Par Philippe Germain
Ébranlée par le retour DU politique, l’idéologie dominante du « Camp du Bien » français se trouve face à plusieurs modèles alternatifs. Si elle cherche à composer avec l’idéologie islamique, elle est totalement sidérée par la nouvelle idéologie américaine de Donald Trump.
De 2016 à 2022, l’impact des victoires électorales populistes américaine et brésilienne fut, en France, réduit à un simple incident de parcours, par les méthodes du terrorisme intellectuel. Malgré un bon bilan économique et un succès de paix extérieur, minimisés par les médias, Trump et Bolsonaron’avaient-ils pas perdu leurs réélections d’un cheveu et été accusés de coup de force. Finalement, le national-populisme de Trump, alliant les petits blancs protestataires aux évangélistes identitaires protestants, relevait de l’illusion.
Ce jugement conforta la populiste Marine Le Pen à miser exclusivement sur le social via le pouvoir d’achat, à édulcorer son souverainisme frexiter, à refuser le principe « du Grand remplacement » et à jouer la dédiabolisation parlementaire. Le virage social-populiste fut un impact de l’expérience Trumpen France. En revanche, de son expérience, Trump tira la conviction, non pas du réveil des peuples, mais de celui des nations. À l’inverse de Le Pen, il choisit non de dédiaboliserson discours national-populiste initial mais, au contraire, de le radicaliser par une idéologie anti-woke pouvant rallier les masses « latinos ». Trump a misé sur les ressources identitaires de la religion catholique en essor démographique.
Passée la réélection de 2024, l’idéologie américaine radicalisée en conservatisme anti-woke s’est immédiatement mise en marche. D’emblée, Trump a affirmé qu’« il n’y a que deux sexes, masculin et féminin » et signé un décret pour« restaurer la vérité biologique au sein du gouvernement fédéral ». L’impact en France fut la sidération devant une telle contre-révolution. Ensuite, sur le jeu des nations, la nouvelle idéologie américaine a déstabilisé les élites intellectuelles françaises, par la remise en cause du principe d’Occident. Dorénavant, cette communauté de destin – présentée dans leChoc de civilisations de Huntington comme « the west » –n’unit plus l’Amérique à l’Europe. On bascule de l’explication géopolitique par les civilisations à celle, stratégique, par la politique des nations défendant leurs intérêts. Pour Trump,l’Europe n’est pas réformable. En cela, il n’est pas éloigné du Maurras d’Anthinéa pour qui l’Europe n’existe plus depuis la Renaissance car la Réforme protestante l’a divisée religieusement et la Révolution l’a politiquement mise à feu et à sang. Anti-wokisme et fin de l’axe occidental Amérique-Europe.
Ce vent d’Amérique souffle sur les braises du conservatisme français nationalisé par Éric Zemmour qui, à l’élection présidentielle de 2022, a occupé l’espace laissé vacant par le virage social de Marine Le Pen. Un Zemmour qui, toujours guidé par sa volonté de rendre sa grandeur perdue à la France, veut poser « le bon diagnostic » de la révolution « ou plutôt lacontre révolution trumpienne » car « Trump a ressuscité bien malgré lui l’antique querelle entre conservateurs et réactionnaires ». Le vent américain est contre-révolutionnaire et il pourrait radicaliser les seulement 7% du conservatisme français vers la « réaction » car Zemmour conclut derrière Trump qu’on ne peut pas conserver ce qui a été saccagé… on peut seulement restaurer. Isolé, le national-conservatisme, aujourd’hui bien faible, pourrait jouer la carte de la nouvelle idéologie américaine, en espérant bénéficier de la solide habitude des Français à suivre les influences venant d’Amérique avec dix ans de retard. Difficile de prévoir qui sera son éventuelle incarnation.
https://www.actionfrancaise.net/2025/03/25/combat-royaliste-66/