Quitter la Bretagne pour fouler les terres argentines n’aurait dû être qu’une formalité, un enchaînement bien huilé de trajets ferroviaires et aériens. Pourtant, le voyage a pris une tournure bien plus rocambolesque. Parti de de Redon, j’atteignis Nantes pour y prendre un vol vespéral à destination d’Amsterdam, première étape avant le grand saut transatlantique.
C’est dans la froide rigueur nordique que la machine administrative s’enraya. Au contrôle des passeports peuplé par de jeunes flics bataves hilares, mon passeport passa sous le scanner, et aussitôt, une lueur rouge s’alluma suscitant l’alarme des fonctionnaires.
Quand ils ont vu que c’était un homme d’âge mûr qui déclenchait l’alerte, ils ont été un instant déconcertés. Mais très vite une volée de questions en anglais s’abattît sur moi : Où allez-vous ? Pour combien de temps ? Quels sont les motifs de votre voyage ? Un interrogatoire improvisé se mit en place. Instruit par l’expérience, je leur tendis un dossier préparé à dessein pour la police française à mon retour : billets d’avion, réservations d’hôtel, lettre de mission. Loin d’apaiser mes interlocuteurs, ces précautions ne firent qu’attiser leur curiosité et les questions fusèrent à nouveau : pourquoi l’Argentine ? Pourquoi maintenant ? J’eus beau faire valoir que j’étais auteur et que mon seul dessein était d’informer, il fallut un bon quart d’heure avant que l’on se décide enfin à me laisser passer. Je suppose que les plus futés des flics bataves se sont demandés en quoi un vieil homme à la barbe grise pouvait-il être un risque pour la sécurité en France.
Je conviens qu’être fiché « S » permet de frimer un peu auprès des plus jeunes, mais après soixante-cinq ans, ça devient pesant.
Revenons au raisons de mon voyage en Argentine. Depuis quelques mois, les regards des observateurs avisés se tournent avec une fascination mêlée d’incrédulité vers ce pays du Plata. Un pays naguère réduit à l’ornière par un clientélisme effréné et une bureaucratie hypertrophiée semble s’être donné un chef hors norme, en la personne de Javier Milei. Cet économiste iconoclaste, dont les philippiques enflammées avaient longtemps résonné sur les plateaux télévisés, accède aujourd’hui à la dignité suprême, non sans provoquer une onde de choc qui dépasse de loin les pampas argentines.
Ce n’est point une vaine curiosité qui a poussé Breizh Info à m’envoyer à Buenos Aires. L‘affaire est de taille : en Milei, certains voient un frère d’armes de Trump, Orban ou Abascal ; d’autres un bateleur aux accents démagogiques dont l’ascension ne saurait durer. Mais une chose est sûre : l’homme a décidé d’attaquer sur trois fronts, et avec une détermination qui force le respect, voire l’effroi chez la gauche woke. Lire les articles de Libération sur Milei c’est tout un poème.
Un triptyque révolutionnaire
Loin de se cantonner à la traditionnelle rigueur budgétaire que d’aucuns jugent aussi indispensable que passagère, Milei a choisi de conjuguer trois combats simultanés. Primo, la purge des finances publiques, avec un arrêt net du déficit. Secundo, une libération à marche forcée de l’économie nationale, démantelant un appareil étatique aussi ventripotent qu’inefficace. Enfin, tertio, une véritable croisade culturelle, visant à abattre ce qu’il appelle les épiphénomènes progressistes et autres utopies égalitaristes qui gangrèneraient la société argentine.
C’est cette dernière facette qui rend l’homme si singulier sur l’échiquier international. Contrairement aux libéraux classiques, Milei ne se contente pas d’assainir les comptes avant de laisser la démocratie reprendre son train-train déréglé. Il veut ancrer une véritable révolution de fond, comme pour conjurer la malédiction qui veut que la droite se charge des efforts et la gauche des jouissances.
Un pays en tension, un monde en alerte
Dès mes premières heures à Buenos Aires, la cherté de la vie frappe comme une gifle. Une évidence : la purge a commencé, et elle ne se fera pas sans douleur. Mais les Argentins, loin de se résumer à une opposition frontale, semblent partagés entre espoir et résignation.
Mon rôle ici sera de témoigner, d’examiner, de confronter les discours à la réalité tangible des rues et des épiceries. Milei est-il l’architecte d’une Argentine régénérée ou l’artisan d’un rêve trop radical pour durer ? Seul l’avenir nous le dira, mais déjà, l’homme a gagné sa place dans l’histoire. Il est de ces figures qui, qu’on les adule ou qu’on les exècre, ne laissent personne indifférent. Et c’est bien là ce qui fait toute la différence entre un politicien et un homme d’État.
Par Balbino Katz
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