toujours officiellement « porté disparu ».

« Si des décorations ont été attribuées à tort, elles seront retirées »,a-t-on indiqué, dans l'entourage de Castaner. Peu de chances que cela arrive, si l'on en croit Sébastien Jallamion, ancien flic « Les enquêtes IGPN ont pour résultat celui qu'on leur demande d'avoir ».

Cela devient une habitude de distribuer des médailles pour récompenser le sale boulot. On se souvient que Macron, alors ministre de l'Économie, distribuait largement les Légions d'honneur à ses soutiens. Plus récemment, il a accordé une précieuse breloque à Corinne de Bilbào, DG de General Electric France de 2016 à 2019… et qui a supprimé 1 000 emplois à Belfort.

Richard Dalleau monde&vie 1er août2019

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