Pour Jean Messiha, président du cercle de réflexion Vivre français et porte-parole de Reconquête, rien d’anecdotique. Il s’agit d’une question existentielle. « Dire qu’on débat sur un bout de tissu, c’est ne rien comprendre à ce qui se passe en France, fulmine Messiha, économiste et haut fonctionnaire, lui-même né en Égypte et qui connaît parfaitement ces sujets. C’est être l’idiot utile d’un suprémacisme religieux dont l’objectif est la conquête et la soumission. »
Les innocents, les ignorants et les cyniques
Comme Mahyar Monshipour, Jean Messiha décèle, derrière la position de Rinner, l’influence des Frères musulmans qui ne cachent pas leur stratégie : imposer une présence visuelle en France, habituer les Français à côtoyer des femmes voilées ou des hommes en qamis, « faire avancer l’agenda jusqu’à la soumission totale de la France à leur pensée », énumère Messiha. Un but théorisé par le fondateur des Frères musulmans égyptien en 1927.
Le but est fixé, mais la stratégie s’adapte pour contourner les obstacles nationaux. « Les Frères musulmans rêveraient d’investir les écoles pour que, dès le plus jeune âge, les petites filles se voilent, explique Jean Messiha. Il s’agit de les conditionner à porter le voile tout en prétendant qu’elles le portent parce qu’elles sont des femmes libres. » Mais voilà, la loi française de 2004 sur l’interdiction du port de signes religieux protège et sanctuarise l’école. « Donc, que font les Frères musulmans ?, interroge Messiha. Ils surinvestissent les autres sphères de la société, en commençant par le sport car, après la famille et après l’école, vous inscrivez votre enfant au judo, au karaté, à la boxe… »
Cet entrisme très bien décrit par l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler ne fonctionnerait pas sans l’épaisseur de naïveté de Teddy Rinner et consorts, de la gauche LFI et de quelques évêques. « Face au péril islamique, il y a trois catégories de gens, résume Jean Messiha. Les innocents, les ignorants et les cyniques. »
« Harceler la société d'accueil »
La société française doit entrer en résistance. « Teddy Rinner omet de dire que l’acharnement que met la France à refuser ces revendications suprémacistes n’est rien d’autre qu’un acte de résistance par rapport à une tentative de conquête et de soumission religieuse », poursuit Messiha. Y a-t-il, en Algérie, en Tunisie ou au Maroc, une loi qui interdise de porter un costume de croisé pour se balader dans la casbah, interroge Messiha. « Personne n’ose le faire, car on sait que c’est un acte de provocation qui ne sera pas admis par la population locale. » Ainsi, on peut trouver agressif de croiser des individus déguisés en bédouins du VIIIe siècle dans la France du XXIe siècle, tranche-t-il.
Utile, donc, la loi de 2004 n’a peut-être pas fini sa carrière. Jean Messiha est convaincu qu’elle mériterait de s’étendre aux bâtiments publics qui portent le drapeau français : hôpitaux, ministères, mairies, préfectures, conseils départementaux ou régionaux, universités, etc. Puis d’être imposée partout. Un début, avant d'interdire les Frères musulmans, comme l’ont fait l’Égypte et les Émirats. Il veut « démonter le cœur de cette organisation et ses faux nez », empêcher les élus de donner des terrains, créer un observatoire de l’islamisation de la France « qui fasse remonter toutes les tentatives d’entrisme islamiste » à la police et la justice.
En somme, la France doit écouter Mahyar Monshipour et contrer « ces stratégies de guérilla visant à harceler la société d’accueil non islamique pour la pousser dans ses retranchements en utilisant contre elle ses propres lois et son droit », propose Messiha. Un match de boxe... urgent.