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« Complément d’enquête » n’aime pas CNews

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Mathieu Bock-Côté

Se pourrait-il que le succès de CNews se trouve justement dans sa volonté de témoigner de la part du réel ailleurs niée, ou même présentée de manière inversée ? On me dira que je ne parle pas de nulle part. Vrai. Je suis éditorialiste sur CNews depuis 2021. J’ai même eu le privilège de succéder à Éric Zemmour. J’aggrave apparemment mon cas. Je précise cela avant d’aborder ce qui devait être l’événement médiatique de la semaine : l’enquête attendue, par certains redoutée, censée faire la lumière sur CNews et révéler de quelle manière cette chaîne fabriquerait frauduleusement l’information. On laissait croire qu’après on ne verrait plus la chaîne de la même manière. Qu’elle serait en charpie. Que le dossier de ceux qui rêvent de la fermer se trouverait enrichi d’une belle grosse pièce, d’une preuve définitive. Mais voilà, à la fin, pas grand-chose. Pire encore : rien du tout. Le service public a envoyé ses fins limiers contre CNews. Découverte : « Complément d’enquête » n’aime pas CNews.

On y trouve d’abord, c’est devenu un classique, le procès de Pascal Praud, à partir de vieilles archives usées, toujours les mêmes, mais ressorties chaque fois comme si elles étaient toutes fraîches. On doit en conclure que Praud est un effrayant démagogue qui menace la République, qui a toujours besoin d’un diable à combattre, il faut croire. Que l’homme aux insolentes audiences soit parvenu à réinventer la conversation publique et à ramener un public dépolitisé vers les choses de la cité avec un mélange de gouaille, de théâtre et de camaraderie n’appartient pas au récit. Ce serait un ensorceleur insulteur, il faudrait désenvoûter ses victimes. Presque les exorciser.

Ses victimes : parlons-en. « Complément d’enquête » commence par elles. On y rencontre de braves gens, qu’on nous présente comme de pauvres gens, hypnotisés par CNews, qui les désinformerait. Ils ne comprendraient pas vraiment le monde qui est le leur. C’est eux qu’il faut sauver. Et de quoi faut-il les sauver ? De la désinformation sur l’immigration. Une désinformation programmée, comme le confirmerait un journaliste inconnu au bataillon, censé nous révéler une conspiration de la direction pour stigmatiser les musulmans et les immigrés en général. Comprenez bien : si CNews n’était pas là, les Français ne seraient pas inquiets de l’immigration.

Car CNews serait surtout coupable d’en parler exagérément, tout comme on y parlerait trop d’insécurité. D’ailleurs, dans la promotion du documentaire, la veille de sa diffusion, c’était le principal argument annoncé. On parlerait davantage de ces sujets sur CNews que sur BFMTV ou Franceinfo, ce qui serait bien la preuve d’une dérive éditoriale. C’était aussi l’argument du rapport Jost, réalisé en 2022, aussi pour RSF, et que, pour d’étonnantes raisons, le Conseil d’État avait pris au sérieux au moment de sa frappe contre les chaînes info. Faut-il mettre en place, à l’échelle nationale, une direction éditoriale centralisée, chargée de fixer pour tous l’interprétation des faits, et leur hiérarchisation ?

Ne pourrait-on pas retourner la question ? Pourquoi les chaînes bien vues font-elles l’impasse sur ce sujet ? Se pourrait-il que le succès de CNews se trouve justement dans sa volonté de témoigner de la part du réel ailleurs niée, ou même présentée de manière inversée ? On comprend que le régime, pour se maintenir, doit occulter ou, du moins, interpréter intégralement tout ce qui touche à l’immigration. Le régime diversitaire ne se maintient qu’en nous enfermant avec lui dans son univers parallèle, dont on ne peut sortir sans se faire accuser de désinformer. Mais le réel cogne à la porte ! N’y a-t-il pas quand même un tout petit lien entre l’immigration et l’insécurité ? Non ! Et encore non ! Puisqu’on vous dit que la science, rien qu’elle, et les preuves scientifiques, confirment qu’il n’y en a pas.

C’est au nom de la lutte contre la désinformation qu’on désinformera et qu’on entravera la présentation de ce qui contredit le récit de la diversité heureuse. Si le réel fait intrusion dans la vie publique, le régime risque de s’écrouler. D’ailleurs, la pièce d’anthologie de cette soirée télévisuelle est venue dans la désormais classique séance du fauteuil rouge, où un dénommé Waleckx, inquisiteur blanc-bec maison, s’exaspère que son invité ne se couche pas devant le dogme diversitaire. Il n’y aura jamais trop d’immigration, compris ? Il y a seulement trop de gens qui croient le contraire et de perturbateurs idéologiques pour le leur faire croire.

Au passage, « Complément d’enquête » a dû rafistoler son film à la dernière minute. On le sait, elle accusait en plus CNews de ne pas respecter les temps de parole, à partir d’une étude de RSF. Mal joué : l’Arcom, qui n’est pourtant pas reconnu pour son amour de CNews, a contredit ouvertement l’étude annoncée par l’émission, en rappelant que la chaîne respectait scrupuleusement cette obligation. C’était pourtant encore une fois la « science » qui condamnait CNews. Il faut croire qu’on lui fait dire n’importe quoi. C’était drôle. Morale de l’histoire ? CNews serait un trouble permanent à l’ordre public et on en appelle implicitement à multiplier les signalements contre elle. Si on empile les condamnations contre la chaîne, ne sera-t-il pas possible d’enfin la fermer, simplement ? Le régime se portera mieux en s’imperméabilisant contre les faits déstabilisateurs. Certains pourraient croire que ce bouclier démocratique est surtout un bouclier contre la réalité. Mais ce ne sera pas de la censure. Non. Ce sera le triomphe de l’information certifiée. Cela plaira à certains.

Source : Le Figaro 29/11/2025

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2025/11/29/complement-d-enquete-n-aime-pas-cnews-6572461.html

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